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En France, plus de morts par suicide que sur les routes

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C’était lundi dernier près d’Avranches (Manche). Un agriculteur quinquagénaire en difficultés économiques mettait fin à ses jours. Quelques jours à peine après la mort volontaire d’un premier exploitant rural. En France, le suicide tue plus que les accidents routiers.

Et, à lire un rapport remis hier mardi à la ministre de la Santé Marisol Touraine, malgré une baisse ces dernières années, on compterait aujourd’hui chaque jour 27 décès volontaires. « Un drame de santé publique », comme le qualifie la ministre.

Selon l’Observatoire national du suicide, à l’origine de ce rapport, on a dénombré en 2012 9.715 personnes qui ont mis fin à leurs jours. Un chiffre qui s’appuie sur les certificats de décès, mais qui serait en fait sous-évalué de 10%. Ce qui mènerait à environ 10.700 décès par an.

Le rapport permet aussi de constater certaines disparités. Géographique d’abord. On se suicide davantage en France qu’en moyenne dans les 28 pays de l’Union européenne (un taux de 16.7 pour 1.000 habitants contre 11.7 pour 1.000 habitants). Dans l’hexagone même, la Bretagne est la région la plus touchée, devant la Basse-Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, le Limousin et les Pays-de-la-Loire. Très au dessus de la moyenne nationale. A l’inverse, on se suicide le moins en Midi-Pyrénées, en Corse, en Rhône-Alpes et en Alsace. Une région détonne : la Lorraine, où le taux augmente depuis 2002.

Le passage à l’acte est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes et augmente globalement avec l’âge. Comment s’y prend-t-on ? Cela dépend du sexe. Les femmes penchent davantage pour les médicaments (25%). Les hommes préfèrent la pendaison (59%) et les armes à feu (19%).

On dénombrerait, enfin, près de 200.000 tentatives de suicide (20 fois plus que les décès), concentrées pour beaucoup chez les jeunes femmes. Dans le même temps, entre 2010 et 2014, les pensées suicidaires au cours de l’année écoulée (qui ne mènent pas forcément à une tentative) ont augmenté de 26%. C’est ce qui ressort du Baromètre santé 2014 de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Des facteurs de risques augmenteraient les passages à l’acte, comme la solitude, la maigreur, la consommation régulière de tabac ou d’alcool.

Soins palliatifs, nouvelle priorité gouvernementale

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MarisolTouraine

Un grand plan (2016-2018) pour améliorer la fin de vie des Français, et rattraper le retard national : c’est ce qu’a présenté hier jeudi la ministre de la Santé Marisol Touraine.  190 millions d’euros vont être mobilisés. Selon son constat, seule une personne sur cinq recevrait les soins palliatifs dont elle a besoin.

C’est parce que la durée de vie s’est allongée, et que les maladies chroniques sont mieux traitées que le besoin en soins palliatifs (notamment à domicile) est devenu plus criant depuis une dizaine d’années. Le souhait de la majorité des Français reste un maintien chez eux. La réalité est autre : ils finissent pour la plupart dans un hôpital ou une maison de retraite.

La ministre chiffre les besoins : pour elle, 225.000 personnes décèdent chaque année « dans des conditions requérant des soins palliatifs », avec plus ou moins de facilité selon les régions. Six nouvelles unités vont être créées l’an prochain, qui s’ajouteront aux 127 recensées en 2013 (soit 1.412 lits existants). L’objectif est d’atteindre « au moins un lit pour 100.000 habitants ».

Parallèlement,  le gouvernement entend éviter les hospitalisations à tout prix. « Au moins 30 nouvelles équipes mobiles de soins palliatifs » vont s’ajouter dans quelques mois. Elles interviendront soit à domicile, soit dans les maisons de retraite (Ehpad).

Un effort d’anticipation est demandé aux Agences régionales de Santé pour détecter en amont les patients susceptibles d’avoir recours à ces traitements de fin de vie. Les citoyens sont également sollicités, au travers d’une des dispositions de la future loi Claeys-Leonetti : laisser des directives anticipées, qui s’imposeront aux médecins. Une campagne de communications sera lancée sur ce point en 2016.

Enfin, le personnel soignant sera mieux formé. Une filière universitaire va être créé, avec des enseignements pluridisciplinaires (médecine, philosophie, droit, psychologie). Il n’existe actuellement aucun diplôme spécialisé en soins palliatifs.

Rapport au ministère de la santé : Avis de décès de la cigarette electronique ?

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Un cartomiseur, avec une bourre et une résistance, un "Tank" (réservoir), un drip tip (embout à lévres), voilà un des systèmes de vaporisation du liquide

Aujourd’hui, le rapport tant attendu sur la cigarette électronique va être remis à la ministre de la santé. L’occasion pour notre vapoteur de rédac’chef de le commenter.

Quelques principaux points du rapport

dct-chrome-fog-silver-300x300 Rapport au ministère de la santé : Avis de décès de la cigarette electronique ?
Un cartomiseur, avec une bourre et une résistance, un "Tank" (réservoir), un drip tip (embout à lèvres), voilà un des systèmes de vaporisation du liquide : 10 euros l'ensemble, le cartomiseur est à changer environ une fois par semaine, en fonction de votre consommation, 2.20 euros environ la pièce

La première chose qui frappe, dans ce rapport, c’est que, contrairement à une directive européenne actuellement à l’étude, il préconise de ne pas interdire la cigarette électronique. Le collège d’experts, sous la direction de Bertrand Dautzenberg, tabacologue, professeur de pneumologie, est parvenu à une conclusion, que l’on peut résumer comme suit : la cigarette électronique est trop récente pour que des informations pertinentes sur son utilisation sur le long terme soient fournies, les experts s’accordent aussi sur la dangerosité du produit, mais pour ajouter aussitôt que le produit est beaucoup moins dangereux que la cigarette classique.

Les experts préconisent plusieurs mesures : l’interdiction de la vente de cigarettes électroniques aux moins de 18 ans, et l’interdiction de son utilisation dans les lieux publics, comme le tabac. La première mesure est tout à fait raisonnable, ceci afin de limiter la dépendance des mineurs à la nicotine. La seconde est cohérente par rapport aux lois anti-tabac, qui devraient, au passage, être rebaptisées lois anti produits nicotiniques, et délivrera les responsables des lieux publics du flou juridique qui régnait en maître.

Sur les liquides, pareillement, le rapport propose d’ouvrir une certification pharmaceutique, pour des liquides dont le producteur aurait fait la demande, mais ne l’impose pas. Seuls les produits certifiés pourraient être vendus en pharmacie, les autres, comme le matériel, étant vendus dans des points de vente agréés.

A quoi va ressembler la vie d’un vapoteur si le rapport est appliqué tel quel ?

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Une batterie pour alimenter le tout, entre 20 et 25 euros pièce, autonomie une journée, rechargeable par prise USB. Voilà, vous avez tout...

Si le rapport était suivi à la lettre par la ministre, le rapport ne changerait strictement rien à la vie d’un vapoteur, exception faite de ceux qui utilisent leur e-cig dans les lieux publics. Le taux de nicotine maximum préconisé est de 18 mg, contre une législation qui autorise la vente jusqu’à 20 mg, ce qui, au point de vue du « hit » (la sensation de gratouillis au fond de la gorge) et la satisfaction du besoin en nicotine devraient être imperceptibles.

Au vu du traitement médiatique, la seule différence pour les vapoteurs sera que, lorsqu’ils sortiront leur cigarette electronique, on ne leur demandera plus « Qu’est ce que c’est ce truc ? » mais « Ah, c’est donc ça, la e-cig ? ». Un peu de variété ne fait pas de mal.

L’objectivité, la clarté, et surtout, la reconnaissance des vertus de la e cigarette par une commission qui avait pour consigne d’appliquer le principe de précautions est sans aucun doute une excellente nouvelle.

Ou acheter sa cigarette électronique ?

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Ne reste plus qu'à choisir un e-liquide, environ 5. 90 euros les 10 ml, dosé en nicotine selon votre consommation de cigarette. Votre vendeur de cigarettes électroniques saura vous conseiller.

La question est : ou sera vendue la cigarette électronique ? Trois solutions sont possibles : dans des boutiques dédiées, chez les buralistes, chez les pharmaciens.

Les pharmaciens n’ont pas l’air de déborder d’enthousiasme, et se contenterons certainement des produits de qualité pharmaceutique qui seront proposés chez eux. L’un d’eux, contacté par téléphone, nous a expliqués qu’il avait vocation à vendre des produits de sevrage ou de substitution, mais devenir revendeur de drogue de consommation courante le mettait mal à l’aise. Position louable, dont nous ignorons si elle est partagée par tous ses collègues, qui sont invités à nous livrer leur opinion.

Il faut alors privilégier les boutiques. En effet, les buralistes, qui revendiquent l’exclusivité, provoqueront à terme la mort du produit, ou sa dérégulation sur le marché parallèle.

Quand la cigarette électronique est arrivée en France, les bureaux de tabac n’en ont pas voulu. Le marché s’est organisé lui-même, avec des passionnés devenus revendeurs, et le petit miracle a eu lieu : la cigarette électronique s’est auto-régulée, les revendeurs, pour la plupart, et les fabricants, se sont imposés à eux-même des normes de transparence et d’éthique dans le souci du consommateur.

Tous ce travail, serait il juste que ce soit aujourd’hui des buralistes qui n’ont rien fait qui en profitent ?

Une vente de cigarette électronique, en boutique, c’est environ trois quart d’heure. Un vendeur s’enquiert de votre profil de fumeur, vous fait tester du matériel, vous fait goûter des produits, pour vous proposer ce qui vous conviendra le mieux, puis, une fois le tout choisi, vous explique comment utiliser et entretenir votre matériel.

Vous voyez, vous, votre buraliste prendre trois quart d’heure pour vous expliquer le fonctionnement de votre cigarette électronique ?

Enfin, dernier point mais peut être selon nous le plus crucial. Nous avons demandé à Michaël, de Mcortex Distribution, combien d’emplois il avait créé « Depuis environ un an, neuf, moi y compris, dont la moitié était demandeurs d’emplois » et combien d’emplois représente la cigarette électronique en France ? « On estime environ 500 depuis que la cigarette électronique est arrivée en France ». En deux ans, donc. La société Alphaliquid, fabriquant français de e-liquide, a créé à elle seule 120 emplois ces deux dernières années. Combien d’emplois ont été détruits chez les buralistes, pendant ce temps ? Exception faite des tabacs frontaliers, pour d’autres raison, le chiffre est plus faible.

Un secteur en pleine expansion, qui s’est auto régulé, qui crée des emplois et peut, à terme, faire faire des économies à la Sécurité Sociale, la ministre de la santé, lorsqu’elle lira ce rapport équilibré et objectif, devra également garder ces éléments à l’esprit. D’autant que brider la cigarette électronique serait un signe fort et positif adressé à la cigarette classique. James Bond dirait : un permis de tuer.

Vous pouvez lire le rapport intégral ici

Note : même si l’auteur de cet article est, vous l’aurez compris, un inconditionnel de la cigarette électronique, cela tient du fait qu’il a arrêté, grâce à elle, le tabac. S’il avait le choix, aujourd’hui, il aurait préféré ne pas avoir commencé à fumer.

Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?

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La Toussaint est pour la presse ce qu’on appelle un « marronnier » : un sujet dont on est sûr qu’il fait vendre du papier et qui revient tous les ans. Avec son cortège, pour certains journalistes sans imagination, d’attaques et d’accusations en tout genre contres les pompes funèbres. Comment y répondre ? Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ? Éléments de langage.

Trop cher

1631013-e1351519143790 Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?Il y a quelques années, une publicité pour une voiture montrait un jeune émir du pétrole se voir reprocher par son père sa voiture, parce que « pas assez chère, mon fils ». Le pauvre devrait passer sa vie à rouler en Aston Martin, Ferrari ou Rolls Royce. Dans le funéraire, c’est exactement l’inverse : un hommage à un disparu, une personne précieuse, qui a façonné la vie de ceux qui en portent le deuil, est toujours qualifié de « trop cher ». Il faudrait avoir une Rolls, mais gratuitement. Soit.

Mais, pardon pour cette question, « trop cher » par rapport à quoi ?

Un défunt est précieux. Ce n’est pas juste une coquille vide, un cadavre à jeter au rebut. C’est le réceptacle de ce qui fut une personne, avec son savoir, son caractère, ses qualités, ses défauts aussi. Passons sur ceux qui considèrent que le corps est juste un déchet encombrant dont il faut se débarrasser : ces gens existent, ils ont manifestement des problèmes familiaux à régler qui dépassent le cadre de la profession. Pour les autres, immense majorité, est-ce que l’argent déboursé pour les obsèques est un vol ou la rétribution d’un service ?

Une facture des pompes funèbres est obligatoirement précédée d’un devis détaillé, puis d’un bon de commande. Sur chacun d’entre eux, les prestations doivent être détaillées, et le travail du professionnel est de les expliquer. La seule prestation obligatoire, on ne le sait que peu, est le cercueil. Le cercueil a un coût de fabrication. Celui-ci inclut bien entendu le travail du bois, la salaire du professionnel qui le confectionne, mais aussi un différent nombre d’éléments légaux : une certaine épaisseur, des poignées, un bac étanche biodégradable au fond, une plaque d’identification du défunt gravée, l’huisserie… L’ensemble devant satisfaire à un ensemble de normes pour être mis sur le marché.

Chaque professionnel du funéraire doit avoir, non pas un cercueil, mais une gamme, avec un produit prix d’appel dont la qualité, au vu de ces normes, n’est pas au rabais, jusqu’au très haut de gamme, proposé mais jamais imposé. Tordons au passage le cou à une légende tenace, celui de l’entrepreneur funéraire qui vendrait des cercueils à six poignées pour justifier la présence de six porteurs au convoi. Le nombre de poignées est la plupart du temps à titre esthétique, sauf dans le cas des « hors gabarit » pour des défunts exceptionnellement lourds.

Mais et le reste ? Les soins de conservation ? Optionnels, d’abord, coûteux ensuite : le formol n’est pas gratuit, le recyclage des déchets non plus, et allez expliquer au Thanatopracteur, qui est un artisan qui a subi une solide et contraignant formation, et doit souvent avoir une autre activité à côté pour nourrir sa famille qu’il « gagne trop », bon courage.

Le corbillard ? Un véhicule équipé d’un caisson spécifique, disposant d’équipements précis, l’ensemble fabriqué en toute petite série avec des normes draconiennes, fait grimper son coût d’achat et d’entretien. La maison funéraire ? Bâtiment complexe, spécifique, extrêmement normé, lui aussi, situé généralement dans un lieu ou le foncier est élevé, devant disposer d’un parking, c’est un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros à amortir.

Tous ces équipements dont les familles comprendraient mal que l’entreprise n’en dispose pas, représentent une charge lourde pour l’entreprise.

On passera sur les uniformes de la société, puisqu’on imagine mal une équipe de porteurs débraillés, et les formations du personnel, à la législation, la psychologie…

L’argent du malheur

Il y aussi a un argument simple mais irréfutable : dans notre système actuel, deux étapes sont des passages obligés, naître et mourir. Les deux font appel à des professionnels compétents et formés, ce qui est rassurant, parce que ce sont des moments importants. Mourir coûte en moyenne 3000 euros, d’après une moyenne nationale, et naître 7000 euros. La différence vient du fait que les obsèques, à la différence de la naissance, ne sont pas remboursées par la sécurité sociale.

L’on peut alors poser la question : si les futurs parents devaient payer la note de leur poche, s’exclameraient ils que les naissances sont « trop chères » ? Nul doute que si ils avaient gain de cause, les obstétriciens viendraient rapidement à manquer : faire un métier exigeant, difficile, avec une exigence de résultat qui confine parfois à l’impossible, pour un salaire de misère ? Autant se faire dentiste ou ophtalmologiste.

Même si leurs rémunérations n’atteignent pas celles du corps médical, les croque-morts ont le droit de vivre de leur profession. On arguera que leur travail revient à gagner un salaire sur le dos des endeuillés. Certes, mais posons alors deux questions :

Premièrement, que se passerait il si ils ne le faisaient pas ? Outre la gestion du deuil, les familles devraient s’occuper elle-même de la mise en bière, de la toilette, du creusement de la fosse, de l’inhumation… Utilisant un matériel qu’ils ne maîtrisent pas, des produits souvent toxiques, sans compter, toujours elles, les réglementations qui existent. Impossible à faire si l’on n’est pas un professionnel expérimenté, formé, et équipé de plusieurs dizaines de milliers d’euros de matériels.

Ensuite, à quel titre le professionnel du funéraire doit il gagner un salaire de misère ? Son métier exige qu’il soit au courant de toutes les lois qui existent, il doit constamment s’informer des modifications de la législation, pour les appliquer aussitôt : activité réglementée et particulièrement surveillée, une erreur en la matière peut lui valoir son habilitation préfectorale, c’est à dire son droit de travailler.

Il subit aussi la pression de la réussite : si une cérémonie est loupée, il n’y a pas de seconde chance, on ne peut pas ressortir le cercueil de la fosse et recommencer. Et la réussite d’une cérémonie est un facteur important du deuil d’une famille. Notons à ce propos qu’une cérémonie manquée fera, si la famille contacte les médias, les choux gras du quotidien local, qui ne parlera pas forcément des centaines de convois parfaits que le professionnel a effectué durant sa carrière. Parce qu’en ce domaine, il n’y a pas de demi-mesure. Un convoi « pas trop mal » n’existe pas : c’est parfait ou loupé.

Enfin, le professionnel du funéraire passe sa journée avec des morts ou des proches qui les pleurent. Le mythe du croque-mort sinistre et cynique doit voler en éclat : un croque-morts, c’est un monsieur tout le monde qui a trouvé un emploi là par hasard. Ca pourrait être vous. Imaginez vous cerné de malheur, de deuil, de cadavres, de drames, tous les jours, pendant quarante ans. Imaginez vous vous entendre raconter toute la journée la litanie des histoires sordides, des conflits imbéciles qui déchirent les familles, des drames qui ont poussé au suicide, des vieux morts, des enfants morts, et ceux qui restent. Soyez conscient d’une chose : le petit vieux mort paisiblement entouré de toute sa famille sans avoir souffert, c’est l’exception.

Un professionnel du funéraire doit être disponible ou et quand la mort frappe. C’est à dire sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Le salaire moyen d’un croque-morts est de 1500 euros. Oserez-vous le regarder droit dans les yeux et lui dire qu’il ne les mérite pas ? Ou plutôt, feriez-vous, vous, pour ce prix là, son travail, tous les jours jusqu’à la retraite ?

A qui profite le crime ?

blog-marronnier-feuille-transparence Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?Allez, un petit dernier pour un des principaux bénéficiaires des tarifs des pompes funèbres : l’Etat. 20 % de taxes sur un convoi. Sur des obsèques à 3500 euros, ça en fait 1000 dans sa poche. Plus sur ce qu’il va gagner sur les droits de succession, sur tous les opérateurs funéraires, sociétés privées, donc assujetties à l’impôt, sur les taxes sur des services obligatoires (pose de scellés), partout. Les obsèques moyennes à 3000 euros n’en vaudraient plus que 2400 sans la TVA.

Bien entendu, il est hors de question pour lui de renoncer à la manne, les récents propos d’un ministre, que l’on qualifiera à tout le moins de méprisant en font preuve.

Il y a différents angles pour aborder le funéraire. D’expérience, pour attirer l’attention, d’autres que les scandales marchent. Les innovations, par exemple, parce que le secteur funéraire invente, se renouvelle, s’adapte aux changements de la société. Il y a de quoi stupéfaire le plus blasé des lecteurs. Le funéraire manque de bras : le métier recrute. On ne le sait que trop peu. Certes rebutant vu de l’extérieur, il est suffisamment passionnant pour que la majorité y reste toute sa carrière. Et tant d’autres encore. En plus, les gens y sont sympas : tenez, pour la prochaine Toussaint, si vous voulez, à Funéraire Info, on vous aide à trouver un sujet, et on vous ouvre nos carnets d’adresse pour vous aider à le réaliser. Entre confrères, on peut s’aider. A notre plus grande joie, plusieurs journaux ont choisi de parler du funéraire de manière positive. D’après les retours que nous avons, ils s’en félicitent. 

Cher Monsieur le Ministre, la (mauvaise) humeur de Guillaume

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Cher Monsieur Cahuzac, Ministre délégué au Budget,

jerome-cahuzac-jm-for-budget-58c4-diaporama-300x201 Cher Monsieur le Ministre, la (mauvaise) humeur de Guillaume
Jérôme Cahuzac

Si je me permet de vous écrire cette petite missive, dont je doute qu’elle vous parvienne, mais l’on peut toujours rêver, auquel cas, la direction de Funéraire Info m’a demandé de vous préciser que vous bénéficieriez, si vous le souhaitez, d’un droit de réponse, c’est à cause d’une phrase que vous prononçâtes le 27 juillet 2012, au Sénat : « Il s’agit de moments particulièrement douloureux pour les familles, encore que je ne sois pas certain qu’un coût moindre puisse, de quelque façon que ce soit, en atténuer le chagrin. ». Le sujet en était une proposition de loi visant à abaisser la TVA sur les pompes funèbres, et vous faisiez part du désaccord du gouvernement.

Ne vous inquiétez pas, je vous sent pâlir, Monsieur le Ministre, toutes mes phrases ne seront pas aussi longue que celle qui ouvre cet article. Quoique, moi j’aime bien, les longues phrases complexes, pas vous ? Je crois que si. J’ai l’impression que, sous le politique qui doit manier un langage accessible à tous, afin que chacun puisse comprendre avec un maximum de précision sa vision, se débat un homme de lettres qui aimerait habiller de joliesse lexicales et grammaticales ses idées.

Sur les idées, je ne dirai rien. Chacun les siennes, et, dans un sens ou dans l’autre, ce ne sont pas elles que j’interpelle. Vous comprenez, j’exerce la profession de croque-morts : que vous soyez de gauche, de droite, du centre, de la majorité, de l’opposition, au final, c’est moi qui fermerai le cercueil. Croyez-moi : pour prendre de la hauteur de vue et un certain détachement sur la vacuité de toutes ces agitations, c’est le travail idéal.

Cette phrase de vous, donc, m’a fait bondir. Une phrase d’autant plus surprenante venant d’un homme intelligent, et, donc, comme je le subodore, lettré. Le collègue qui a attiré mon attention à son propos m’en a dit « j’ai failli bouffer mon ordinateur ». Je sais, mais bon : vous admettrez que c’est imagé.

La TVA réduite sur les obsèques est un peu comme le Monstre du Loch Ness : on en parle sans jamais l’avoir vu, et même ceux qui le cherchent ont perdu l’espoir, au fond d’eux. J’aurai des choses à vous dire, à ce propos, pourtant. Une autre fois ? Tenez, invitez-moi au café : il paraît que dans votre ministère, il est fort bon. J’apporterai un Kouign Amann de Douarnenez.

Mais, Monsieur le Ministre, franchement : « Il s’agit de moments particulièrement douloureux pour les familles, encore que je ne sois pas certain qu’un coût moindre puisse, de quelque façon que ce soit, en atténuer le chagrin. ». Dommage que cette émission, « vis ma vie », ait disparu. J’aurais demandé aux producteurs de vous tanner pour que, une journée, vous partagiez mon quotidien.

Mon quotidien, ce sont les veuves qui n’ont pas connaissance des subtilités du langage bancaire, et à qui l’on doit annoncer que, comme il était libellé « Monsieur ET Madame… » leur compte est bloqué. Oh, trois, quatre mois, le temps débrouiller la succession. « Comment vous faites pour vivre pendant ce temps ? Vous n’avez pas d’enfants qui peuvent vous dépanner ? »

Mon quotidien, c’est d’annoncer aux familles aux revenus modestes qu’ils devront attendre quelques années pour recouvrir d’une pierre tombale le tas de terre ou repose leur cher disparu, même avec un granit Chinois au rabais.

Mon quotidien, c’est ces jeunes parents qui débutent dans la vie et qui viennent me demander un devis pour le bébé qu’ils viennent de perdre. Je vous rassure, Monsieur le Ministre, ce n’est pas tous les jours. Une fois par semaine, environ.

Mon quotidien, c’est d’annoncer aux familles d’ouvriers qui viennent me voir tous les jours que les obsèques qu’ils souhaitent pour leur cher disparu représentent l’équivalent de quatre mois de salaire, et que peut être, ils devraient se passer de salon pour se recueillir, de soins de conservation pour qu’il soit plus beau, et remplacer le beau cercueil en chêne de 22 millimètres d’épaisseur par une boîte en pin de 18 mm.

Mon quotidien, c’est de voir des familles arriver pour payer les obsèques de leur défunt avec sous le bras leur dossier de crédit revolving.

Mon quotidien, c’est de voir des dossiers de demande d’aide à la sécurité sociale refusé parce qu’ils « gagnent trop ». Trop, c’est 700 euros par mois, Monsieur le Ministre. Une aide, c’est entre 200 et 400 euros. 400 euros, le cercueil le moins cher, si je fais une petite ristourne.

Oh, je la fais, la ristourne. Je ne fais pas ce métier pour laisser les gens dans l’affliction. Et j’aide aussi les gens à monter les dossiers, pour les banques, les assurance, les divers organismes qui peuvent les aider. Enfin, je leur concède des facilités de paiement. En début de mois, j’ai des familles qui viennent m’apporter 10, 20, parfois 50 euros pour payer des obsèques que j’ai effectué il y a parfois des années.

Je sais, Monsieur le Ministre, c’est un coup bas, mais le prix moyen des obsèques en France représente un tiers de votre salaire mensuel, et après cela, il vous reste 6000 euros pour vivre. Pour un ouvrier, le cercueil le moins cher que j’ai en stock représente un demi SMIC, et après ça, il lui reste 450 euros pour vivre.

Vous auriez peut être la tentation de me rendre un coup bas, en m’expliquant que je suis trop cher. Je serais vous, je m’abstiendrai : un cercueil à 450 euros, je suis à la limite de la vente à perte, ce qui est illégal, je ne vous apprend rien. C’est vous qui allez payer les porteurs ? Les locaux ? Les constantes mises aux normes que l’Europe nous impose ? et toutes ces facilités de paiement que je bricole pour les familles, vous croyez que, moi, j’en bénéficie ? Les 600 et quelques euros que coûte une crémation, par chez moi, je dois les payer d’avance, avant que le corps ne parte. Mes cercueils, je les paie « au cul du camion ». Ce n’est pas que mes fournisseurs ne soient pas sympas, mais comme ils disent « Désolé, on peut plus t’accorder de délais, tu comprends, il y a tellement de petites boîtes comme toi en cessation de paiement ».

Sur un point, vous avez raison, Monsieur le Ministre, ce n’est pas l’argent qui va atténuer la peine des familles. Mais c’est l’argent, ou le manque d’argent, qui va exacerber l’angoisse qui saisit les familles à ce moment là.

Certainement, Monsieur le Ministre, vous vous êtes retrouvé vous aussi en situation de deuil, un jour, et vous savez ce que ça fait, aucun doute. Mais vous ne vous êtes jamais retrouvé dans la situation d’une famille lettre-noel-300x203 Cher Monsieur le Ministre, la (mauvaise) humeur de Guillaumequi, obligée de prendre le moins cher pour les obsèques, a l’impression d’offrir un hommage au rabais à celui ou celle qu’elle aimait, ni dans la situation de ceux qui, dans le deuil et l’affliction, doivent se demander « comment on va faire » et, pire, « qu’est-ce qu’on va devenir ? ».

Parce que, si tel était le cas, Monsieur le Ministre, vous n’auriez pas ainsi balayé d’une phrase malheureuse le malheur de millions de Français qui attendent beaucoup de vous. Gardez à l’esprit que, si les morts restent morts, les vivants restent des électeurs.

Dans l’attente de votre invitation au café, je vous présente, Monsieur le Ministre, mes salutations dévouées.

Afin de bien remettre sa phrase en contexte, vous trouverez ICI le compte-rendu détaillé de cette réunion au Sénat.