Pompes funèbres : les américains débarquent en France

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2016 sera sans aucun doute l’année des grands mouvements financiers dans le funéraire entamés en 2015. Après le rachat de Roc-Eclerc par FUNECAP et l’arrivée des canadiens au capital d’OGF, Sans oublier l’arrivée de la Maison des Obsèques, les fonds d’investissement américains de DAGON Inc. débarquent, alléchés par les statistiques démographiques.

Une société discrète mais bien implantée

DAGON Trade INC, le nom complet du fonds d’investissement, est dirigée par Herbert Carter et James Wilbur. Créé en 1986, le fonds se définit comme « Un fond de placement de gestion sécuritaire basée sur des certitudes démographiques », façon délicate de souligner que les deux gestionnaires se sont spécialisés dans le funéraire. Détenteurs de deux réseaux aux USA, DAGON représente aujourd’hui 32 % des convois aux Etats-Unis, jusqu’à 67 % sur certains états du Sud comme la Louisiane.

« DAGON est un placement secondaire destiné à garantir une assise sécuritaire en appui du capital-risque de profil offensif » expliquait Mr Carter au New York Time en décembre dernier. « En d’autres termes », poursuivait il « pour prendre des risques, il faut une sécurité, avoir une sécurité, c’est investir dans quelque chose de certain, et quelque chose de certain, c’est la mort ».

Les deux gestionnaires de DAGON sont ainsi réputés pour leur extrême prudence, et accusés par leurs détracteurs d’un certain cynisme. Ainsi, pour la campagne présidentielle actuellement en cours, Herbert Carter a financé la campagne d’Hilary Clinton, tandis que James Wilbur soutenait… Donald Trump.

Interrogés par le Los Angeles Chronicle, Mr Wilbur déclarait « James et moi-même sommes amis malgré nos différences, c’est la preuve que tous les américains peuvent gagner de l’argent ensemble ». Comme le journaliste lui faisait remarquer que, quel que soit le vainqueur de l’élection, il serait redevable à un patron de DAGON, Mr Wilbur répondait « Oui. Quelle chance, hein ? »

La France, un choix logique

La France est un choix logique pour les deux businessmans. Mais pourquoi notre pays ? « La démographie promet une croissance du nombre de défunts, ce qui garantit une rentabilité certaine. Et ce n’est pas le seul atout de ce pays : un solde positif des naissances et une immigration continue, contrairement aux autres pays dont la population vieillis et qui auront un rapport offre/demande de main d’œuvre inversé, garantissent que la France aura de nombreuses années encore un chômage très élevé, donc des salaires faibles à verser. » Mais les charges sont élevées « Tout est négociable avec un état en position de faiblesse » explique James Wilbur.

Comment DAGON compte-t-elle s’implanter ? Nous avons posé la question à Jean-Philippe Condé, nouveau directeur de DAGON France, filiale toute récente « Dans un premier temps, nous avons acheté un leader du progiciel funéraire en France sur les conseils de Deloitte qui nous accompagne. Ceci nous a permis d’avoir, grâce aux remontées d’information, des chiffres extrêmement précis sur le marché, les produits, mouvement de stock et santé financière de nos concurrents. » La préparation des opérations a déjà commencé : « nous sommes en train de négocier avec les principales banques l’exclusivité de l’exécution de leurs contrats obsèques. C’est comme ça, aux Etats-Unis, avec des partenaires comme Bank of America, Wells Fargo, EastWestBank entre autres, que nous avons pu conquérir 25 % du marché en moins d’un an. Nous ne citerons pas de noms, disons simplement que les cinq plus gros groupes français sont en phase de négociation positive avec nous ».

Un objectif ambitieux, des moyens colossaux

Pour conquérir effectivement le marché français « Ce n’est pas difficile, nous allons acheter, acheter, acheter. En deux phases : un premier achat d’implantation, avec des équipements à la pointe et des prix cassés, un marketing résolument offensif en Radio, TV et internet uniquement, pour nous le papier est mort, pour mettre les concurrents en difficulté, puis nous les rachetons, dans une deuxième phase, à leur tour ». Quel est l’objectif ? « Nous visons les zones urbanisées, toutes les villes de plus de 30 000 habitants. » Pas les villages ? « Non, en deçà, le ratio de rentabilité est trop faible, inférieur, en tout cas, aux 14 % minimum garantis par DAGON annuellement. » et concrètement ? « D’ici 10 ans, il y aura 800 000 convois en France. Nous avons pour objectif d’en réaliser 600 000 » mais, et les concurrents ? « Comme nous vous l’avons expliqué, nous les mettons en difficulté, puis nous les rachetons. ».

DAGON laisse vivre les indépendants, donc, mais avec des réserves « Nous sommes déjà en pourparlers avec les principaux fabricants de cercueils et d’articles funéraires. Dans un an, la plupart des articles qu’achèteront les petites pompes funèbres sortiront sans doute d’une usine du groupe DAGON ».

A ceux qui se demanderaient comment DAGON compte s’y prendre, les américains ne font pas dans la subtilité « On a un plan d’investissement de 3 milliards de dollars sur deux ans pour acheter le funéraire français. Personne à ce jour n’est capable de dégager aussi vite autant de liquidités. » Bon, on suivra l’évolution de tout ça dans Funéraire Info.

Suivre les cours de DAGON sur le Nasdaq

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