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Yanis, le petit garçon qui laisse son empreinte dans nos vies

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Yanis

Début 2017 commençait comme toutes les autres années, des résolutions avortées une fois le taux d’alcoolémie à la baisse ainsi que par des paroles remplies d’espoir et des peines à n’en plus finir. Au milieu de ce brouhaha d’émotions contraires, il y a eu au mois de février le décès de Yanis, 5 ans. Le jeune garçon avait été battu et contraint de courir, la nuit, sur une longue distance à cause d’un pipi au lit et est mort d’un violent coup à la tête. Une atrocité qui a suscité un élan de solidarité local et national.

Au mois de mars j’étais venue vous parler de François Xavier Devaux, c’est lui qui a eu la lourde responsabilité de s’occuper des obsèques de Yanis, en lien permanent avec le père du garçon.  Une étape essentielle et complexe à mener au moment même où tous les projecteurs convergent vers la famille. Il a fallu faire taire les commentaires, la haine, la colère. Il a fallu réconcilier, il a fallu organiser, et il a fallu se souvenir.

Pour les besoins essentiels de l’enquête près d’un mois se sont écoulés pour que les obsèques puissent avoir lieues dans l’intimité familiale.

Lorsqu’un drame se produit nos réactions sont toutes différentes, et lorsque nous nous décidons à chercher un peu d’appui nous avons besoin de personnes empathiques, qui savent exactement quoi faire. C’est donc tout naturellement que François Xavier Devaux a été sollicité mais aussi la société FunérArts. Imperméables ? loin de là, ce qui fait le propre du secteur funéraire c’est sa capacité absorption de la douleur humaine. Aider à faire le deuil oui, le faire à la place, non. Une évidence objective, qui est pourtant un long apprentissage pour n’importe quel professionnel du funéraire. Au delà du professionnalisme il y a toujours des histoires qui nous marquent. De celle où l’on se dit, « elle me ressemble »,mais pas seulement.

Lorsque nous sommes confrontés à la mort dans le cadre professionnel, il y a de ces décès qui nous marquent à jamais et ça n’est pas forcément parce que la personne nous rappelle quelque chose en nous. En réalité c’est plus complexe que cela, c’est le défunt, par son âge, son lieu de vie, son histoire et son décès qui vont faire écho chez nous à un moment même où l’on était perméable. Les environnements s’entrechoquent, sa mort vient s’insérer dans notre vie, elle y prend place. Ce petit être vient s’asseoir dans notre salle de spectacle, et nous, d’un coup, sur scène, occupés dans notre représentation, nous ne voyons plus que lui.

La mémoire virtuelle de Yanis

Lorsqu’une personne décède, sa page Facebook se transforme en hommage « à la mémoire de », il y a aussi des pages qui apparaissent seulement lorsque la personne est décédée. C’est le cas pour Yanis, dont le père a ouvert une page Facebook peu de temps après le décès de son fils afin de faire vivre sa mémoire, de partager les différentes étapes qui s’en sont suivies, mais aussi une manière de rendre hommage à tous les autres enfants et tous les autres parents à travers son histoire. Si je vous en parle aujourd’hui c’est que la pose du monument à été effectuée, elle a été pensée et travaillée avec soin pour que chaque détail résonne dans le cœur de sa famille.

Il y a de ces rencontres que l’on ne fait qu’avec les défunts, parce qu’elles sont silencieuses et que leur impact laisse toujours une empreinte, un stigmate.

Ces rencontres de l’autre côté

Il y a de ces rencontres que je ne fais qu’avec des personnes décédées. Leur corps, leur vêtement, leur famille, leurs obsèques, vont me donner des indices sur leur histoire. En socio-anthropologie, j’ai dû à de nombreuses reprises  réaliser des entretiens et des récits de vie. Aujourd’hui encore, l’on me délivre souvent des témoignages qui laissent toujours une trace de l’histoire de quelqu’un. Mais parmi ces nombreux échanges dans l’intimité des mots, tous, eux et moi emporteront avec nous des secrets. Et lorsque je les vois allongés là, c’est comme si je ne voyais que ça, ces secrets cachés en eux.

Yanis, fait partie de ces êtres qui ont laissé une trace sur terre, dans le cœur de sa famille, bien sûr, mais aussi dans la société et la responsabilité de tous, du regard qui se détourne face à la maltraitance.

Il a laissé une trace en tant qu’enfant, mais il en laisse une aussi en tant que défunt, sa rencontre posthume avec toutes ces personnes, professionnels du funéraire, religieux, associations, etc. marqueront à jamais leur mémoire.

 

Les obsèques du petit Yanis : Une charge émotionnelle lourde

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habillage ange FunérArts
C'est dans un cercueil de ce type, personnalisé et habillé par la société FunérArts, qu'a été inhumé le petit Yanis.

Je me suis entretenue avec François Xavier Devaux des pompes funèbres à Saint Martin Laert. C’est lui qui s’est chargé des obsèques du petit Yanis, décédé il y a près d’un mois suite à des violences volontaires à cause d’un pipi au lit. Les funérailles ont eu lieu le lundi 6 mars dans l’intimité familiale.

Le décès d’un enfant est toujours une injustice, mais lorsqu’on ne peut pas se raccrocher à nos croyances, au destin, c’est encore pire. Là ici il s’agit en plus d’un acte criminel, rendant l’injustice encore moins supportable pour ce père de famille et toute la société qui, derrière lui, est émue de la douleur de ce décès.

C’est par leurs touchantes personnalités que François Xavier et le père de Yanis se sont rejoints, enclins tous deux à mettre en avant des funérailles personnalisées, ils ont œuvré pour que tout se passe bien.

Une logistique mise à rude épreuve

La première épreuve a été de préparer l’ensemble. Il faut savoir qu’entre le décès de Yanis et ses obsèques se sont déroulées trois semaines et demi, le temps de l’autopsie et des premiers éléments de l’enquête. C’est le père de Yanis, ainsi que sa tante – la sœur de la mère- qui sont venus en agence organiser les obsèques.

« La deuxième épreuve a été la mise en bière ». Voir l’enfant, ne pas savoir dans quel état il serait exactement, essayer d’imaginer, essayer aussi de ne pas imaginer. Tout comme le reste de ses obsèques, une attention particulière a été apportée à la personnalisation. Des objets personnels appartenant au petit Yanis ont été déposés dans le cercueil comme le souhaitait son père.

Le troisième grand travail a été la personnalisation du cercueil. Un cercueil blanc avait été choisi, puis François-Xavier a travaillé en étroite collaboration avec la société FunérArts qui a ainsi créé un habillage avec des anges, pour le cercueil du garçonnet. Pour François-Xavier cette étape est primordiale dans le travail du deuil. « Lorsque l’on voit un cercueil on a tendance à s’imaginer le défunt à l’intérieur, ça nous terrifie et souvent on reste à distance. L’habillage personnalisé du cercueil permet de le rendre plus supportable ».

« De transparent, on a passe à innocent. »

Des obsèques sous haute protection

Hormis un article sur France TV Info , vous ne trouverez que peu d’informations concernant les funérailles du petit Yanis, car un cordon de gendarmerie avait été mis en place devant l’Eglise. Le cortège a ensuite été escorté jusqu’au lieu d’inhumation. Un hommage et un recueillement intimes pour cette famille déchirée d’injustice et en souffrance.

La personnalisation au service du deuil

Comme précisé plus haut, la personnalisation permet de rendre plus supportable le moment des obsèques et ouvre ainsi les portes du deuil. Les obsèques ont fini par être une « délivrance » après ces trois semaines et demi. François-Xavier s’est investi personnellement dans ces funérailles, il a travaillé tous les jours et, est venu le matin même gonfler des ballons d’hélium afin de faire un joli lâché après la cérémonie. À chaque ballon était accrochées des photos de Yanis choisis auparavant avec le père, moment très lourd aussi émotionnellement. Des enfants de l’école qui vivent cette injustice, avaient réalisé des dessins qui ont été accrochés à la jupe du cercueil.

Appeler ce petit garçon par son prénom est également une forme de personnalisation, chose que l’on ne fait pas avec d’autres défunts. « On se l’approprie d’une certaine manière. L’important était de lui redonner sa place d’enfant ».

Une charge émotionnelle très lourde

françois-xavier-devaux Les obsèques du petit Yanis : Une charge émotionnelle lourde
François-Xavier Devaux

« Les professionnels du funéraire ne sont pas confrontés à ce genre de cas régulièrement » et pourtant c’est à eux que les familles se confient le plus souvent, le rôle de psychologue étant de plus en plus imprégné dans les fonctions des professionnels du funéraire.

Un professionnel du funéraire est avant tout un être humain. Souvent les familles l’oublient. Ils se doivent d’être irréprochables, l’erreur est interdite. Pourtant la douleur peut aussi se transposer même si on leurs apprend en premier lieu de ne pas prendre le poids du deuil à leur charge. Dans le cas du petit Yanis, être père de famille comme c’est le cas de François-Xavier suffit à s’imaginer la douleur que le père du petit garçon peut ressentir.

Pour François-Xavier, l’important est d’être épaulé. La famille tout d’abord, c’est pourquoi il effectue un travail de suivi avec le père de Yanis. La pose du monument personnalisé, lui aussi, – stèle en forme de cœur– sera l’occasion d’échanger à nouveau. Mais lui aussi, en tant que professionnel du funéraire. Il a pu trouver du réconfort et une oreille attentive auprès d’autres professionnels, comme Cristelle et David de la société FunérArts. C’est essentiel de se savoir soutenu, et écouté, de savoir que le travail est bien fait. Il y a un équilibre complexe à trouver entre l’empathie pour comprendre au mieux les besoins et attentes, et à la fois une distance imposée pour ne pas prendre la charge du deuil à la place de la famille. Un équilibre parfois difficile à mettre en place, surtout lorsqu’il s’agit d’un enfant.

Le rôle de tous ceux qui ont participé de près ou de loin à ses obsèques est également primordial, et salué. C’est le cas des employés de l’Institut Médico Légal de Lille qui ont « fait preuve d’une très grande humanité, leurs gestes tendres m’ont beaucoup aidé » exprime François-Xavier. « C’est aussi le cas du gendarme et de sa collègue, venus tous deux pour les scellés et qui ont pris des nouvelles pour savoir si tout se déroulait correctement. Le curé qui a officié pour les funérailles de Yanis a également été extraordinaire, il est même venu ensuite à l’inhumation au cimetière ».

Même s’il avait déjà été confronté à des décès complexes, comme le suicide par exemple, François-Xavier a géré toutes les obsèques de ce petit garçon seul dans son agence ouverte il y a un an maintenant. Il réalise tout lui-même, donne une importance capitale aux textes de cérémonies et à la personnalisation, véritable fenêtre du deuil.