Où se cache la liberté d’expression ?

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Où se cache la liberté d’expression ?
On peut parfois se poser ce genre de question, j’en conviens.
Depuis la tuerie Charlie, nous avons vu fleurir plein de Je suis Charlie, plein de gens se sont enfin rendu compte de la valeur de cette liberté d’expression, ils ont manifesté…

Je m’en réjouis, leur mort n’aura pas été vaine.

Bon, depuis le soufflé est retombé, il a neigé, il y a les soldes, Jean-Pierre Pernaut a trouvé le dernier sabotier ambidextre de Savoie, bref la roue tourne.

On a pu voir aussi fleurir, ici et là quelques vocations, des gens désireux de prendre la relève, ou bien de profiter de la situation, allez savoir…

Dans cette vague libertaire j’ai vu apparaître www.dans-ton-cul.info

Un site au nom si évocateur… fallait oser. « Ne cherche pas la liberté d’expression…

Elle est dans ton cul ! »

Voilà donc le leitmotiv de cette bande d’allumés.

Le site est bien construit, attrayant, on y trouve des tribunes politiques, des coups de gueule, de l’humour, un journal satirique « online » et surtout les fondateurs, afin qu’il n’y ait pas d’amalgames (car oui, il ne faut pas faire d’amalgame, mon dentiste m’en causait encore l’autre jour), ont fait un texte de mise en garde, une profession de foi :

Nous n’avons pas cette prétention. Pourtant, qu’est-ce qu’on aimerait être Charlie ! Alors, peut-être qu’on aspire à le devenir, mais chaque chose en son temps.

Nous ne sommes pas Charlie, mais chacun d’entre nous en est l’héritier, le petit frère ou la petite sœur. C’est dans cet esprit que nous ouvrons cet espace, avec une philosophie libertaire, satirique et provocatrice. La subtilité de sa dénomination, d’inspiration parnassienne, n’échappera à personne : Dans ton Cul ! Tout un programme…

Nous ne sommes pas Charlie. Les différents contributeurs de ce site ne gagneront rien, si ce n’est un espace de liberté pour foutre le bordel, rire ou gueuler, dire ce qu’ils ont sur le bide et fourvoyer les cons. Ce qui, en ces temps de médiocrité généralisée, est déjà un luxe sans nom.

Nous ne sommes pas Charlie, mais nous publierons des articles, des pamphlets, des illustrations, des satires, des coups de cœur, des tribunes, des interviews. Avec la mauvaise foi totale qui sera la nôtre, nous refuserons des contributions pourtant géniales, et en publierons avec lesquelles nous ne serons pas toujours d’accord, pourvu qu’il y ait du talent et de la sincérité derrière. Parce que la pensée unique et bêlante nous fait gerber. 

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Reconnaissant quelques plumes cachées derrière des pseudos, j’ai donc été interroger les deux fondateurs du site : Jude Burne et Chris Mondard.

Sébastien MOUSSE : Bonjour messieurs. DTC.info est né il y a trois semaines, depuis, un petit effet viral s’est propagé, chaque article est partagé sur les réseaux sociaux de nombreuses fois et lors de la mise en ligne, vous avez fait plus de 2 000 vues, heureux ?

Chris Mondard : 2 200 pour être exact, Croco. Que te dire ? Oui, cela fait plaisir, mais nous sommes surtout une bande de potaches qui s’amusent et gueulent…

SM : Sans vouloir polémiquer, vous n’avez pas l’impression de surfer sur la mort de gens que vous admirez ?

JB : Je t’arrête tout de suite. Si tu regardes en bas de la page d’accueil, tu trouveras la vidéo de l’hommage du dessinateur Luz aux funérailles de son pote Charb. Il y dit tout. Absolument tout. Notamment qu’il faut que des milliers de crayons se lèvent, que des petits Charlies prennent le flambeau, partout, y compris sur Internet. C’est vrai qu’on avait quelques interrogations, mais quand on a vu cette vidéo, on s’est dit qu’on était dans le vrai.

CM : Perso, ce la ne m’offense pas, c’est un peu le cas, mais la mort des autres a toujours profité aux vivants, c’est la loi de la nature. D’ailleurs, le site pour lequel tu fais ton papelard, c’est bien un truc de croque-mort ? Eux aussi vivent de la mort, pas de honte à avoir, c’est la loi de la nature. Mais c’est sûr que l’on aurait préféré que les attentats de ce 7 janvier 2015 n’aient pas lieu, et que le site ne voie pas le jour.

SM : Vous êtes combien de contributeurs, et pourquoi vous cacher ?

CM : Où tu as vu que l’on se cachait vraiment ? On se dissimule, sinon tu nous aurais pas trouvés, suffit de gratter sur la toile et on sait. Nous sommes une petite troupe qui grandit de jour en jour, on reçoit des demandes de participation. Dans ton cul, il y a déjà pas mal de « gens de lettres », des personnes de terrain, des illustrateurs…

JB : C’est un site qui se veut anarcho-rigolo. Donc on ne va pas commencer à s’embarrasser avec un comité éditorial, un organigramme, etc. Comme dans tout bon kibboutz, il y a les deux tauliers, Chris et ma pomme, qui sommes les seuls à valider ou non. Après, vient qui veut, avec le texte ou l’illustration de son choix. Si c’est bien foutu, on publie, et basta.

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SM : La ligne éditoriale est orientée satire politique-sociale, elle le restera, ou vous avez d’autres projets ?

JB : Un nouveau volet va bientôt voir le jour, franchement orienté X. On y parlera vraiment cul, cette fois (portraits, interviews, reportages, etc.) Mais du cul glam, chic, branchouille. Du cul un peu bobo, si tu veux. D’ailleurs, les premières contributions qu’on a reçues nous viennent de collaboratrices.

CM : De mon coté je prépare des interviews musicales, du beau linge qui décape les écoutilles devrait arriver sous peu dans les rubriques de DTC, nous allons avoir aussi des critiques littéraires, cinéma, bref toujours de la satire politico-sociale, mais aussi beaucoup de culture. Nous ne sommes pas sectaires, contre la censure, donc chacun des contributeurs affiliés à DTC est libre de s’attaquer à n’importe quel sujet tant qu’il ne diffame pas.

SM : Une version papier un jour ? Comment allez-vous rentabiliser ce site sans publicité, car nulle part je n’ai vu d’encart, et pour faire vivre un site, il faut axer la vente de la publicité…

CM : Pas de pub, jamais de pub chez nous, mettre de la pub, accepter du fric c’est laisser quelqu’un nous mettre des brides, et on ne veut pas de ça, tu parlais de Charlie Hebdo plus haut, il n’y a jamais eu de pub dedans, il n’y aura jamais de pub dans ton cul…

JD : De toute façon, avec tout ce qu’on est en train d’y mettre, dans ton cul, il n’y aura bientôt plus de place… Plus sérieusement, pas de censure, on l’a dit, mais pas de pognon non plus. On ne paye personne. Ni sorties, ni rentrées. Les gens qui veulent participer savent qu’ils ne pourront pas être payés, mais la contrepartie, c’est qu’on ne dépend de personne d’autre que de nous. Et si un jour, pour une raison inconnue, il devait y avoir de quelconques rentrées, elles seraient aussitôt reversées à des associations.

SM : En plus, vous êtes philanthropes, magnifique… Messieurs je vous remercie.

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Sébastien Mousse, L’atelier Mosésu

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Sébastien MOUSSE ©SELEN-DE-CONDAT

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