Maître corbeau, sur son corbillard perché…

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Les pompes funèbres sont une profession ou la superstition n’a pas sa place. « Sinon, on s’en sortirait plus » me disait un jour un ancien. Voilà pourquoi il semble important de préciser que l’histoire ci-dessous, comme toutes les tranches de vie, est vraie.

corbeau-300x168 Maître corbeau, sur son corbillard perché...Dans cette société familiale de pompes funèbres, située dans la campagne Bretonne, la vie s’écoulait paisiblement en une routine efficace. A un détail près : les Croque-morts qui travaillaient la avaient l’avantage de savoir à quoi s’attendre en matière de charge de travail. Ils avaient un informateur.

Parfois, ils arrivaient le matin, et la femme du patron leur disait alors « Va y avoir du boulot, François est énervé depuis cinq heures ce matin ». Effectivement, la journée était particulièrement chargée.

François, dont on ne se rappelait plus pourquoi il avait hérité de ce prénom, était un grand corbeau. La plupart de temps, il vaquait à ses occupations, mais, de temps en temps, sans raison apparente, il décrivait un grand cercle dans le ciel, se posait sur le toit de la boutique, et croassait sinistrement dans le ciel plombé et gris, humide du crachin Breton, mais aussi lorsqu’il faisait beau.

Les croque-morts savaient ce que ça signifiait : dans la demi-heure, une famille en deuil arrivait à l’agence pour commander des obsèques.

Sans appel préalable, sans que nul n’ai pu le prédire, ou qu’ait eu lieu le décès.

Et ce pouvait être une coïncidence, mais il y avait des éléments surprenants. François ne coassait sur le toit de la boutique que lorsqu’il y avait un mort. Le reste du temps, il se promenait, sans que nul ne saches ou. Et ce manège durait depuis des année, sans faiblir ni faillir.

Un matin, François n’est tout simplement plus venu. La boutique a continué de tourner, plutôt bien, même, mais les croque-morts voyaient arriver des familles sans que nul croassement sinistre n’eut résonné pour les prévenir.

Peut être François est il parti prendre sa retraite sous un climat plus clément, peut être est il lui aussi mort, sans que nul cri lugubre n’ait chanté sa complainte, ou peut être, puisque nous sommes en Bretagne, l’Ankou sur sa charrette, lasse de la solitude, ait eu le désir d’adopter un animal de compagnie qui eut pu lui servir en même temps d’assistant personnel.

Nul ne songea à remettre en doute cette histoire, ni à étudier le phénomène, ou à convoquer la presse. Au pays de l’Ankou, des Dames Blanches et de Lavandières de la Mort, un corbeau au présage funeste, c’est pour ainsi dire la routine.

 

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