Parler de thanatopraxie, en professionnel ou en dilettante ?

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Le récent rapport de l’IGAS préconise une information plus transparente sur les soins de conservation, au près des familles de défunts. Légitime, cette information pourrait néanmoins desservir la thanatopraxie…

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Informer pourquoi ?

L’information sur les soins de thanatopraxie auprès des familles est légitime, ce pour deux raisons : la première, savoir ce qui va advenir du corps du défunt, pour éventuellement pouvoir y opposer des objections philosophiques ou religieuses, la seconde, afin d’avoir une idée de cette prestation qui leur est vendue, et qui va leur coûter de l’argent.

Le professionnel du funéraire, quand à lui, doit bien entendu expliquer un minimum cette prestation qu’il propose à la famille, et surtout son utilité. Il est difficile de vendre quelque chose dont on ne peut rien dire.

L’idée du législateur est d’inciter les personnels de mairie, d’hôpitaux et autre tiers à expliquer, eux aussi, les soins de conservation. Certes, l’objectif est bel et bien de promouvoir la thanatopraxie, mais le procédé pourrait bien s’avérer contre-productif.

La thanatopraxie pour les nuls

Dans tout bonne société de pompes funèbres, l’on demande au futur conseiller funéraire d’assister à l’un ou plusieurs soins de conservation afin de savoir précisément ce dont il s’agit.

Il est vrai que, les premiers temps, la conversation que peut tenir un futur conseiller funéraire dans la salle de soins peut ressembler à peu près à ceci : « Et comment tu apelles ça ? Un trocart ? D’accord. Et donc, tu vas en faire quoi ? Ah, euh, oui, je vois… Mmmmh, ça te dérange si je me met un peu dans le coin, là, pour m’évanouir un peu ? » qui contraste avec le discours d’un conseiller funéraire confirmé « Tiens, je me rappelle plus, combien de sucres tu mets dans ton café ? Ah, oui. Dis donc, pas mal, ta nouvelle bagnole, c’est un V6 ? ».

Si les professionnels du funéraire s’endurcissent au contact du spectacle de la mort, si l’on peut raisonnablement espérer des professions directement liées au médical, puisqu’il est incontestable que, parfois, un patient passe de vie à trépas, un certain scepticisme monte lorsqu’on imagine les secrétaires de mairie assister à des soins pour pouvoir les décrire. Tout d’abord, parce qu’il n’est pas certains qu’ils acceptent. Ensuite, parce que si l’expérience se passe mal, on se demande quelle description en sera faite.

Oui, la thanatopraxie est une opération complexe et technique, très maîtrisée, mais dont il faut reconnaître qu’elle peut avoir, sur l’œil non exercé, le même effet qu’une opération chirurgicale.

Parler sans connaître

Donc, à moins de prétendre à faire d’eux de vrais professionnels du funéraire, il faudra se contenter de former les agents d’accueils des mairies et autres administrations à la thanatopraxie théorique. Avec encore ici deux risques.

Le premier risque est que, emportés par leur enthousiasme devant la technicité de l’opération qui leur a été simplement décrite, ils se laissent aller à une description par trop précise, oubliant que le curseur de la sensibilité n’est pas positionné à l’identique lorsqu’on vient de subir un deuil.

Le second est que le texte décrivant le soin de conservation soit appris par cœur et récité, sans conviction, de façon mécanique, comme l’argumentaire d’un vendeur de casseroles à la fin d’une très mauvaise journée.

Dans les deux cas, ceci agirait à la manière d’un repoussoir.

Éloge du professionnalisme

Parler de thanatopraxie ne s’apprend pas avec une méthode universelle. Une explication sur les soins de conservation nécessite de bien connaître leur technique, leur utilité, leurs contraintes, et, une fois ceci acté, d’en parler à bon escient en s’adaptant à son auditoire.

En substance, on ne parle pas de soins de conservation selon qu’on a en face de soi une famille très sensible, ou si les quatre enfants du défunt sont tous chirurgiens (ça m’est arrivé). Comme pour tout sujet à la fois crucial et sensible, il est important d’avoir un discours maîtrisé qui parvient à expliquer sans révulser. C’est le fruit d’une solide formation soutenue par une bonne expérience.

En somme, c’est un métier, et vouloir le faire faire par d’autres, qui ont déjà un autre métier spécifique, en dilettante, ressemble fort à une très, très mauvaise idée.

3 COMMENTAIRES

  1. Le chirurgien informe t il son patient de chaque acte , point par point lorsqu’il va faire une opération ? Pourquoi le ferions nous ? On peut aborder les choses avec des mots choisis et adaptés sans donner des détails scabreux ou inappropriés , c’est ça aussi être professionnel ! Dans ce cas là il faut aussi informer les gens de la manière dont on fait une exhumation et une réduction de corps ça peut être intéressant non ?!… En tous cas je pense que ça peut nous desservir effectivement et que ces explications doivent être données par des professionnels du funéraire et non des agents de l’état civil avec tout le respect que j’ai pour eux …

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