Sécurité routière : Albert Camus et James Dean, le Destin et Little Bastard

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Facel-Vega FV3B, fatale à Albert Camus
Facel-Vega-FV3B-300x199 Sécurité routière : Albert Camus et James Dean, le Destin et Little Bastard
Facel-Vega FV3B, fatale à Albert Camus

La récente bonne nouvelle, la baisse du nombre de décès sur la route, est l’occasion de nous rappeler que, parfois, les accidents sont dus à la malchance. Et nul, comme nous le montrent les exemples ci-contre, puissant ou misérable, ne peut s’y soustraire…

Albert Camus, la peste soit du destin

Le Grand Ecrivain, trop tôt parti, aurait dû vivre beaucoup plus longtemps.

Il était parti en train de Paris, pour aller rejoindre Michel, le neveu de son éditeur, Gaston Gallimard dans le Vaucluse. L’écrivain avait prévu de rentrer en train, mais son ami insista pour le raccompagner en voiture, une Facel-Vega FV3B.

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La Facel-Vega après l'accident

Le 4 juillet 1960, arrivés au lieu-dit Le Petit-Villeblevin, dans l’Yonne, un pneu éclate. Michel Gallimard perd le contrôle de son véhicule, qui va s’enrouler autour d’un arbre. Le prix Nobel de Littérature et son ami sont morts tous les deux.

Dans les bagages de Camus, on retrouvera le manuscrit inachevé de son dernier roman, « Le Premier Homme » et, dans sa poche, le billet de train retour qui devait le ramener à Paris.

Albert Camus est mort à 47 ans, critiqué et ostracisé par l’élite intellectuelle autoproclamée du pays, menée par Jean-Paul Sartre, qui lui, mourra de vieillesse à 74 ans. La postérité finira par montrer à quel point Camus était grand et Sartre minuscule. Ce lieu commun aurait fait rire l’auteur du « Mythe de Sisyphe » : ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont en premier.

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James Dean et Little Bastard

James Dean, le Géant et le Petit Bâtard

Si le destin funeste d’Albert Camus était lié à lui seul, celui de James Dean tenait peut être plus à sa voiture. Cette Porsche 550 Spyder, l’acteur l’avait surnommée Littel Bastard, Petit Bâtard, pour les non anglophones. C’est donc à bord de ce véhicule que James Dean trouva la mort le 30 septembre 1955 en cherchant à éviter le véhicule d’un étudiant qui lui avait coupé la route. L’étudiant sortit indemne de la voiture et mourut d’un cancer en 1995.

L’histoire a retenu, pour son ironie, le fait que, deux semaines auparavant, il avait enregistré un message télévisé pour… la sécurité routière. L’on oublie que l’acteur venait de finir le tournage de Géant, et que la société de production, ayant eu vent de la passion du jeune homme pour les belles voitures, avait inséré dans son contrat une clause très détaillée lui interdisant la pratique des sports automobiles et… de conduire de manière imprudente. Ce qui n’était pas le cas, contrairement à la légende, le jour de sa mort.

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Little Bastard après l'accident

Little Bastard, père de Christine ?

Certains amateurs de fantastique se rappellent certainement ce roman de Stephen King Christine, dans lequel une voiture diabolique tuait quiconque se mettait entre elle et son propriétaire. Lorsqu’on demande à Stephen King d’où viennent ses idées, question qu’il déteste par dessus tout, il utilise une métaphore sur une chasse d’eau géante qui se déviderait dans son cerveau. Pour Christine, gageons qu’il s’est inspiré de Little Bastard.

En effet, après que la voiture eut tué James Dean, l’homme qui la lui avait personnalisée, George Barris, la racheta, et se fit une blessure très sérieuse à la jambe qui lui fit frôler l’amputation. Remis, il vendit le moteur et la transmission à deux hommes, Troy Mac Henry et William Eschrid, qui montent chacun un élément dans leurs véhicules respectifs. En faisant une course l’un contre l’autre pour tester leurs voitures ainsi équipées, ils ont un accident : l’un sera tué, et l’autre restera lourdement handicapé.

Barris a également vendu les pneus, intacts et quasiment neufs : ils seront la cause d’un accident qui faillit être fatal à l’acheteur, juste après les avoir montés.

Abandonnée, Little Bastard est victime de tentatives de vols par des collectionneurs. L’un s’ouvre le bras et doit à l’arrivée par hasard d’un passant d’éviter de se vider de son sang, un deuxième fait une chute en tentant de voler le siège conducteur, plein du sang de James Dean, et se fracture le crâne.

La police de la route, dotée d’un budget pour faire de la prévention routière, a l’idée, alors, de racheter Little Bastard pour en faire un exemple. La voiture est stockée dans un local, et, la première nuit, un incendie se déclare. Tout est réduit en cendre, sauf Little Bastard, quasi intacte.

La police ne se détourne pas de son idée, et organise une tournée de Little Bastard dans les écoles. Le premier jour, la voiture glisse de son support et fracture la jambe d’un étudiant.

Continuant sa tournée, la voiture « s’échappe » trois fois de son camion de transport, manquant de provoquer des accidents graves, et blessant une fois sérieusement le chauffeur du camion.

En 1960, le chauffeur du camion conduisant Little Bastard sort du restaurant ou il s’était arrêté déjeuner : son camion et Little Bastard ont disparu. On n’a plus jamais entendu parler de la Porsche.

Malgré les tentatives gouvernementales de réduire au maximum la mortalité routière, on imagine pas un ministre, tout puissant et compétent fut il, lutter efficacement conter les deux fléaux de la route : le Destin et Little Bastard.

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