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Testing dans les pompes funèbres, ce qui nous pend au nez

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Enzo Poulterniez, de l’association AIDES, a prévenu : en 2018, il faudra s’attendre à des testings dans les pompes funèbres. Certes, le sujet essentiel en sera les soins de conservations sur les défunts touchés par le HIV ou les hépatites, mais les associations seront certainement vigilantes sur d’autres sujets. Le principe est simple : c’est le « client-mystère ».

Testing, grandeur nature

C’est une après-midi comme une autre, aux pompes funèbres, quand un homme, la quarantaine, entre dans l’agence. Jean, chemise, barbe de trois jours, rien de remarquable, hormis un air triste. Lorsque le conseiller vient vers lui, l’homme explique qu’il vient faire un devis pour un décès. Pour une raison X ou Y, il n’a pas encore de certificat.

Le conseiller funéraire l’installe dans son bureau, entame le questionnaire habituel, et l’homme explique qu’il s’agit du décès de son compagnon. Il choisit les prestations, demande conseil pour le cercueil ou l’urne, se fait expliquer les soins de conservation lorsque le conseiller lui pose la question, accepte, puis mentionne, presque machinalement, « Vous direz à votre collègue de faire attention, mon compagnon était séropositif ».

Le conseiller funéraire, qui sait que son thanato refuse de procéder aux soins sur des corps atteint du HIV, explique gentiment que, malheureusement, ce n’est pas possible. L’homme a l’air triste demande alors quelles autres alternatives il y a, prend son devis et part après avoir salué le conseiller funéraire. Ce dernier ne s’est rendu compte de rien, mais il vient de se faire tester, et, au passage, de se rendre coupable d’une discrimination.

Différents types de testings

Il existe différents types de testings, mais ils suivent toujours un même schéma : il s’agit de voir comment réagit la pompe funèbres en situation réelle.

Ce n’est pas un sondage : personne ne va téléphoner à la pompe funèbre, ou même passer en agence, et vous interpeller « Bonjour, je suis XXX de l’association XXX, est-ce que vous procédez à des soins de conservation sur des défunts séropositifs ou atteints d’hépatites ? »

De même, si vous répondez que les soins ne sont pas possibles, le testeur ne va pas jeter sa carte sur votre bureau en criant « Ah ! Ah ! Je t’ai bien eu ! ». L’entretien se conclura normalement, et vous ne saurez pas de suite que vous avez été testé. Ceci, pour éviter que vous ne décrochiez votre téléphone pour prévenir vos confrères.

De même, je parle dans cet exemple d’un homme seul qui parle de son compagnon, mais il peut s’agir d’un couple âgé venu faire un devis pour les obsèques de son fils, une femme pour les obsèques de sa sœur, et ainsi de suite ad libidum.

L’idée du testing

Le principe du testing n’est ni illégal, ni moralement répréhensible. On peut comprendre que celui qui a été testé, particulièrement s’il est en faut, désapprouve, mais on ne peut pas, légitimement, reprocher aux association de vérifier que la législation est bien appliquée. Surtout, dans un métier, les pompes funèbres, ou l’essentiel du travail consiste à vérifier que la législation est bien respectée.

Mais le HIV ou les hépatites ne seront pas le seul point de test. Ce sera l’essentiel, évidemment, mais refuser, par exemple, une salle de cérémonie, ou refuser sans raison un symbole, par exemple le drapeau arc-en-ciel, pour un militant gay, même si ils ne sont pas l’objet du testing, fera l’objet d’un signalement, n’en doutons pas.

Franchement, le jour ou des militants d’associations gays vont se rendre dans une pompe funèbres communautariste pour demander une cérémonie civile, et vont s’entendre répondre « Pas de ça chez nous ! » ça va être drôle. Vous voyez votre habilitation ? Profitez en bien, parce qu’elle va disparaître assez rapidement.

Et bien malin qui se croira immunisé. Certains pourront expliquer doctement « Moi, les clients-mystère, je les repère à dix kilomètres à la ronde », il suffira de leur repasser l’Aile ou La Cuisse pour les calmer. Particulièrement la scène « Moi, les Duchemin, je les repère à cent mètres ».

Le limites du testing

Les limites du testing sont au nombre de deux, dans le cas qui nous intéresse.

Le premier est que la pompe funèbre devra assumer le refus d’un thanatopracteur. Si, comme c’est la cas dans la majorité des sociétés, le thanato est un sous-traitant indépendant, qu’il refuse de procéder aux soins, et qu’aucun autre thanatopracteur n’est disponible, ce sera à la pompe funèbre de refuser les soins au nom du praticien, et donc, de rendre compte de sa position. L’association pourra, sans mentir, affirmer que, aux Pompes Funèbres Duschmol, on refuse les soins de conservation sur les patients atteints du HIV, alors que les Pompes Funèbres Duschmol y sont favorable, simplement, elle ne trouvent pas un thanatopracteur dans un rayon de cent kilomètres qui accepte.

Le second, c’est que, dans les antécédents de testing, s’il y a contestation, c’est à l’accusé, de prouver son innocence et sa bonne foi. C’est l’exact inverse de la philosophie judiciaire dans la plupart des pays civilisés, pour la simple et bonne raison qu’il est plus difficile de prouver son innocence que de prouver sa culpabilité. La plupart des avocats vous le diront : un innocent se défend toujours très mal, parce qu’il ne comprend même pas de quoi il doit se défendre.

En conclusion

Ca arrive. Les associations ont suffisamment milité, depuis très longtemps, pour cette levée d’interdiction, pour laisser passer quoi que ce soit. N’attendez aucune indulgence, et ne vous attendez pas non plus à être prévenus.

Les militants, particulièrement des associations qui luttent pour les droits des séropositifs sont organisés ,déterminés, très professionnels dans leurs actions. Un de leurs précédents testings a révélé des problèmes chez les dentistes et poussé l’Ordre de cette profession à revoir toutes ses procédures. Autant dire que si les dentistes se sont fait tancer sévèrement, les militants ne feront qu’une seule bouchée des pompes funèbres.

Toutes ? Non, parce qu’on en oublie l’essentiel : une pompe funèbres qui applique scrupuleusement la réglementation, ne discrimine personne et offre, c’est un corollaire, aux thanatopracteurs la possibilité de travailler en toute sécurité, en leur proposant des équipements adéquats, n’a absolument rien à craindre. Un testing qui se passe bien, c’est ce que vous voulez, c’est aussi ce que les associations veulent.

 

Soins de conservation, la thanatopraxie au cœur de la polémique

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Gantes de boxe soins de conservation thanatopracteurs séropositifs

La levée d’interdiction de soin funéraire sur les défunts séropositifs ou atteints d’hépatites se retrouve sur le devant de la scène. La levée de boucliers des associations contre la pétition du SPTIS a médiatisé cette querelle, donnant au funéraire un éclairage particulier. Revue de presse spéciale.

La pétition du SPTIS est ici : www.change.org/p/ministère-de-la-santé-contre-la-levee-de-l-interdiction-des-soins-pour-les-defunts-porteurs-du-vih-d-hepatites

La lettre ouverte de AIDES et des associations : www.aides.org/communique/lettre-ouverte-29-aout-2017

Dans Funéraire Info

AIDES envisage des testing dans les pompes funèbres, interview d’Enzo Poultreniez

Une lettre ouverte a été adressée à Cedric Ivanes, président du SPTIS, par 20 associations et collectifs de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, contestant point par point les arguments avancés. Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES, répond à nos questions. C’est à lire ici

Levée de l’interdiction des soins, pétition… Jean-Luc Romero répond à nos questions

Jean-Luc Romero, président d’Elus Locaux Contre le SIDA, a répondu à nos questions, sur la levée de l’interdiction des soins, et sur la pétition du SPTIS s’y oppose, soulignant qu’il existe d’autres problèmes bien plus préoccupants… C’est à lire ici.

Dans Seronet.Info

Soins funéraires : Un syndicat entretient la polémique

La parution, cet été, d’un arrêté mettant fin à l’interdiction des soins pour les personnes défuntes porteuses du VIH et d’hépatites virales semblait mettre un point final à cette discrimination dénoncée depuis des années par les associations de lutte contre le sida et les hépatites virales et à la polémique entretenue par un syndicat de professionnels du soin funéraire. Il n’en est rien, celui-ci vient de lancer une pétition demandant au gouvernement d’annuler cet arrêté qui entrera en vigueur au 1er janvier 2018. Une vingtaine d’associations et de collectifs qui défendent la fin de cette interdiction viennent d’interpeller le président de ce syndicat dans une lettre ouverte qui dénonce une « série de mensonges, contre-vérités et de stigmatisations » dans le texte de la pétition. Un article à lire ici.

Dans Le Figaro

Querelle sur les soins des défunts séropositifs

Le syndicat des thanatopracteurs a lancé une pétition pour s’opposer à l’arrêté autorisant les soins de conservation pour les défunts porteurs du VIH. En cause, les risques de contamination. Un article à lire ici (payant).

Dans Le Point

Soins funéraires : les virus de la discorde

Un syndicat de thanatopracteurs s’oppose à la levée de l’interdiction des soins aux porteurs du VIH ou d’une hépatite virale. Riposte des associations. C’est à lire ici.

Sur France Info

Soins funéraires pour les séropositifs : des associations dénoncent les « stigmatisations » des thanatopracteurs

Pour les thanatopracteurs, réaliser des soins sur des séropositifs malades peut-être dangereux. Les associations de lutte contre le sida dénoncent une atteinte au droit des séropositifs. Un article à lire ici.

Sur RTL

Pourquoi les soins funéraires aux personnes séropositives font-ils polémique ?

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a levé l’interdiction des soins funéraires qui visait les personnes atteintes du VIH, une décision dénoncée par le principal syndicat des thanatopracteurs. Un article à lire ici.

Sur BFMTV

La colère d’Act Up contre des thanatopracteurs qui refusent de prendre en charge des séropositifs

Certains spécialistes de la conservation des corps – les thanatopracteurs – ne veulent plus s’occuper des cadavres de personnes séropositives, par crainte de contamination. Mikaël Zenouda, le président de l’association Act-Up Paris, dénonce une position archaïque qui n’a pas de sens, selon lui. Un article à lire ici.

Dans 20 Minutes

Virus du sida: Des thanatopracteurs s’opposent aux soins funéraires pour les défunts séropositifs

Les thanatopracteurs se mobilisent contre un arrêté du ministère de la Santé, publié au Journal Officiel le 20 juillet, qui lève l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes porteuses du VIH. La mesure, qui doit prendre effet le 1er janvier 2018, vient annuler des textes de 1986 et 1988 qui défendaient de prodiguer des soins de conservation aux personnes décédées séropositives et atteintes d’hépatites, par crainte de contamination. Un article à lire ici.

Dans Top Santé

Des thanatopracteurs contre l’autorisation des soins funéraires sur les séropositifs

Une pétition réclamant le retrait de l’arrêté ministériel levant l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes porteuses du VIH a été lancée par un syndicat de thanatopracteurs. Un article à lire ici.

Sur Pourquoi Docteur

VIH : les thanatopracteurs opposés à la levée de l’interdiction de soins funéraires

Le syndicat des thanatopracteurs conteste le bien-fondé de la levée des soins de conservation pour les personnes atteintes du sida. Un article à lire ici.

Dans La Charente Libre

COLÈRE D’ACT UP ET AIDES CONTRE DES THANATOPRACTEURS QUI REFUSENT DE PRENDRE EN CHARGE DES SÉROPOSITIFS

Certains spécialistes de la conservation des corps – les thanatopracteurs – ne veulent plus s’occuper des cadavres de personnes séropositives, par crainte de contamination. Un article à lire ici.

Dans France Soir

LES THANATOPRACTEURS S’OPPOSENT À LA LEVÉE D’INTERDICTION DE SOINS FUNÉRAIRES DES MORTS DU SIDA

Le ministère de la Santé a pris un arrêté en juillet dernier pour autoriser les malades du VIH à bénéficier de soins funéraires à leur mort. Arrêté accueilli avec joie par différentes associations, mais vigoureusement combattu par les thanatopracteurs, qui pratiquent ces soins funéraires. Une pétition a été mise en ligne. Un article à lire ici.

Sur Jim.fr

Soins funéraires et VIH: la polémique renaît de ses cendres

Le 20 juillet est paru au Journal officiel un arrêté attendu de longues date par les associations de lutte contre le Sida : il procède au retrait du VIH de la liste des affections empêchant l’accès à des soins funéraires de conservation. Cependant, dès la publication du décret, les syndicats de thanatopracteur avaient fait part de leur désapprobation. Le président du Syndicat professionnel des thanatopracteurs indépendants et salariés (SPTIS) ne cachait ainsi pas sa volonté d’étudier les voies de recours contre cet arrêté.  Un article à lire ici.

AIDES envisage des testing dans les pompes funèbres, interview d’Enzo Poultreniez

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Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyer et Revendications de l’association AIDES
Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES

Une lettre ouverte a été adressée à Cedric Ivanes, président du SPTIS, par 20 associations et collectifs de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, contestant point par point les arguments avancés. Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES, répond à nos questions.

Pour aller plus loin :
Notre interview de Jean-Luc Romero, à lire ici.
La lettre ouverte de AIDES, à lire ici.
La pétition est à voir ici.

Une lettre calme

Enzo Poultreniez s’avoue d’emblée surpris par la pétition qui circule en ligne « C’est Sidaction qui l’a repérée, et qui s’en est légitimement ému. Nous avons alors décidé de répondre, la rédaction provenant principalement de Sidaction et AIDES. Les 18 autres signataires ont ponctuellement amené des amendements, mais ont approuvé le ton et l’esprit de la lettre. »

C’est un document parfois comminatoire « Nous voulions un ton ferme pour rappeler quelques évidences et contrer des propos, dans cette pétition, qui nous ont fait bondir. » Enzo Poultreniez sourit au passage « Mais le ton de la lettre n’est pas provocateur, comme nous savons parfois le faire, ou insultant. Nous avons choisi d’exposer calmement des arguments légaux, scientifiques et rationnels».

Une pétition surprenante

Bon, la question qui fâche : le nombre de signatures sur la pétition a fortement augmenté depuis que la presse a repris votre lettre ouverte. Est-ce que votre initiative n’était pas contre-productive ? « C’est vrai qu’on s’est posé la question, et certains ont émis des doutes. Mais nous ne pouvions pas laisser passer cela. »

Enzo Poultreniez précise « Si la pétition avait été à l’initiative d’un particulier, nous n’aurions pas forcément réagi. Une certaine forme d’obscurantisme qu’elle dégage nous aurait certainement mis en colère, certes, mais on en a vu d’autres. En revanche, le fait qu’elle émane du président d’un syndicat professionnel, qui a assisté aux réunions, et qui émet autant de contre-vérités, nous ne pouvions pas faire comme si cela n’existe pas. »

Cédric Ivanes prétend qu’il n’y a pas eu de concertation « Pourtant, il y en a eu, il était présent, j’ai personnellement assisté à deux réunions avec lui ». Il précise « il y avait d’autres points abordés, comme les conditions d’exercice, les soins au domicile etc. Là dessus, nous ne sommes pas intervenus, parce que nous ne sommes pas compétents, mais sur les modes de transmission et la prévention du VIH et des hépatites, si. Et il nous semble étonnant de voir un président de syndicat s’opposer à la vaccination contre l’hépatite B alors que les thanatopracteurs peuvent y être exposés sans le savoir ».

Il poursuit « J’ignore quel est le nombre d’adhérent et le poids exact du SPTIS dans la profession. Il revendique 300 adhérents, mais je n’ai pas retrouvé d’archives d’élections professionnelles. Mais il est dangereux de laisser ces contre-vérités s’exprimer et se répandre dans la profession, et courir le risque, au premier janvier 2018, d’avoir une loi théorique, mais pas appliquée. »

Vigilance constante

Donc l’application de cette loi ne vous apparaît pas comme une évidence ? « Non, et nous seront vigilants, parce que ne pas respecter cela, c’est bien une discrimination. Nous savons qu’inscrire quelque chose dans la loi n’est jamais la fin du combat. Il faut ensuite la faire appliquer. Nous avons par exemple fait un testing il y a deux ans, auprès de 440 chirurgiens-dentistes dans 20 villes françaises, et 33,6 % des professionnels testés refusent les soins sur les patients atteints du HIV ou d’hépatite. Depuis, une commission des refus de soins a été installée par l’Ordre national des chirurgiens- dentistes, AIDES y siège. »

Donc des testings pourront être effectués sur les pompes funèbres, ce sera plus compliqué que de faire croire qu’on a une rage de dents « Nous pourrions nous faire passer pour des proches. Bien évidemment, nous ne pouvons pas nous faire passer pour des défunts, on nous prête beaucoup de pouvoir, mais nous n’avons pas celui-là » sourit Enzo Poultreniez.

Réponse point par point

L’objet de cette lettre était surtout « de répondre point par point aux arguments non fondés qui ont été avancés. Surtout celui sur la transmission : il y a 25 000 personnes porteuses du VIH en France, qui ne se savent pas contaminées, donc ne sont pas traitées, et sont par conséquent, sans le savoir, les plus contaminantes. Lorsqu’elles décèdent, des soins leurs sont faits, et aucun cas de transmission n’a pourtant jamais été documenté. Cette loi ne va rien changer dans les faits, juste nous faire sortir d’une hypocrisie et d’un faux sentiment de sécurité. La secrétaire générale du SPTIS a écrit aujourd’hui sur votre site : « Qui contrôle son statut sérologique ? Et celui du patient ? La plupart du temps, nous pratiquons la technique de l’autruche et nous nous en remettons… à notre bonne étoile ! » Le choix est là : la politique de l’autruche en discriminant sans fondement scientifique une partie de la population, ou le respect de conditions sanitaires universelles pour tous afin réduire réellement au maximum les risques de contamination. ».

Il n’y a pas de risque « si les précautions universelles sont appliquées comme elles le devraient. C’est d’ailleurs étonnant de voir des signataires de cette pétition, qui prétendent être inquiets pour leur sécurité, s’opposer en même temps à la vaccination contre l’hépatite B rendue obligatoire par le ministère ».

Enzo Poultreniez conclut « C’est surtout attristant de voir qu’en 2017, alors que des traitements existent, alors qu’on peut même apercevoir la fin de l’épidémie de VIH, même sans vaccin, des arguments dignes des années 80 sur le mode de transmission peuvent encore être tenus. C’est pour ça qu’on réagit : mauvaise pioche, surtout la semaine où sort 120 battements par minute (un film retraçant l’action d’Act-Up dans les années 90, NDLR) au cinéma. »

Levée de l’interdiction des soins, pétition… Jean-Luc Romero répond à nos questions

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Jean Luc ROMERO MICHEL CP credit photo Simon Escalon (2)

C’est fait, et c’est un des combats de toute une vie : la levée de l’interdiction des soins sur les patients atteints du VIH sera effective à partir du premier janvier prochain. Jean-Luc Romero, président d’Elus Locaux Contre le SIDA, a répondu à nos questions, sur cette avancée, et sur la pétition d’un syndicat qui s’y oppose, soulignant qu’il existe d’autres problèmes bien plus préoccupants…

Une avancée longtemps attendue

Jean-Luc Romero, ça y est, la levée de l’interdiction des soins de conservation sur les défunts atteints de HIV et d’hépatite a été levée, on imagine que c’est une joie pour vous ? « C’est un soulagement, en effet, et la fin d’une injustice. Nous étions un des seuls pays au monde à imposer ces restrictions, sans raisons acceptables. C’est l’aboutissement d’une démarche entamée par le gouvernement précédent et menée au bout par l’actuel. »

Cette levée sera effective à partir du premier janvier 2018, pourquoi pas avant ? « Oui, c’est une date qu’avait fixée Marisol Touraine lorsqu’elle avait entamé le processus, et qu’a reprise Agnès Buzyn, qui lui a succédé. Il est vrai que cette levée aurait pu être effective immédiatement, mais on ne va pas faire la fine bouche : ça a été un tel travail, pour obtenir ce résultat, attendu par les malades et leurs familles depuis si longtemps, que ça reste une bonne nouvelle. »

Une pétition contre

Dans le même temps, une pétition circule pour demander le maintien de cette interdiction « Oui, cela m’attriste. Je note qu’elle a obtenu en quelques jours moins de 300 signatures, alors que nous, pour celles que nous avons proposées lorsque nous réclamions la levée de l’interdiction des soins, en obtenions des milliers en quelques heures. »

Jean-Luc Romero précise « Il n’y a pas de risque de contamination si les procédures sont convenablement suivies, et les précautions universelles sont prises. Par contre, les produits utilisés pour les soins de conservation sont, eux, pour certaines très toxiques, et les cancers professionnels sont une réalité. Pourquoi les syndicats ne se saisissent pas plutôt de ce sujet ? »

Pas de cas recensés

Sur la transmission du VIH, on parle d’un manque d’informations sur les risques « Les risques ne sont jamais à négliger, quelle que soit la cause de décès d’une personne. Un corps humain recèle un danger pour ceux qui le manipulent, c’est pour cela qu’il faut systématiquement faire montre des précautions obligatoires, port des protections, des gants… Ce qui m’inquiète, ce n’est pas de voir un professionnel faire un soin de conservation sur un patient atteint du HIV dans les règles de l’art. Ce qui m’inquiète, c’est de voir des professionnels manipuler des corps sans gants. Ce n’est pas une pique contre les milieux du funéraire, c’est général. L’autre jour, une connaissance me disait qu’il avait vu une infirmière faire une prise de sans sans gants. Là il y a un risque. »

Jean-Luc Romero précise « Dans les années 90, en pleine période d’explosion de l’épidémie de SIDA, quand personne ne savait encore trop ce que c’était, les thanatopracteurs ont certainement procédé sans le savoir à des soins sur des personnes atteintes du Virus. Aujourd’hui encore, rien qu’en France, il y a 25 000 porteurs qui ne savent pas qu’ils sont atteints. Et malgré cela, il n’y a aucun cas documenté de transmission par cette voie. Il y a aussi des thanatopracteurs qui nous soutiennent, et qui me disent que, souvent, ils n’ont pas connaissance des causes de la mort. ».

Aucun cas documenté ? « Non. Il y a eu, il y a quelques années, le cas d’un thanatopracteur américain qui prétendait avoir été contaminé durant un soin, mais on a fini par savoir que la transmission s’était faite dans un autre contexte, par voie sexuelle. »

La main tendue

Avez-vous déjà assisté à un soin de conservation ? « Oui, bien entendu. Et je connais bien l’univers du funéraire, puisqu’en trente ans de militantisme, j’en ai vu partir, des amis. Je sais que c’est une opération invasive, mais je sais aussi que des règles dans le port de protections sont là pour maîtriser ces risques. En revanche, je sais aussi que les produits utilisés à base de formol causent des cancers, là il y a des cas documentés et avérés, et que les thanatopracteurs qui s’escriment contre la levée de l’interdiction perdent de vue les vrais problèmes. Peut-être que certains ont intérêt aussi à ce qu’on ne pose pas les bonnes questions… »

Viendriez-vous au salon funéraire en novembre prochain si vous y êtes invités ? « Avec plaisir, je n’ai jamais refusé le débat. Un échange courtois de points de vue et d’arguments est toujours constructif, c’est comme cela qu’on avance ». Une main tendue, donc, avis aux intéressés.

Thanatopracteurs et maladies infectieuses : j’ai fait un rêve

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thanatopracteurs maladies infectieuses go vegan

Les soins sur les porteurs de maladies infectieuses sont autorisés et la polémique a repris… D’un côté des thanatopracteurs inquiets qui trouvent cette mesure injuste, parce que même s’ils travaillent dans le milieu de la mort, ils tiennent (allez comprendre pourquoi) à leur vie (même s’ils sont bien les seuls) et de l’autre… Tout le monde, ah oui, zut. Dommage. Point de vue de thanatopracteurs.

Le présent article est la synthèse d’opinions d’un collectif de professionnels, thanatopracteurs et maladies infectieuses : un sujet qui ne passe décidément pas !

L’argument qui tue

« Toujours les mêmes arguments imparables : « vous en faites de toute façon, sans le savoir. » Gnagnagna. Oui, nous en faisons sans le savoir, tout comme peut-être, il vous est déjà arrivé après une folle soirée en boîte, de rentrer chez vous avec un ou une inconnu(e) et de ne pas utiliser de préservatif… Est-ce que pour autant, il est inutile de continuer à faire de la prévention ? »

« Bien-sûr, certains d’entre vous ne s’adonnent pas à la débauche (au hasard… Vous?), alors je vais utiliser une image plus gentillette : Est-ce que sous prétexte que certains piétons traversent n’importe où, il faut supprimer les passages cloutés ? »

Des défunts entre les gouttes

« Oui, il y a des corps qui passent entre les gouttes, on ne sait pas tout. Et alors ? C’est une raison suffisante pour nous exposer davantage ? Oui, parce qu’il est inadmissible de discriminer les porteurs de ces virus. D’ailleurs, non, de CE virus, parce que les hépatites, clairement, personne n’en parle. Il est inadmissible de discriminer les porteurs du VIH. Tous homosexuels bien-sûr ! Non ? Ah bon, pardon, j’avais cru comprendre… Parce qu’apparemment avoir peur du VIH revient à être homophobe. »

« Mais c’est vrai, après tout, c’est super homophobe de refuser de faire les soins sur les séropositifs, il est urgent de réparer cette injustice ! Les soins pour tous ! Ah mais attendez, non, il reste encore les maladies contagieuses… Et alors, qu’est-ce qu’on fait ? Et les victimes d’Ebola, pourquoi n’auraient-elles pas droit à des soins de conservation elles aussi ? Un virus africain, comme par hasard… Mais c’est une loi raciste ! Il faut les autoriser de toute urgence. »

Des endroits spécifiques

« Et puis après tout, nous travaillons dans des « lieux spécifiquement dédiés ». Euh… On continue à faire des soins à domicile finalement, mais bon, pas de panique, nous allons bâcher toute la pièce avant de commencer (si si). Allez, les Thanatos, arrêtez de pleurnicher. Mettez des gants, vous serez protégés (et fermez-là). »

« Non mais c’est vrai, on n’entend que nous ! Jamais contents, toujours à se plaindre… Et on aimerait des conditions de travail décentes, blablabla, et on aimerait toucher nous-mêmes l’argent de notre travail, blablabla… Et quoi encore ? Ah oui, le rattachement de la thanatopraxie aux services de santé. La bonne blague ! »

« Non, mais de toute façon, c’est mort. C’est un peu comme si… Au hasard tiens : comme si les prostituées demandaient à être rattachées aux services de santé. Les proxénètes risqueraient de faire la gueule. Et ça marche bien comme ça, alors pourquoi changer ? »

Une idée à creuser ?

« Non mais alors moi j’ai eu une idée. Elle m’est arrivée comme une illumination hier matin. Je faisais un soin dans un « lieu spécifiquement dédié », lequel n’était équipé d’aucune ventilation mais dont les murs et le plafond étaient tapissés de toiles et d’araignées de tailles et de formes diverses et variées (les labos des funés, dès lors qu’on s’intéresse un peu aux insectes, c’est passionnant) et dont le sol était jonché de crottes de souris. J’ai pensé tout à coup « Et si nous demandions à être rattachés aux animaux ? » Mais oui, à force d’être traités comme des chiens, nous y avons bien gagné notre place, après tout ! »

« Le gros avantage pour nous serait de pouvoir en appeler aux nombreuses associations de défense des animaux pour obtenir des conditions de travail un peu plus dignes. Surfons sur la vague vegan pour tenter de faire évoluer notre belle et noble profession ! »

A étudier…

Jean-Luc Romero-Michel, vers l’avis de décès des soins à domicile

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Alors que l’Assemblée nationale a refusé l’interdiction des soins au domicile, Jean-Luc Romero-Michel s’inquiète de cette décision sur la levée de l’interdiction des soins sur les patients atteints du HIV.
Une loi préalable

Ce n’est pas la levée de l’interdiction des soins de conservation sur les patients atteints de pathologies telles que le VIH qui a été refusée « C’est l’interdiction des soins au domicile, qui était un préalable à la levée de l’interdiction des soins de conservation. Et c’est une nouvelle catastrophique, pas seulement pour cette raison. »

Jean-Luc Romero-Michel est trop stupéfait pour être déçu : « Tout corps est dangereux. J’ai assisté à un soin de conservation, et j’ai pu me rendre compte que c’était une opération extrêmement invasive, durant laquelle étaient utilisés des produits à base de formol, une substance cancérigène. Il y a aujourd’hui des thanatopracteurs qui souffrent de cancer, et personne n’en parle. Or, et je pense que la profession le reconnaîtra, au niveau des conditions sanitaires et de travail, le domicile est le pire endroit pour procéder à des soins. Il n’y a d’ailleurs pas que le thanatopracteur qui soit mis en danger par ces produits, mais la famille, l’entourage du défunt, qui va évoluer ensuite dans le domicile contaminé par les formaldéhydes ».

Le président d’Elus Locaux Contre le Sida s’étonne « En dehors du sujet du VIH, il faudra un jour que quelqu’un se penche sur les cancers professionnels des thanatopracteurs. Pour l’instant, on dirait que c’est un sujet tabou, mais ça n’en reste pas moins une réalité ».

Manœuvre politique

Mais que s’est il passé ? « C’est un amendement déposé en urgence et voté presque en catimini, juste avant que le projet global n’atteigne un stade ou il ne peut plus être modifié. C’est un plan extrêmement concerté » et qui est derrière ? « L’origine du refus, c’est le lobby de l’Eglise Catholique, au nom de la tradition du repos du corps au domicile. »

Jean-Luc Romero-Michel ne comprend pas : « Pourtant, c’étaient les soins qui auraient été interdits au domicile, pas le repos du corps. C’est une tradition qui est observée aujourd’hui par une minorité de personnes, parce que dans des appartements de plus en plus petits, c’est difficile. Et certes, procéder aux soins dans un laboratoire équipé aurait engendré un surcoût, pour le transport du corps, mais quand on scrute la catégorie de population qui observe aujourd’hui cette tradition, ce sont des familles aisées pour qui un surcoût de 200 ou 300 euros n’est pas rédhibitoire ».

Mais pourtant, la majorité socialiste n’est pas réputée être sensible aux lobbys chrétiens ? « Oui, c’est incompréhensible. Mais on parle d’un petit groupe de députés, alors que la plupart était absent. Lorsqu’on discute avec eux, les députés sont réceptif au problème ».

Une bataille, pas la guerre

Jean-Luc Romero-Michel souligne que le projet n’est pas tombé aux oubliettes « Marisol Touraine a promis de lever l’interdiction des soins aux patients atteints du VIH, et elle est sincère. Sa position sur le sujet est claire, déterminée, et va dans le bon sens. »

Les militants sont donc repassés à l’action « Nous sommes en préparation d’une tribune avec les associations. J’ai également relancé la pétition sur Change.org. Il nous faut continuer à expliquer et convaincre. Particulièrement aux catholiques, leur expliquer que l’interdiction des soins au domicile ne les empêche nullement d’observer leurs traditions. Aux thanatopracteurs, leur rappeler qu’ils ont certainement déjà fait, sans le savoir, des soins sur des patients atteints du VIH et dont ils ne connaissaient pas la pathologie, sans précautions particulières. Et surtout, redire que si aucun thanatopracteur n’a été contaminé par le virus du sida en procédant aux soins, en revanche, les cancers professionnels sont une réalité. »

Mais la suite, sur le terrain juridique ? « L’interdiction des soins de conservation est réglementaire, elle peut être levée sans passage à l’assemblée. Ceci dit, si c’est nécessaire, il faudra aviser le moment venu, j’ai confiance dans la législature. Pour l’instant, ce qui est arrivé est une véritable surprise, et il faut attendre de voir quelle sera la réaction de la ministre. »

Confiant mais vigilant, Jean-Luc Romero-Michel ne s’avoue donc pas vaincu. Une affaire à suivre dans Funéraire Info.

Thanatopraxie et VIH, thanatophobie et démagogie

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Concours thanatopracteur
Thanatopraxie

La levée de l’interdiction des soins de conservation sur les patients atteints du VIH semble désormais imminente. Au grand désespoir des thanatopracteurs, comme nous l’explique l’un d’entre eux.

Sébastien Boukhalo, thanatopracteur, semble un peu fataliste « Cette levée de l’interdiction des soins va se faire, bien que la profession y soit majoritairement opposée. Je précise que cette opposition repose sur des arguments sécuritaires et pratiques. Nos opposants nous taxent d’homophobie, ce qui est non seulement mensonger, mais blessant. ».

Désabusé, Sébastien ? « C’est un peu dur à vivre de se faire traiter de fasciste alors qu’on se contente d’exprimer une opinion neutre, pragmatique et argumentée dans ce qui devrait être un débat démocratique. Nos adversaires nous présentent comme des homophobes, incompétents, qui refusent de s’occuper des patients atteints de HIV, il n’y a rien de plus faux : nous réalisons des toilettes, des présentations, nous en prenons soins parce que leurs familles sont des familles comme les autres, qui ont droit à un recueillement digne. Il faut garder à l’esprit qu’il y a quelques années, c’était une mise en bière immédiate. Des progrès ont été faits, dont toute la profession se réjouit, je pense. ».

Sébastien précise « Ce n’est pas un rejet en bloc de la loi, pas du tout. Certaines choses sont très bien, comme l’interdiction des soins à domicile, avec laquelle de nombreux collègues sont d’accord. Même sur la levée de l’interdiction des soins aux patients atteints du HIV, on ne demande pas l’annulation du projet, simplement que chaque thanatopracteur puisse décider en son âme et conscience et faire valoir un droit de retrait. »

Les thanatopracteurs ont un peu de mal à se faire entendre « Nous avons fait parvenir une lettre, par l’intermédiaire d’un député, au ministère, à laquelle nous n’avons jamais eu de réponse. Nous avons également mis en ligne une pétition, qui a recueilli de nombreuses signatures… par rapport au nombre de professionnels en activité. Mais comparé à Monsieur Roméro, nous n’avons pas le même pouvoir de mobilisation. » il est vrai que la pétition de Jean-Luc Roméro (lire notre interview) regroupe un nombre de signatures supérieur, représentant pourtant une part infime de la population, alors que la pétition soutenue par Sébastien Boukhalo a déjà été signée par la moitié des thanatopracteurs en activité…

La pétition sera remise au ministère, ainsi que des courriers rédigés par des représentants de la profession, sans grande illusion « Nous, ce que nous voudrions, c’est que l’on puisse tous s’asseoir autour d’une table, avec les ministère, les représentants de la profession, les associations, Monsieur Roméro, pour pouvoir poser le problème et trouver une solution concertée, ensemble. Mais non ».

Sébastien fait ici l’expérience de l’autisme volontaire de Marisol Touraine, déjà expérimenté par les médecins et les vapoteurs. Mais pas par Manuel Valls, dont la fumée de cigare ne semble pas incommoder la Ministre autoproclamée championne de la lutte anti tabac. Deux poids, deux mesures.

Sébastien s’inquiète, pour finir : « En traitant ainsi comme des fascistes ceux qui professent une opinion différente, on se demande ce qui est prévu pour la suite. Je ne serais pas surpris un jour qu’un thanatopracteur qui refuse de faire un soin sur un patient atteint d’une maladie virulente, Ebola, pourquoi pas, soit attaqué pour discrimination. » cette déclaration, qui semble outrancière aujourd’hui, résonne pourtant plus comme une prophétie que comme de la science-fiction…

Propos recueillis par Guillaume Bailly

La pétition contre la levée de l’interdiction des soins est ici

Rapport du HCSP sur la thanatopraxie : lecture et analyse

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Le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique concernant les soins de thanatopraxie, dont nous avons traité dans nos colonnes, pose, lorsqu’il est lu attentivement, plus de questions qu’il n’apporte de réponses…

Lecture en diagonale

Photo1P1 Rapport du HCSP sur la thanatopraxie : lecture et analyse
La salle d'autopsie de la série "Les experts" future norme de la thanatopraxie ?

D’après ce que nous avons constaté sur le Web et dans la presse, le rapport a été perçu comme le feu vert à l’autorisation des soins de thanatopraxie sur les défunts atteints de maladies tels que le HIV, les Hépatites… Et c’est en partie vrai. En partie seulement, parce que ce rapport n’est qu’un avis que le législateur n’est nullement tenu de suivre, ensuite parce que cette partie ne représente que quelques pages sur un total de 53.

Déjà, l’intitulé met la puce à l’oreille : « Recommandations pour les conditions d’exercice de la thanatopraxie ». Il s’agit donc, clairement, d’un panorama global de la profession. Nous avons choisi quelques points particuliers qui ont attiré notre attention, clairement exprimés et motivés, et nous nous sommes interrogés sur leur impact pratique.

Pour cela, nous avons lu le rapport très attentivement, et nous nous sommes focalisés, pour cet article, sur les préconisations, qui auront une influence sur les décisions éventuelles du législateur.

L’information des familles

Le rapport souligne le « manque d’information des familles sur la réalité des soins de thanatopraxie » (page 34). Le rapport rejoint d’ailleurs une préconisation du défenseur des droits sur la « nécessité d’une information éclairée ».

Question : Qu’est-ce que, au juste, une « information éclairée », en d’autres termes, dans quelle mesure l’assistant funéraire va-t-il devoir entrer dans le détail de ce qu’est un soin de conservation ? Nous maîtrisons tous les périphrases qui permettent d’expliquer sereinement, sans choquer, la différence entre un soin de conservation et une toilette. Mais si la loi obligeait à expliquer, avec le pouvoir de suggestion des mots et l’imagination des familles, c’est la fin de la thanatopraxie. Las de voir les familles s’enfuir du bureau, les assistants pourraient être tentés de ne proposer que des lits réfrigérés. Bien entendu, c’est une exagération. N’empêche : mal formulée, une loi pourrait conduire à des excès.

Locaux adaptés

Soulignant la dangerosité des formaldéhydes, le rapport préconise la pratique des soins de conservation dans des « locaux adaptés » avec un certain nombre de contraintes techniques, notamment en matière de ventilation. Le Conseil suggère également d’interdire les soins pratiqués en dehors de ces locaux. (page 35)

Question : Si les préconisations sont suivies, les soins ne pourront plus être pratiqués que dans des locaux répondant à des normes drastiques. Finis, les soins au domicile, dans la plupart des maisons de retraite, et dans beaucoup de petits hôpitaux. Dans l’absolu, seuls les établissements hospitaliers disposant d’une salle répondant aux normes médico-légales pourraient voir des soins pratiqués en leur sein. Combien d’établissements hospitaliers, pour qui souvent la partie funéraire est la cinquième roue du carrosse, accepteront de se lancer dans des investissements dispendieux ?

La préconisation sous-entend également que les soins doivent bénéficier d’une salle dédiée. Dans l’absolu, il pourrait se voir exiger que les cellules réfrigérées où les porteurs manipulent les corps se trouvent dans une pièce séparée de la salle de soins, ce qui n’est généralement le cas que dans les plus grands funérariums.

Reste ensuite le cas du défunt qui souhaite reposer à son domicile, maison, appartement ou maison de retraite. S’il veut un soin, cela se traduira par un transport de corps aller-retour vers une salle de soins adaptés. Qui paiera cette prestation supplémentaire ?

Suivi des professionnels

Après un passage sur le matériel et l’équipement qui augmentera également certainement le coût d’un soin, le Rapport s’intéresse aux thanatopracteurs eux-même, avec deux préconisations de suivi : l’une concernant la santé des thanatopracteurs, l’autre leur formation (page 37). En cause, le manque de suivi médical des praticiens sur la durée de leur carrière, qu’ils soient indépendants ou salariés, et la formation insuffisante à l’hygiène et la sécurité. Le comité préconise un suivi régulier des thanatopracteurs au plan médical, ainsi qu’une obligation de formation continue.

Question : Selon quelles modalités et quels coûts ? Le chapitre santé, pour les salariés, ne pose pas de problèmes particuliers : ils sont déjà suivis par la Médecine du Travail, généralement vigilante sur les vaccinations. Mais, pour un employeur, ne serait-il pas rédhibitoire, lors de l’embauche d’un professionnel, de se voir imposer une charge supplémentaire de formation ? Cela ne pèserait-il pas dans la balance au moment de choisir entre faire appel à un indépendant et inclure un thanatopracteur en effectif propre ?

Le suivi de la santé est une chose importante, nous sommes loin d’y disconvenir. Mais l’ajout d’une obligation de formation continue, puisque c’est bien là le sujet, serait au débours d’un indépendant. Or, les charges qui pèsent sur eux sont importants, au vu des revenus tirés de leur activité, de plus en plus faibles au vu de la concurrence active, qui tire les tarifs vers le bas. Sera-ce supportable financièrement ?

Le Formol

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Le comité préconise un suivi régulier des thanatopracteurs au plan médical

Une autre et discrète interrogation subsiste sur ce qu’il va advenir du formol dont le rapport demande à terme la suppression au profit de produits « sains » ne contenant pas de formaldéhydes. Certes, en soi, se débarrasser de cet agent cancérigène serait une bonne chose pour la santé des thanatopracteurs. Mais par quoi le remplacer ? Des produits « bio » existent, mais leur efficacité fait débat. Et quel terme ? Quel temps sera-t-il laissé aux thanatopracteur pour trouver et apprendre à maîtriser un produit différent ?

Le HIV

La question subsidiaire portera sur le HIV.

Nous nous félicitons de la volonté de permettre aux patients atteints de pathologies telles que le SIDA ou l’hépatite de pouvoir accéder aux soins. Leurs familles ont autant droit que tout un chacun de pouvoir se recueillir auprès de leur proche bien présenté.

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pour un employeur, ne serait-il pas rédhibitoire, lors de l’embauche d’un professionnel, de se voir imposer une charge supplémentaire de formation ?

Quelques thanatopracteurs lecteurs de notre journal ont néanmoins observé qu’ils étaient satisfaits, pour leur propre sécurité, de ne pas pratiquer de soins sur des patients séropositifs ou porteurs d’hépatite. Ils s’inquiètent, s’ils persistent à refuser de pratiquer des soins sur ces patients après une éventuelle loi, de se voir poursuivis pour discrimination. Nous en ignorons les proportions, mais la mesure ne fait pas l’unanimité.

Conclusion

Il ne faut pas perdre de vue un élément important : les soins sur le HIV et les hépatites ne seront possible, selon le rapport, que lorsque toutes les conditions énumérées ci-dessus seront remplies.

Le rapport a été réalisé après l’audition de scientifiques, de responsables associatifs, et de professionnels reconnus du funéraire : des représentants de la CPFM, du SPTIS et du groupe OGF. Nous n’avons nulle vocation remettre en cause les observations, conclusions et avis émis ici. Notre objectif, à travers cet aperçu, est d’interroger sur les modalités pratiques de la transcription du rapport dans une loi et de montrer que certaines parties peuvent s’interpréter.

Nous nous sommes posés en naïfs, parfois en avocats du diable. Ceci, non pas pour créer la polémique, mais le débat. Et vous inciter à lire attentivement et en entier ce rapport.

Nous sommes désireux d’avoir l’avis des organismes qui ont continué à son élaboration, des thanatopracteurs, bien entendu, ainsi que de l’ensemble des professionnels du funéraire.

Vous pouvez en débattre en commentaires, ou bien nous faire parvenir des messages via le formulaire de contact. Nous ferons, la semaine prochaine, une synthèse de ces avis, sur la compréhension de ce rapport et vos avis sur les mesures qui y sont préconisées.

Le tout dans la courtoisie et le respect : nous ne voulons pas confronter les avis, mais les partager. Et puis, pour ceux qui auront le temps de le faire, relisez le rapport de 2009. Certains passages ont comme une saveur de déjà-lu…

Le rapport intégral peut se trouver ICI (lien)

Thanatopraxie et maladies infectieuses : nouveau rapport du Haut Conseil de la Santé Publique

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Le Haut Conseil de la Santé Publique vient de rendre un avis très motivé et un rapport détaillé concernant l’exercice de la thanatopraxie sur les malades atteints de maladies infectieuses.

Thanatopraxie1-300x117 Thanatopraxie et maladies infectieuses : nouveau rapport du Haut Conseil de la Santé PubliqueDans cet avis, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) déplore notamment que le contingent d’heures de formation des thanatopracteurs sur la sécurité et l’hygiène soit très faible proportionnellement à la durée de la formation. Le HCSP préconise une formation accrue sur ces sujets.

Après avoir survolé en préambule la thanatopraxie et la dangerosité des produits utilisés, le HCSP aborde ensuite le sujet de son rapport, les soins de conservation pratiqués sur des patients atteints de maladies infectieuses telles que l’hépatite C ou le HIV. Il souligne le fait que de nombreux patients ignorent être atteints de ces maladies, et que par conséquents, les thanatopracteurs également sont insuffisamment prévenus.

Mis en parallèle avec les reproches sur l’insuffisance de la sensibilisation à la sécurité, outre le renforcement de ces derniers, le HCSP préconise pour les thanatopracteurs un suivi et des traitements préventifs réguliers.

Mais la conclusion est claire : à condition d’améliorer l’hygiène et la sécurité, de réaliser les soins dans des locaux répondant à des ormes strictes, et d’information loyale de la famille, le HCSP préconise la levée de l’interdiction de soins sur les malades atteints de ces pathologies.

Si le gouvernement suivait cette décision, procéder à un soin de conservation sur un malade atteint du HIV, par exemple, serait désormais possible, uniquement dans des laboratoires de funérariums ou d’établissements de santé normés. Ces soins seraient ainsi interdits au domicile et dans certaines maisons de retraite.

Vous pouvez lire l’avis complet ici (PDF)

Le Rapport intégral est à lire ici (PDF)