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Le rôle des pompes funèbres lors d’une levée de corps médico-légale

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Illustration autopsies

Une levée de corps médico-judiciaire ne concerne pas directement les pompes funèbres. En revanche, il est possible qu’un jour où l’autre vous y soyez confrontés. Dans ce cas, il est intéressant d’en connaître les protocoles.

La découverte du corps

Lors de la découverte d’un corps, les choses peuvent plus ou moins se compliquer et plus ou moins durer dans le temps. La police arrive sur les lieux et constate les premiers éléments. Si rien ne vient corroborer un fait suspect, un médecin est appelé pour venir effectuer l’acte de décès. A ce moment précis, il peut y avoir encore la possibilité d’un obstacle médico-légal.

Mais si la découverte du corps présente des caractéristiques suspectes ou criminelles, dans ce cas le procureur de la république, demandera une autopsie et mande donc un médecin légiste.

Suivant les circonstances du lieux, du décès, du climat, de l’environnement, du nombre de corps, parce que ça peut arriver également, les constatations peuvent être longues entre les différents intervenants que sont, entre autre, les policiers de l’identité judiciaire.

Dans le cas de l’arrivée du médecin légiste

Avant que le corps ne soit déplacé, le médecin légiste arrive sur les lieux afin de définir un créneau horaire de décès. On est bien d’accord que l’on est pas dans une série policière alors oubliez le  » d’après la température du foie, la personne est morte à 5h48 précise ». Je vous invite à lire un article consacré à ce sujet ici.  Puis, le médecin légiste va procéder à un examen de corps afin d’en définir les éléments immédiatement visibles et superficiels.

Ensuite viendront les premiers prélèvements et les relevés d’identification, et pour cela je vous invite à relire l’article que nous avions consacré à ce sujet ici.

A ce moment précis, nous n’en sommes pas encore à la réquisition, qui elle ne sera délivrée que s’il y a des investigations poussées à faire. L’Officier de Police Judiciaire présent, reçoit alors un rapport oral des premières constatations. Dans le cadre d’une réquisition, un rapport écrit sera joint au dossier.

S’en suit désormais l’autopsie, une fois que le corps, placé dans une housse scellée, sera admis à l’institut médico-légal.

Le rôle des pompes funèbres dans tout ça

En un mot : aucun. Repartons dans fiction 5 min, il est rare dans une série policière de voir arriver les pompes funèbres sur les lieux d’une découverte de corps. Sans doute parce qu’il est plus intéressant pour le téléspectateur bien calé dans son canapé de voir arriver un binôme d’inspecteurs qui font semblant de se détester et de ne rien ressentir, tous deux habillés d’une veste en cuir, qu’un véhicule de transport de corps. Dans la vraie, les pompes funèbres arrivent fréquemment sur le lieu de la découverte de corps avant l’étape d’arrivée du médecin légiste. D’où le fait de ne rien faire, et en somme, de ne rien dire non plus.

Sachant que le lieu de découverte est une scène considérée comme éventuelle celle de crime, que tout est en désordre, et que tout est prélevé, ne commencez pas à faire les cent pas dans la boue, ou toucher à toute la déco. Demandez directement aux policiers le périmètre dans lequel vous pouvez intervenir et cantonnez-vous-y, ça vous évitera probablement des problèmes ultérieurs ou une remontrance de l’équipe en place ou de votre propre patron(e).

Le transport du corps en housse doit se faire de la façon la plus simple possible. Bien entendu, sous aucun prétexte, la housse ne doit être ouverte.

Heureusement cela ne vous arrivera pas tous les jours, mais des situations délicates de ce genre peuvent vite devenir dramatiques et angoissantes pour vos équipes si elles n’ont pas été briefées auparavant. D’où l’utilisation abusif de la pédagogie.

De toute façon, c’est un discours récurent, lorsque vous allez en chambre mortuaire l’on vous dit souvent « ça n’est pas chez vous, c’est chez eux », idem dans une chambre funéraire lieu de passage de tout le monde, et dans un crématorium. Le métier de pompes funèbre est celui de l’effacement, et il n’y a finalement que chez vous…où vous êtes chez vous.

Un nouveau certificat de décès dès le 1er janvier 2018

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nouveau certificat de décès

De nombreuses choses au niveau législatif impactent le domaine du médical et du funéraire cette année. Après la levée des soins de conservation sur les défunts porteurs du VIH, les soins de conservation à domicile, le certificat de décès dématérialisé, entre en vigueur le 1er janvier 2018, le tout nouveau certificat de décès. Pourquoi ? qu’est ce qui va réellement changer ?

Le décret en question le voici. Il date du 9 août 2017.  Il fait suite à une réforme mise en place en avril dernier.

Le nouveau certificat de décès pour les défunts nouveaux nés

C’est-à-dire pour les bébés morts avant le 28ème jour de vie. Cela ne concerne pas les nourrissons morts nés. C’est aussi un autre certificat qui devra être utilisé pour tous les décès de bébés morts au delà du 28ème jour de vie.

Le nouveau certificat de décès, une annexe

Dans un certificat de décès vous avez un volet administratif et un volet médical. Désormais il y aura un volet médical complémentaire. Dans cette annexe, l’objectif est de renseigner les causes de décès au moyen d’une autopsie médicale ou judiciaire une fois que les deux premiers volets auront été transmis aux organismes compétents. L’idée est de transmettre les informations à l’INSERM, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale le plus rapidement possible afin de prévenir une épidémie par exemple.

Un nouveau certificat de décès, en voie de dématérialisation

Je vous en parlais ici. La dématérialisation du certificat de décès est une grande avancée et va permettre de réduire les temps de délais. Le médecin transmet le certificat à la mairie du lieu de décès, à l’opérateur chargé de pourvoir aux funérailles. Le document est indispensable à la délivrance de l’autorisation de fermeture de cercueil, ainsi qu’à la réalisation des opérations funéraires et à l’établissement de l’acte de décès.

Le nouveau certificat de décès raccourcira-t-il les délais ?

Peu probable. La faute aux déserts médicaux entre autre, pour l’instant seuls les médecins sont habilités à remplir les certificats de décès. C’est ce qui avait conduit Christophe Dietrich, le maire de Laigneville dans l’Oise à « interdire aux habitants de décéder à leur domicile » afin d’alerter sur la situation. S’en est suivi une proposition des sénateurs afin de permettre aux infirmièr(e)s de remplir seul(e)s les certificats de décès dont nous vous avions parlé ici aussi.

Notez que nous vous mettons au courant de tout le plus rapidement possible et que bien sur nous suivrons pour, et par vous les évolutions pratiques de la mise en place de ces décrets et arrêtés en 2018.

 

 

Comment se déroule une autopsie médico-légale ?

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transport de corps avant mise en bière après une autopsie

L’autopsie médico-légale est demandée par l’autorité judiciaire le plus souvent par le Procureur de la République. Même si une autopsie médico-légale est réalisée sans nécessité de recueillir l’accord de la famille du défunt, la loi du 17 mai 2011 prévoit l’information aux familles.

L’ autopsie médico-légale a pour but de déterminer les causes et circonstances de la mort lorsque celle-ci est violente, suspecte ou inexpliquée. Elle doit être réalisée le plus rapidement possible. Le médecin légiste est en contact avec le Procureur de la République.

Elle comporte deux grandes phases que sont l’examen externe et l’examen interne.

L’examen externe :

Cet examen externe est identique a celui qui a été réalisé par le médecin lors de la découverte du corps sur les lieux au moment de la levée de corps, mais elle va se dérouler dans des conditions plus adéquates. Dans le cas de fractures ou de projectiles balistiques ou encore dans le cadre d’une identification de personne, une radiographie peut être demandée. Dans le cas d’une mort suspecte par empoisonnement ou pour les personnes dépendantes, il peut également avoir recours à une analyse toxicologique.

L’examen interne :

Une fois l’examen externe terminé, le médecin légiste va commencer l’examen interne en faisant des incisions profondes à l’aide d’un scalpel. L’on appelle cela aussi des « crevées ». Ces crevées sont réalisées au niveau des masses musculaires. Cela va permettre de déterminer s’il y a eu lutte grâce aux hématomes et aux ecchymoses.

Puis le médecin légiste va s’intéresser aux organes, ceux de l’abdomen c’est-à-dire le foie l’estomac, les reins, la rate, l’intestin, la vessie, les organes génitaux, le pancréas et les glandes surrénales ainsi que les organes du thorax, le poumon et bien sur, le cœur. Ces organes vont être analysés puis retirés, souvent disséqués et pesés.

Les analyses qui vont suivre vont permettre de comprendre et de dater certaines choses, comme ce qui a pu entrainer la mort ; une intoxication, ou détecter une maladie par exemple. L’on appelle cela des analyses histologiques. Puis va s’effectuer les analyses toxicologiques qui vont permettre grâce au sang et aux urines notamment de détecter des substances toxiques.

La langue, ainsi que l’œsophage ou encore la trachée et les artères carotides sont ôtés puis disséqués.

L’examen de la boite crânienne va également être une étape très importante. Le médecin légiste procède à une découpe minutieuse de la boîte crânienne afin d’extraire l’encéphale et la dure-mère. L’encéphale est pesé, disséqué puis prélevé. La base du crâne est analysée afin de rechercher d’éventuelles fractures de la boîte crânienne, dans le cas d’un projectile par exemple.

Une fois que l’autopsie médico-légale est terminée, l’étape qui arrive est également très importante, puisqu’il s’agit de la restauration du corps. Les organes qui n’ont pas été prélevés vont être remis à l’intérieur du corps. Puis le corps va être suturé, même au niveau des lésions les plus profondes. Ensuite il va être nettoyé, et il arrive qu’il soit maquillé et habillé selon les volontés des familles.

 

Et si l’on passait à côté d’homicides faute d’autopsie ?

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a côté d'homicides faute d'autopsie

Je vous parlais il y a peu des médecins légistes. Je vous expliquais, entre autre, qu’il n’y avait aucune harmonisation entre les différents parquets de France quant aux critères sur lesquels se basent les procureurs de le République pour ordonner ou non une autopsie. Et si l’on passait à côté d’homicides faute d’autopsie ?

Encore une fois, si l’on suit les recommandations du Conseil de l’Europe, les autopsies devraient être réalisées en cas de mort non naturelle évidente. Ce qui sous-entend :

–        les homicides,

–       les morts subites,

–       les suicides,

–       les suspicions d’erreurs médicales,

–       les accidents de transport,

–       les cas de maladies professionnelles,

–       les catastrophes naturelles,

–       les décès en détention

–       les corps non identifiés.

Ça c’est la théorie, en réalité, au jour d’aujourd’hui selon la région dans laquelle vous vivez, et à posteriori où vous mourrez, ce sera du cas par cas. C’est le procureur de la République qui doit décider. Tant mieux parfois. Tant pis souvent.

Selon les derniers chiffres de l’INSEE, il y a eu 600.000 décès en 2015 dont 9.000 autopsies médico-légales au maximum pratiquées en France. Cela fait 1,5%.

La réforme de la médecine légale de 2010 a permis aux médecins légistes de se regrouper dans des hôpitaux régionaux, ce qui a aidé à centraliser les moyens. Et encore une fois comme je l’expliquais précédemment le rôle des médecins légistes est de davantage s’occuper des vivants que des morts, y compris pour les personnes placées en garde à vue.

Professionnels du funéraire, vous savez tous ce qu’est une levée de corps. Et lors de cette levée de corps, il faut effectuer un examen du défunt sur le lieu même de la mort, or rien dans la loi n’établit que seuls les médecins légistes fassent cet examen, et c’est là que des erreurs peuvent survenir. La médecine légale permet de comprendre les marques sur un corps, et de déceler un indice suspect qu’un médecin généraliste ne sera pas habitué à voir.

Malgré la réforme de 2010, des services et des régions de France sont totalement sous évalués. Les corps ne sont pas assez vite pris en charge, et pas non plus assez vite pris en charge pour les obsèques et je ne vous parle même pas de la lenteur pour le certificat de décès.

Augmenter le nombre d’autopsies ? Pas forcément, mais si tout le monde appliquait à la lettre les protocoles, plus rien ne passerait entre les mailles du filet.


À lire aussi : https://www.funeraire-info.fr/medecin-legiste-la-mort-la-justice-et-le-vivant-103072/

Médecin légiste, oui d’une certaine manière je soigne les morts

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je soigne les morts

« Je suis comme tout le monde, quand je rentre chez moi, parfois je me dis « jamais je n’aurais cru faire ce travail », mais ça me va, tant mieux même !  Frédéric est médecin légiste, « il soigne les morts » comme il l’explique en toute simplicité, humanité et profondeur. il nous livre aujourd’hui son témoignage sur sa vie, son travail, son quotidien avec ceux dont il fait parler le corps.

Pourquoi je fais ça ? » c’est la question qu’on me pose le plus souvent, certains sont avocats, d’autres médecins. Moi j’aide la justice en faisant parler les morts, ils ont des choses à nous dire, et il n’y a que nous pour les aider, et pour aider leur famille à comprendre ce qu’il s’est passé. Dans 90 % des cas il n’y a rien de spécial mais ça reste des morts violentes, brutales qui arrachent quelque chose à leur famille. C’est mon devoir d’éclairer tout ça.

Donc, mon objectif premier avant toute chose, c’est de comprendre les causes du décès. L’autopsie d’une personne va permettre de réunir beaucoup d’éléments. L’idée c’est d’éviter à la fois l’erreur judicaire et à la fois qu’un coupable s’en sorte. Dans le cas d’une autopsie scientifique on découvre parfois que les patients étaient mal soignés de leur vivant, on est un peu la police des médecins finalement, forcément ça ne nous attire pas les faveurs du reste de la profession médicale. Personne n’a envie de se faire pointer du doigt.

« Il y a quelque chose chez les médecins en France qui une fois que le patient est mort, c’est fini, ça n’est plus de leur responsabilité, pourtant ça l’est, et je suis là pour le rappeler ».

 « Quand on constate le décès, on est pas seulement là pour en faire un état, on est aussi là pour poser un diagnostic. Bien sur c’est à cheval entre la médecine et la justice, des éléments seront mis sous scellés à l’issue de l’autopsie, des mèches de cheveux par exemple retrouvées sur le corps. Parfois aller chercher les causes de la mort, ça permet littéralement de sauver les vivants. Ça m’arrive régulièrement de devoir prévenir la famille parce que le décès est lié à une maladie génétique. En le sachant, ils pourront ainsi se soigner.

Moi je travaille à Lyon. Lyon et Paris sont les deux seuls instituts médico-légaux sur les huit qui existent en France, qui vont ainsi fournir les données pour les causes de décès pour les stat nationales. C’est très important. Lorsqu’il y a eu les décès suite aux pilules ou aux implants mammaires, les morts subites du nourrisson, etc. c’est nous qui alertons le Minstère de la Santé.

Parfois on me dit que mon travail ne sert pas à grand chose, que c’est trop tard, ils sont déjà morts et que ça ne les ramènera pas, pourtant pour moi c’est essentiel, et oui je peux dire que d’une certaine manière « je soigne les morts ».

 

Transport de corps avant mise en bière après une autopsie médico-légale

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transport de corps avant mise en bière après une autopsie

Le transport de corps avant mise en bière après une autopsie, médico-légale ou médicale : sujet qui soulève bien des questions. On peut lire et entendre, à droite, à gauche, diverses réponses, que l’on serait dans un flou juridique, que ce seraient l’IML, le médecin légiste, le procureur qui décideraient. En réalité, les cas de figure sont prévus et clair.

Attention : l’article suivant concerne les autopsie judiciaires, c’est à dire une autopsie réalisée dans un Institut Médico-Légal par un médecin légiste, ordonnée par un procureur de la république. Les autopsies médicales, c’est-à-dire réalisée dans une intention de recherche médicale ou de santé publique, qui font l’objet de mesures différentes, seront notre sujet mercredi prochain.

Transport de corps avant mise en bière après une autopsie médico légale

La question est la suivante : sachant qu’un transport de corps avant mise en bière ne peut être réalisé, au maximum, que durant les 48 heures qui suivent le décès, qu’en est-il des défunts faisant l’objet d’une demande d’information judiciaire, c’est à dire d’un examen médico-légal, prélèvements ou autopsie, effectués sur la demande d’un procureur. En effet, la procédure prend, de fait, plus de temps, et le cadre des 48 heures est largement dépassé.

La réponse est apportée par les articles R. 2213-8 et R. 2213-8-1 du code général des collectivités territoriales, qui impliquent que les conditions autorisant le transport avant mise en bière d’une personne décédée ne peuvent pas être satisfaites lorsqu’une autopsie judiciaire est requise ou ordonnée par l’autorité judiciaire compétente, à savoir le Procureur de la République, éventuellement sur sollicitation d’un juge d’instruction.

Le cercueil obligatoire

En effet, le transport avant mise en bière exige « la détention d’un extrait du certificat de décès prévu à l’article L. 2223-42, attestant que le décès ne pose pas de problème médico-légal et que le défunt n’était pas atteint par l’une des infections transmissibles dont la liste est fixée en annexe de l’article R. 2213-2-1 ».

Or, l’article 74 du code de procédure pénale stipule précisément que l’autopsie judiciaire est elle-même constitutive d’un obstacle médico-légal, puisque sa demande induit que le défunt est un élément de procédure judiciaire.

Donc, la lecture de tous ces articles ne laisse pas de place au doute : la sortie d’un défunt de l’Institut Médico Légal se fait, obligatoirement, en cercueil fermé.

Il existe des cas ou le médecin légiste délivre un nouveau certificat de décès daté du jour de l’autopsie, et ou l’autorité judiciaire délivre aussitôt après une autorisation de sortie du corps et un permis d’inhumer. Rares, ces cas sont souvent constatés dans des cas de mort accidentelle ou ne laissant que peu de place à l’hypothèse criminelle.

Ils sont un contournement de la loi, mais ne sont pas en soi illégaux, et le fait que ce contournement de la loi soit fait par ceux qui sont en charge de son respect vous décharge de toute responsabilité.


Transport de corps avant mise en bière après une autopsie, pour aller plus loin :

Transport de corps

Le transport de corps avant mise en bière, rappels

« The Jane Doe Identity », quand l’autopsie tourne mal, ça fait peur

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the jane doe identity

Ca ne vous dérange pas quand le cinéma vous rappelle (un peu) le boulot ? Vous avec l’estomac bien accroché ? Vous aimez avoir peur dans les salles obscures ? N’en jetez plus : on a le film qui vous faut : The Jane Doe Identity, un vrai bon film d’horreur où une autopsie tourne très, très mal.

Note : le titre original du film, « The autopsy of Jane Doe », a été transformé en France en « The Jane Doe Identity ». Ce qui est curieux, mais il s’agit bien du même film.

De quoi ça parle ?

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité.

Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le funérarium…

Qui est Jane Doe ?

Deux personnages enfermés dans une maison funéraire sinistre un soir de tempête pour procéder à l’autopsie du corps d’une inconnue découverte sur le lieu d’un massacre, voilà le pitch. Et c’est parti pour le grand huit.

Le film ne déborde pas d’une imagination transcendante : ici, pas d’effet nouveau, d’invention terrifiante, mais tous les procédés classiques du film d’horreur utilisés à la perfection par le réalisateur André Øvredal. Retenez bien ce nom, tant ce norvégien est un type singulier.

Débarqué en 2011 sur la scène du cinéma fantastique avec un premier film « The Troll Hunter » qui s’amusait avec le style « found footage » sur fond de légendes scandinaves, l’homme avait, avant cela, réalisé trois films toujours inédits en France.

Jane Doe est donc sa cinquième réalisation, un métrage, d’ailleurs, couvert d’éloges. S’il s’est fait chiper le premier prix du festival de Gerardmer par « Grave », il n’en est pas moins reparti avec le prix de la jeunesse.

The-Jane-Doe-Identity "The Jane Doe Identity", quand l'autopsie tourne mal, ça fait peurDes acteurs au top

Hormis quelques apparitions, le film tourne autour de cinq acteurs, trois principaux et deux plus anecdotiques. Enfin, anecdotique, le shériff dira quelque chose aux fans de Games of Thrones, puisque Michael McElhatton, qui l’incarne, joue Roose Bolton dans la série. Ophelia Lovibond interprète, elle, la petite amie (insupportable) du jeune assistant légiste.

Emile Hirsh et Brian Cox incarnent, eux, le duo de légistes, par ailleurs père et fils, chargés d’identifier Jane Doe. Et, dès le début, le duo fonctionne : on sent autant d’affection que de non-dits entre les deux personnages. La complicité autant qu’une certaine incompréhension est patente à l’écran.

Enfin, il faut saluer le travail d’actrice de Olwen Kelly. Pour son premier rôle, l’ancienne mannequin décroche le rôle titre. Difficile, néanmoins, de juger de son talent d’actrice, puisque le rôle consiste à rester allongée, nue, sur une table d’autopsie, pendant tout le film. L’actrice confiait d’ailleurs que la partie la plus difficile avait été les longues séances de pose de prothèses, pour les effets spéciaux du film.

C’est comment ?

Ne vous attendez pas à un grand film réaliste. Le film est trop ancré dans la culture américaine pour ne pas surprendre l’habitué des pratiques funéraires européennes, et, surtout, une autopsie ne ressemble pas à cela. Rien de plus normal, en même temps : l’histoire du film, finalement, c’est celle d’une autopsie qui ne se déroule pas du tout comme prévu.

Petit à petit, les éléments du puzzle se mettent en place pour dévoiler l’identité de Jane Doe. Une demi-surprise, un spectateur attentif l’aura deviné un peu avant durant le film, mais pas trop tôt.

Surtout, la force de André Øvredal, c’est de faire en sorte que le spectateur sursaute alors même qu’il se doutait qu’il allait se passer quelque chose. L’autre force, c’est d’installer tout au long du film une tension qui ne se relâche plus, grâce à des éléments souvent anodins, comme la clochette, sujet de plaisanterie au début du film, qui se métamorphose en l’élément le plus stressant du métrage.

Bref, l’on ne saurait trop vous inciter à aller au cinéma, pour, vous aussi, vous poser la question : mais qui est Jane Doe ?

« The Jane Doe Identity » actuellement au cinéma.

L’étrange aventure du cerveau d’Albert Einstein

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Albert_Einstein_1947

Une petite biographie d’Albert Einstein vous apprendra que, loin d’être resté toute sa vie assis derrière un bureau à réfléchir, ce dernier a eu une vie animée. La plupart des biographe s’arrêtant au moment de sa mort, il est rarement ajouté que, loin d’un repos paisible, le trépas non plus n’a pas ménagé ce brillant cerveau.

Thomas Harvey était pétrifié. Devant lui gisait le corps d’un des plus grands génies de l’histoire de la science. Mort, à jamais silencieux. Pourtant, son corps avait tant de choses à nous apprendre, certainement, encore !

Harvey était pathologiste, et, ce 18 avril 1955, sept heures et demi après que le décès ait été constaté, avait pour mission de déterminer les causes de la mort, s’assurant, au passage, qu’aucune erreur médicale n’avait été commise par un médecin de l’Hôpital Princeton, dans le New Jersey.

L’homme désormais mort devant lui avait formulé une demande qui semblait tellement égoïste à Thomas Harvey : il avait tellement été effrayé et avait tant souffert, de son vivant, de l’adulation dont il était l’objet, qu’il avait souhaité être crématisé, et que ses cendres fussent dispersées dans un endroit tenu secret.

Crématisé, annihilé, à jamais perdu pour la science. Thomas Harvey avait pris sa décision : il ne pouvait pas laisser perdre une telle source de connaissances. Il saisit une scie et une paire de pinces, et, lentement, avec mille précautions, entrepris de récupérer le cerveau d’Albert Einstein.

Un conflit ne tarda pas à éclater. Thomas Harvey n’avait pas caché dans son rapport qu’il avait prélevé la matière grise du scientifique, et la famille en conçut un grand courroux. De son côté, Harvey prétendait que l’exécuteur testamentaire d’Einstein, Otto Nathan, était présent lors de l’autopsie et avait donné son accord.

La manœuvre n’était pas, non plus, inédite : fréquemment, en ce temps, des organes étaient prélevés durant les autopsies pour études scientifiques et analyses. Seule condition, que la famille donne son accord pour l’autopsie, ce que celle d’Einstein avait fait, sans se douter une seule seconde, néanmoins, que quiconque oserait prendre une initiative personnelle qui contreviendrait aux volontés du défunt.

Un accord finit néanmoins par être trouvé : Harvey pouvait conserver le cerveau, à seule condition que celui-ci soit utilisé exclusivement à des fins scientifiques, et non pas à un suage de vénération publique ou de publicité d’aucune sorte, ce qu’aujourd’hui on appellerait du « people ».

thomas-harvey-cerveau-einstein-300x225 L'étrange aventure du cerveau d'Albert Einstein
Thomas Harvey pose avec une photo du cerveau d’Einstein. Il utilisait ce procédé pour la presse « people », ne posant pas directement avec l’organe, il ne contrevenait pas à l’accord passé avec la famille d’un point de vue juridique..

Harvey s’y tint… à peu près. Mais il sombra dans une forme de paranoïa. Il découpa le cerveau en plusieurs centaines de tranches,240 segments et des lames de microscope, qu’il plongea dans une matière appelée celloïdine, destinée à conserver les cellules grises.

Le cerveau d’Albert Einstein en voyage

Puis, pour des raisons jamais vraiment élucidées, il fut renvoyé de son travail, et partit en voyage tout autour des Etats-Unis, transportant partout avec lui le cerveau d’Einstein, conservé dans… Un ancien tonnelet de cidre, lui-même enfermé dans un petit réfrigérateur de voyage, qu’il branchait dans les chambres d’hôtel ou il résidait.

La science finit par accéder au prestigieux organe seulement trente ans plus tard, en 1985, la neuroanatomiste Marian Diamond parvint, à force de patience, à convaincre Harvey de la laisser examiner le cerveau. Parce que l’ironie de l’histoire, c’est que Harvey n’était pas neurologue, ni n’avait même de connaissances en ce domaine. Pour faire simple : il savait comment prélever le cerveau, comment le préparer, comment le conserver, mais n’avait absolument aucune idée de quoi en faire ensuite.

Thomas Harvey décéda en 2007, et la famille d’Einstein put enfin récupérer la précieuse matière grise. Sa famille lègue ce qui reste des prélèvements au National Museum of Health and Medicine américain, et celui-ci prend alors des photographies de toutes les portions pour pouvoir les envoyer aux scientifiques soucieux de faire des recherches.

Ce que nous apprend le cerveau d’Albert Einstein ? Peu importe, finalement : des études très pointues sont parues, des observations aussi précises que contestées ont été faites, mais personne ne semble d’accord. Seul constat certain : le cerveau d’Einstein pèse cent grammes de moins que le cerveau moyen d’un individu lambda. Quand on vous dit que ce n’est pas la taille qui compte…

Une fin morale, après tout : Einstein non plus n’était pas d’accord pour qu’on lui prenne son cerveau. Le physicien a-t-il une dernière fois mis sa matière grise en route pour faire de la résistance ?

Institut Médico-Légal, des questions, les réponses

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transport de corps avant mise en bière après une autopsie

L’examen médico-légal : objet de tous les fantasmes, le passage d’un défunt dans un Institut Médico-Légal peut aussi susciter bien des interrogations pour les familles. Il convient pour un professionnel du funéraire de savoir répondre à certaines d’entre elles.

Note : il n’existe pas de règle universelle pour les instituts médico-légaux pour certaines procédures, comme la sortie de corps, par exemple. Chaque IML définit sa procédure en fonction des instructions données par les autorités judiciaires locales.

Quand un défunt est il admis à l’IML ?

L’institut Médico-Légal accueille des défunts sur certains critères définis. Quatre cas sont communément répandus : décès sur la voie publique, décès d’origine criminelle ou considéré comme suspect, pour identification ou par mesure d’hygiène publique.

En cas de décès suspect, l’autopsie n’est pas systématique. Une enquête préliminaire est effectuée, généralement une inspection du lieu de découverte du corps par une équipe de Police Judiciaire, et il arrive que celle-ci suffise à lever les doutes. Dans le cas inverse, le magistrat chargé de l’enquête ordonne une autopsie.

Autopsie : la famille peut elle avoir accès aux résultats ?

Le médecin légiste qui pratique l’autopsie transmet son rapport au magistrat instructeur, qui le fait redescendre aux investigateurs. Fréquemment, ceux-ci assistent à l’autopsie, parfois accompagnés d’un représentant du parquet.

La famille peut avoir accès à ce rapport dans deux circonstances. La première, elle en fait la demande par écrit au parquet, qui décide ou non de communiquer le résultat du rapport. La seconde, elle se constitue partie civile en déposant plainte et en prenant un avocat. Celui-ci pourra alors accéder au rapport au moment déterminé par la législation.

Le médecin légiste ne peut communiquer son rapport et ses conclusions à personne d’autres qu’aux autorités compétentes.

Et les effets personnels ?

Un défunt est transporté à l’IML avec ses possessions. Une fois arrivé sur place, un inventaire est dressé.

Les affaires peuvent alors être restituées à la famille. Généralement, elles sont déposées au greffe du tribunal, qui s’occupe de la restitution. Certains éléments peuvent être conservés pour les besoins des investigations. Enfin, de sa propre initiative, après accord du magistrat, des pièces peuvent être détruites pour raisons d’hygiène. Généralement, il s’agit de vêtements.

La sortie de corps

La sortie de corps d’un IML se fait en cercueil. Ou bien sans. Ce dont nous sommes certains, la seule chose obligatoire, c’est que le défunt doit sortir un jour de l’IML. Ceci exige, bien entendu, une clarification.

En vérité, l’IML est une annexe de l’Hôpital public, mais placé sous l’autorité des magistrats. C’est donc directement le tribunal dont dépend l’IML qui définit la procédure.

La règle la plus communément admise est la suivante : tout corps ayant subi un examen médico-légal sort en cercueil fermé. Les défunts qui n’ont pas subi un tel examen peuvent sortir sans cercueil, à condition que le délai de 48 heures après leur décès ne soit pas écoulé.

De toute les manières, toute sortie de corps d’un IML doit faire l’objet d’une autorisation écrite du parquet, avec un permis d’inhumer, voire, si vous êtes chanceux, de crématiser.

Le meilleur conseil qu’on puisse vous donner, c’est : sur les cas de figure possible, prenez contact avec l’IML près de chez vous, et faites vous expliquer la procédure. Gardez bien en tête une chose : le fait de ne pouvoir rien faire sans une autorisation écrite est un immense avantage, parce que si quelque chose se passe mal, ce sera le problème de celui qui a signé.

Quand les élèves thanatopracteurs snobent une autopsie

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table d' autopsie
table d'autopsie

Pour débuter l’année et finir les tranches de vie, une petite dernière pour la route ? A partir de la semaine prochaine, nous débuterons une nouvelle série de politique-fiction. En attendant, une petite histoire d’école de thanatopraxie, où l’on montre que l’heure qu’il est est le pire ennemie des aspirants.

La journée se déroulait normalement, c’est à dire dans un calme de monastère. Non pas que les élèves fussent particulièrement attentifs, chacun rêvassait plutôt dans son coin à ce qu’il allait faire le week-end suivant. L’enthousiasme et la passion des débuts étaient depuis longtemps éteints.

C’était assez classique : les impétrants étaient arrivés persuadés que, dès le premier jour, ils enfileraient un masque et une combinaison, et procéderaient à des injections de formol à cœur ouvert sur des cadavres, devant l’œil ébahi de leurs formateurs qui ne manqueraient pas de glisser « Tu es bien meilleur que je ne le suis ». Il avaient déjà appris tout ce qu’ils devaient savoir en regardant la télévision.

Au lieu de quoi, ils s’étaient retrouvés assis en salle de formation, à devoir apprendre des planches anatomiques par cœur, après s’être rendu compte que tout ce qu’ils avaient pu lire, voir et entendre sur la thanatopraxie était faux. Non, ils n’ouvriraient jamais un corps avec une incision en Y pour y injecter un mélange formolé de leur composition qui allait révolutionner les soins d’embaumement. Et, pour finir de les achever, leurs formateurs avaient été formel : seuls ceux qui travailleraient le plus réussiraient. L’éventuelle existence du talent était une considération secondaire.

Claire, la formatrice, se mettait en quatre pour que ses stagiaires réussissent, non seulement à décrocher leur diplôme, mais à ensuite à mener une carrière heureuse. Elle voulait les intéresser. Voilà pourquoi elle entra en classe, ce jour-là, avec le sourire :

« J’ai une très bonne nouvelle. Vous le savez, nous travaillons en collaboration avec l’hôpital, et le professeur Chabenat, qui dirige l’unité médico-légale du CHU, a accepté de vous accueillir vendredi matin à huit heures pour assister à une autopsie qu’il pratiquera et commentera lui-même. »

Une vague lueur d’intérêt s’alluma dans l’œil des élèves. Des questions fusèrent sur le déroulement.

« Comme vous le savez » expliqua Claire, «  le professeur est une référence dans son domaine. Le public n’est jamais admis aux autopsies, c’est donc une chance extraordinaire que vous avez. Vous serez dans la pièce, et le professeur expliquera ce qu’il fait. »

Les élèves manifestèrent leur joie. Claire leur expliqua qu’ils devraient se rendre directement à l’IML, où ils seraient accueillis par le professeur, et qu’ils pourraient ensuite partir en week-end, puisque les cours prenaient fin à midi.

Le vendredi, Claire était dans son bureau, en train de préparer ses cours, lorsque le téléphone sonna. « Claire ? Professeur Chabenat à l’appareil. » Claire regarda sa montre : neuf heures. L’autopsie était déjà finie ? Il y avait eu un problème ?

« Bonjour, professeur. Comment allez-vous ? »

« Bien, merci. Dites, c’est bien aujourd’hui que vos élèves assistent à l’autopsie ? »

Claire sentit l’inquiétude monter « Oui… Pourquoi, ils vous ont dit quoi ? »

« Rien. Il n’y a personne. »

« Pardon ? »

Le professeur soupira « Je les attends depuis une heure. Les deux gendarmes qui doivent assister à l’autopsie aussi, attendent depuis une heure. Je ne sais pas ce qui se passe, avec vos élèves, mais je ne peux pas attendre plus longtemps »

« Je comprends » dit Claire « Je vais voir ce qui s’est passé, sûrement un malentendu ».

Ce qui s’était passé, découvrit vite la formatrice, était simple : panne d’oreiller, de voiture, goutte au nez, tous les élèves avaient une excuse pour rester au lit.

Lorsque la formatrice me raconta cette histoire, elle conclut « Voilà, les gamins qui arrivent en formation ont vingt ans, on leur conseille de travailler en pompe funèbre avant, ils nous expliquent que c’est pas la peine, ils arrivent comme s’ils savaient tout, entre l’école et les à côté, leurs parents dépensent vingt mille euros, et quand ils ont la chance d’assister à une autopsie, ils préfèrent rester au lit ». Ce qui, reconnaissons-le, est la meilleur morale à donner à cette histoire.