Stage de Thanatopracteur, oui, stage de conseiller funéraire, non

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Les lettres de motivation, tout un poème
Les lettres de motivations de stagiaires sont souvent touchantes d’enthousiasme et de méconnaissance du métier, modérées par une vraie curiosité. Certains de ces anciens stagiaires sont d’ailleurs devenus des professionnels compétents. Celui-ci n’a même pas réussi à devenir stagiaire, à un mot près.

(Echange de mails)

Monsieur le Directeur,

Je me permet de m’adresser à vous pour obtenir des renseignements sur un stage.

Je souhait en effet devenir thanatopracteur. Peut être que vous en avez chez vous, ou que vous sauriez à qui je dois m’adresser.

Je suis vraiment passionné par ce métier que j’ai découvert dans un documentaire et j’ai envie de travailler dans le funéraire. C’est un métier que je n’ai jamais vu en vrai, mais je suis attentif et courageux, je ne décevrai pas mon maître de stage.

Merci beaucoup de me répondre.

Kevin

 

Monsieur Kevin,

C’est avec plaisir que je communique vos coordonnées aux thanatopracteurs de la région. Je n’en ai pas de salariés au sein de ma société, mais j’ai transféré votre courrier à mes sous-traitants avec mes recommandations.

Votre enthousiasme est plaisant, aussi, je vous propose, si vous le voulez, dans un premier temps, de venir faire un stage d’observation de quelques jours dans ma société, afin de pouvoir accompagner les équipes de conseillers funéraires, de porteurs, de marbriers, et ainsi découvrir les métiers du funéraire.

Je vous suggère de contacter mon assistante afin de convenir d’un rendez-vous.

Très cordialement,

Monsieur Boss

Monsieur le Directeur,

Je vous remercie de votre offre de stage dans votre société.

Mais je préfère faire uniquement un stage avec un thanatopracteur. Je compte en effet m’orienter vers ce poste à responsabilités, et vais faire les étude nécessaires pour ne pas être un simple conseiller funéraire.

Merci de votre réponse,

Kevin

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Monsieur Kévin,

Il y a quatre ans, j’ai procédé aux obsèques d’un homme et de son bébé.

La jeune femme, mère et épouse des défunts, était effondrée.

Pour elle, j’ai organisé une cérémonie d’obsèques pour le père et le fils. J’ai obtenu de la préfecture un délais supplémentaire pour que les parents du défunt, qui étaient à l’étranger et difficilement joignables, puissent prendre leurs dispositions et arriver.

Les obsèques se sont très bien passées. Si on peut dire, évidemment.

Pendant des semaines, la jeune femme est venue à l’agence, sous le prétexte d’acheter des fleurs, des plaques, tout et n’importe quoi. J’ai vite compris que ce n’étaient que prétexte pour parler. La psychologie du deuil nous enseigne qu’il est plus facile de parler à un étranger bienveillant qu’à un proche. Petit à petit, j’ai réussi à la convaincre de prendre rendez-vous avec une association spécialisée et de participer à des groupes de parole. Chose à laquelle elle était hostile au début. Mais elle a fini par y aller.

Ses visites se sont espacées, et elle a fini par ne plus venir.

Le hasard fait que hier matin, j’ai vu entrer dans mon agence une jeune femme vive et enjouée. Elle venait acheter une plaque funéraire pour une collègue de travail qui venait de perdre un parent, pour laquelle elle avait organisé une collecte auprès de ses collègues. Je ne l’ai pas reconnue jusqu’à ce qu’elle se présente.

Elle m’a raconté que les groupes de soutien l’avaient aidée à faire son deuil, à continuer malgré tout, et même à s’autoriser à être heureuse. Elle avait un nouvel homme dans sa vie, et ils envisageaient d’avoir un enfant ensemble. A la fin, elle a juste ajouté « C’est en partie grâce à vous. Merci ».

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Voilà, Monsieur Kevin. Bien que chef d’entreprise, je fais toujours du boulot de conseiller funéraire, pour ces moments-là. Pardon, d’après ce que vous dites, du boulot de « simple » conseiller funéraire.

Je retire mon offre de stage. Manifestement, vous n’avez pas minimum de compréhension nécessaire du métier.

Cordialement,

Monsieur Boss

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