L’évolution théâtrale du crématorium vue par un architecte

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crématorium de Wattrelos

Dans son mémoire « De l’évolution théâtrale des crématoriums », Valentin Bodenghien, architecte Diplômé d’État –ADE-, étudie l’évolution à travers le temps des hommages au défunt, mis en parallèle avec l’évolution architecturale des crématoriums. Nous avons interrogé l’auteur sur son livre.

Une coïncidence amusante

L’essai « De l’évolution théâtrale des crématoriums » est un mémoire de maîtrise, rédigé alors que Valentin Bodenghien était étudiant au département Art Architecture Politique de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Malaquais. Mais comment un étudiant en architecture s’intéresse-t-il au sujet ? « C’était au collège » explique Valentin Bodenghien « On nous avait fait faire des tests, pour voir quelles professions pouvaient cadrer avec notre personnalité et nos compétences. A la fin, il me restait deux propositions : thanatopracteur ou architecte. Même si la thanatopraxie a l’air d’être une matière intéressante, je n’y connaissais rien, ma famille étant réticente, et je me suis alors orienté vers l’architecture. En fait, le thème de la mort m’a ensuite hanté jusqu’à ce que, comme une évidence, je trouve ce sujet d’étude. »

Le livre

Le livre est à la fois une étude absolument passionnante sur le sujet, doublé d’un panorama historique de la crémation, de Prométhée à nos jours. Allant du plus général au plus particulier, le sujet en est, comme son titre l’indique, la façon dont les crématoriums ont évolué au fur et à mesure du rapport entre les hommes et la mort.

Valentin Bodenghien explique « Lors de la création du premier crématorium, en 1804, le bâtiment est pensé dans un premier temps plus dans le sens d’un incinérateur que comme un crématorium tel qu’on l’entend aujourd’hui. C’est à partir des années 1970-80, lors de l’essor de la crémation, que l’on voit apparaître les embryons de crématoriums modernes. A partir de ce moment là, la cérémonie est prise en considération. »

Valentin Bodenghien souligne « Une tendance est la séparation. Il n’y avait pas, au début de séparation marquée entre la partie technique et la partie réservée aux familles » celles-ci, en effet, se trouvaient dans la salle, avec l’opérateur, pour le départ « A partir des années 70, on a établi une séparation nette entre la partie technique et la partie publique, et c’est une séparation de l’espace qui s’accentue par la suite de plus en plus ».

Le livre prend pour exemple trois crématoriums de Lille, construits à trois époques différentes. Pourquoi eux ? « Parce qu’ils ont la particularité, tous les trois, d’avoir été conçus par le même architecte, Monsieur Jean-Paul Dewailly, sur la demande de la même collectivité, et sur un même territoire – même concepteur/client/lieu -. Cela permettait d’évacuer les problématiques de personnalité de concepteurs différents pour voir, sur une période de quarante ans, les différentes problématiques qui ont été soumises à Monsieur Dewailly et la façon dont il y a répondu en tant que concepteur ».

Une lecture indispensable

« Il y a une très forte évolution stylistique à travers l’histoire » souligne Valentin Bodenghien « Lors de la conception du premier crématorium , du Père Lachaise par Jean-Camille Formigé, ce qui se voyait le plus, c’était la cheminée. C’était un élément de reconnaissance caractéristique du crématorium. Aujourd’hui, les nouveaux crématoriums, au contraire, cherchent de plus en plus à cacher leur cheminée. Ce que, conformément à mon étude, je déplore ».

Mais un archéologue, dans mille ans, qui explorerait nos crématoriums, en apprendrait il beaucoup sur nos coutumes funéraires ? « Sans aucun doute ».

Mais le livre est disponible « Je l’ai soumis à un concours dont j’attends le résultat. Si je n’ai pas la chance d’en être lauréat, je le soumettrai à des éditeurs universitaires. J’espère y avoir plus clair en janvier. »

Nous ne saurions trop vous recommander la lecture du livre de Valentin Bodenghien, qui est, de la volonté de l’auteur, très accessible au néophyte en architecture. J’affirme, pour l’avoir lu, que l’on peut le considérer dores et déjà comme un classique du genre. Nous vous préviendrons aussitôt qu’il sera disponible.

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