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Réception de famille, parler de thanatopraxie sans trop en dire

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Concours thanatopracteur
Thanatopraxie

Après avoir récemment débattu de l’image publique de la thanatopraxie, il convient d’aborder une question qui turlupine tous les jeunes assistants funéraires : comment parler de thanatopraxie à la famille ? Ce n’est pas simple. Et, dans le même temps, ce n’est pas compliqué.

Parler de thanatopraxie attention à l’ excès d’enthousiasme

Dans une bonne formation funéraire,on va vous apprendre deux choses sur la thanatopraxie. On va commencer par vous expliquer très précisément ce qu’est un soin de conservation. Puis, on va vous expliquer que, ce beau savoir tout neuf, il ne faut surtout pas le partager avec les familles. Logique, me direz vous.

Dans la réalité, quelques semaines plus tard, vous serez fraîchement diplômés, vous recevrez une famille, leur proposerez des soins de conservation, et vous retrouverez face à la question « Mais c’est quoi, exactement, un soin de conservation ? ». Là, c’est ennuyeux. Ennuyeux parce qu’on vous pose une question à laquelle vous avez la réponse, mais vous savez que, si vous la donnez, la famille cherchera une façon polie mais ferme de vous dire non. Si vous êtes un tantinet malchanceux, cette scène se passera l’été, il fera très chaud, les obsèques ne pourront avoir lieu que quatre jours plus tard et tous les lits réfrigérés seront en panne.

Pourquoi ne pas expliquer le soin de conservation aux familles ? Ils se doutent bien que c’est une opération relativement invasive, et qu’une simple piqûre de formol ne suffit pas. Quoique, beaucoup de gens ne font pas le lien entre battements de cœur et circulation du sang. Vous serez surpris.

Mais matérialiser le soin, le trocart, l’incision, le prélèvement etc… C’est donner une réalité crue à quelque chose qui se doit de conserver une certaine forme de magie, ou plutôt de prestidigitation. On reviendra sur ce terme. Mais avant, une histoire.

L’histoire du soin dramatique

C’était une famille aimable, moi un assistant funéraire sympathique, et lui, un thanatopracteur compétent. Il venait de finir un soin dans le labo, à l’arrière de la maison funéraire, et je recevais les gens, donc, dans le bureau sur le côté. Le thanato avait absolument besoin d’un document, aussi s’était il autorisé à taper doucement à la porte, et à me le demander d’une toute petite vois, se confondant en excuses.

Avec la famille, j’en étais justement à la maison funéraire et aux soins. Dans ma vie, j’en ai commis, des erreurs. Mais là… Comme le courant passait bien, j’ai signalé à la famille que c’était lui qui procéderait au soin sur leur défunt. Tout le monde le salua courtoisement, et, très gentiment, la veuve lui demanda « Comment vous faites ça, exactement ? ».

Il expliqua. Tout. La pompe, la gravité, le prélèvement du sang, l’injection artérielle, le formaldéhyde, un cours magistral de presque dix minutes.

Plus tard, je recroisai le thanato, et lui fit remarquer que, peut être, il en avait trop dit. « Attends, » me répondit-il « la famille paie cher pour les soins, elle a le droit de savoir ce qu’elle achète. A ce propos, je le fais quand ? » un peu embêté, je répondis « Ben… Ils ont changé d’avis, ils ne veulent plus de soins ».

Parler de thanatopraxie ou se taire à jamais

Bon, le sujet de cet article, c’est : comment en parler ? Ne vaut il pas mieux ne rien savoir ?

Au contraire : il faut tout savoir. Tant au niveau technique qu’éthique.

Au niveau éthique, tout d’abord, pour une simple et bonne raison : si vous vous retrouvez face à une famille musulmane ou juive, qui vous expliquent qu’ils ont entendu parler du soin de conservation et vous demandent en quoi ça consiste, vous devez pourvoir leur répondre : « Je peu vous expliquer, mais il faut savoir que c’est normalement interdit par votre religion ».

Ensuite, au niveau technique, l’explication du soin devra s’adapter à vos interlocuteurs. Si vous avez face à vous une famille de paisibles comptables, vous pourrez vous contenter de « C’est une injection de liquide à base de formaldéhyde qui vient remplacer une partie des fluide corporels et freine le processus naturel de dégradation du corps ». Par contre, renseignez vous sur qui vous avez affaire avant. La phrase précédente vous fera passer pour un imbécile si la famille assise face à vous est une grande dynastie de médecins.

Effectivement, la famille qui commande et paie un soin a droit à une explication. Mais cette dernière doit être adaptée à sa sensibilité et à ses connaissances préalables de l’anatomie humaine.

Préparez vous quelques phrases toutes faites, quatre ou cinq, plus ou moins détaillées en fonction du niveau de tolérance de votre interlocuteur, qui se calcule selon la formule :

(Sensibilité X phase de deuil) / (connaissances anatomiques + connaissances psychologiques). Le résultat, bien entendu, dépende entièrement de votre empathie.

Et surtout, testez vos phrases. Le meilleur moyen de connaître leur rapport efficacité – préservation de la sensibilité, c’est de les tester sur vos amis, au cours d’un repas.

Pour conclure

La thanatopraxie, c’est un peu comme de la prestidigitation : le terme signifie doigts agiles. Et c’est effectivement de l’habileté technique qui permet au thanatopracteur de fixer une image du défunt semblable au sommeil dans la mort.

Parler de la thanatopraxie, c’est un peu comme parler de la magie : souligner la compétence et l’habileté du praticien, sans pour autant lever le mystère. C’est, surtout, une histoire de compromis, entre ce qu’ils veulent savoir et ce qui est préférable qu’ils ignorent.

Soins de conservation

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Les soins de conservation : adulés par certains, rejetés par d’autres, pour des raisons d’ordre philosophique ou économique, sont tout de même majoritairement considérés par les assistants funéraires comme un net atout, tout le monde pouvant y trouver son compte. Les familles pourront se recueillir auprès d’un défunt à l’air moins morbide que s’il était simplement réfrigéré, et la sérénité qu’ils y trouveront sera directement imputable à l’entreprise de pompes funèbres, et elle générera de la satisfaction client.

formol-225x300 Soins de conservationLors de l’entretien avec la famille, toutefois, un équilibre fragile devra se trouver : s’il faut expliquer le soin pour bien le  »vendre », trop en dire sera dans la majorité des cas improductif.

Identifier son interlocuteur

La première étape consistera à identifier précisément son interlocuteur. Cela évite, déjà, de commettre des impairs. Proposer des soins de conservation à un juif ou un musulman serait maladroit : sans être offensant, le client à qui on propose une prestation taboue pourra penser que l’assistant funéraire maîtrise mal les rituels funéraires propres à sa religion, et hésitera à confier son défunt, ce qui est une réaction tout à fait légitime. A contrario, certains peuvent souhaiter ce qu’il y a de mieux pour leur proche, et accepter tout sans poser de questions.

Imaginons le cas d’une famille de musulmans qui aurait entendu dire que les soins de conservation, c’est très bien, sans connaître les spécificités du soin. Le rôle de l’assistant n’est pas de se substituer à l’autorité religieuse, en refusant le soin, pas plus qu’il n’est de vendre en risquant d’engager la crédibilité de son entreprise auprès de toute une communauté.

La meilleure attitude à tenir, dans cet exemple, sera sans doute de répondre que les soins sont généralement interdits en Islam, et de conseiller à la famille de demander conseil auprès d’un guide spirituel. Et, s’ils insistent, procéder aux soins : si le choix est fait en toute connaissance de cause, il n’y a plus de problème. Généralement, toutefois, les pratiquants de religions ou les soins sont tabous en sont bien informés.

Dans le cas d’un interlocuteur qui accepte les soins, il sera important de connaître sa profession et plus généralement sa catégorie socioprofessionnelle. Tous cela pour éviter l’impair que de nombreux assistants ont commis, expliquer un soin de conservation sur le ton et avec les termes qu’on choisirait pour un enfant à un chirurgien chef de service d’un hôpital.

Tout ce travail doit impérativement se faire en amont.

Transparence et tact

Une fois certain que le soin de conservation n’est pas frappé par un interdit religieux, et que la personne qui pose la question n’est pas un personnel soignant qui teste simplement la réponse qu’on va lui faire, il va falloir réussir deux doubles missions : la première, expliquer le soin de conservation pour justifier l’intervention d’un thanatopracteur et son coût, sans choquer la famille en rentrant dans des détails pointus, et la deuxième, expliquer les bénéfices que la famille tirera du soin aux plus réticents sans, une fois encore, tomber dans le cours sordide sur la décomposition humaine.

L’assistant se trouvera des ennemis de poids en la personne de certains médias qui ont donné une image pour le moins erronée de la thanatopraxie. L’on a pu lire, lors de la Toussaint, dans un magazine par ailleurs réputé pour son sérieux, une phrase à faire frémir « 400 euros, ça fait cher la piqûre de formol ». Bon courage aux assistants qui doivent immanquablement, après la Toussaint et son cortège de mauvais reportage, rattraper cette aberration.

Oui, les soins de conservation représentent un coût, non, il ne s’agit pas d’une piqûre de formol, mais d’un processus complexe, précis, effectué par un personnel compétent, et à propos duquel l’assistant doit garder à l’esprit que, vu de l’extérieur, il est impressionnant. Certains détails pourront être omis.

Sémantique du soin de conservation

Reste à trouver les mots. Le vocabulaire du soin devra être soigneusement choisi pour rester aussi évocateur que possible, sans être choquant. Il ne faut jamais perdre de vue que la famille en face de l’assistant vient de perdre un proche : elle est déjà en état de choc.

D’une manière générale, il est plus profitable de se constituer un lexique de termes adaptés plutôt que de se faire une phrase toute faite : l’explication semblera plus naturelle si l’on construit sa phrase au fur et à mesure, comme dans toute conversation normale, plutôt que s l’on s’adonne aux joies de la récitation. On explique une opération funéraire, on ne récite pas une fable de la Fontaine !

Par exemple, l’on pourra, plutôt que parler de décomposition, évoquer le « processus biologique ». Tout le monde saisira instantanément de quoi il retourne, mais la tournure adoucie aura une force de suggestion moins agressive. De même, inutile de renter dans les détails dans un premier temps. Parfois, derrière une demande explicitation sur les soins de conservation, se cache la question « Par rapport à la toilette funéraire, cela change quoi ? ».

Un exemple : « Les soins de conservation sont une opération grâce à laquelle l’on va stopper le processus biologique ». Et à l’objection : « Oui, mais XXX euros pour une piqûre de formol, c’est cher » la réponse satisfaisante dans la plupart des cas « Ce n’est pas que cela. Le professionnel diplômé, qu’on appelle thanatopracteur, va réaliser un ensemble d’opérations, il y en a pour une heure et demie » heure et demie qui constitue la moyenne de durée des soins. L’âme humaine a ceci de formidable qu’elle veut savoir, mais pas vraiment. Si un professionnel diplômé passe une heure et demi avec leur défunt, cela va très bien, mais vous constaterez que ce qui se passe durant ce laps de temps, ils ne veulent surtout pas le savoir.

Pour les soins de conservation comme pour beaucoup de situations, le plus important, ce sont les mots, et une bonne connaissance de la psychologie du deuil. En dehors de ce qu’on apprend lors de sa formation obligatoire d’assistant funéraire, il y a deux armes à rajouter à sa panoplie : de la sensibilité, et un bon dictionnaire.