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Le convoi de la terreur

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Quels sentiments inspirent les travailleurs de la mort ? Fascination, dégoût, toute la gamme des sentiments y passe. Y compris la terreur la plus absolue. Tranche de vie.

Il est assez surprenant d’inspirer la peur. Je ne sais pas vous, mais je me suis toujours trimbalé avec la même tête de nounours débonnaire. Bref, la première fois que j’ai fait peur, ça m’a fait drôle.

C’était dans une petite église, à la fin de la cérémonie. Nous faisions passer l’assemblée rang par rang pour la bénédiction, pour éviter le désordre dans les allées. Et le défilé s’était bloqué devant le cercueil. Après avoir envoyé un banc, je m’étais posté à hauteur du suivant, pour bloquer les éventuels impatients. Comme l’attente s’éternisait, je tournai la tête vers les occupants du banc, pour leur dire aimablement de patienter.

Assises sagement, dans une posture absolument identique, voûtées, une grand-mère sans âge et sa petite fille qui ne devait pas avoir plus de sept ans, levaient toutes les deux vers moi un visage terrifié. Non pas vaguement inquiet, ni même légèrement effrayé : non, leurs yeux exorbités exprimaient la terreur la plus abjecte.

Je me suis retourné, pour voir, mais non, il n’y avait pas de grand squelette en robe noire, tenant une faux. C’était bien moi, dans mon uniforme de croque-morts, qu’elle considéraient comme la mort en personne venue les chercher.

Presque aussitôt, la file se remit à avancer. Je leur fit signe d’aller bénir, et elles filèrent sans demander leur reste.

Parfois, par contre, on cherche.

C’était le dernier convoi d’une série de trois, un le matin, l’autre en début d’après-midi et le troisième donc en fin d’après-midi, et le journée avait été compliquée. Nous mettions un point d’honneur à organiser des bénédictions propres, rang par rang, dans les églises, et si habituellement les gens s’y soumettaient de bonne grâce, ce jour là, nous avions enchaîné les rebellions. Pour faire simple, les gens se levaient, peu importe où ils étaient assis, et se dirigeaient vers le cercueil, nous ignorant complétement, dans l’anarchie et la cohue la plus complète.

Notre collègue G… , qui avait la réputation d’être un grand nerveux, ressemblait à une cocote minute prête à exploser, et avait dans son collimateur trois vieilles. Dès le début de la cérémonie, nous avions essayé de regrouper l’assistance, disséminée sur des bancs, plus près de la famille. Tout le monde s’était levé, sauf elles, secouant négativement la tête. Voyant cela, tout le monde s’était rassis. Après tout, il n’y a pas de raisons… G… bouillait littéralement.

Au moment de la bénédiction, donc, comme il était convenu avec Monsieur le Curé, le Maître de Cérémonies avait expliqué la manœuvre, demandé à l’assistance d’attendre qu’on lui fasse signe, et, à peine son discours terminé et les premiers rangs envoyé, nous vîmes les trois petites vieilles, au fond, se lever, et d’autres s’apprêter à les imiter.

C’est le moment que choisit G… pour exploser. Se tournant vers la rangée ou il était parvenu, il leur adressa un péremptoire « Ne bougez pas », traversa l’église au pas de course, index braqué sur les trois vieilles, et beugla « Ne bougez pas tant qu’on ne vous l’a pas dit ! N’allez pas foutre le bordel ! » puis, désignant le cercueil « A votre place, je ne jouerai pas au con avec moi, n’oubliez pas, c’est bientôt votre tour ! ».

Tout le monde se rassit aussi sec. Le reste de la bénédiction se déroula impeccablement, dans un silence de mort.

A la toute fin de la cérémonie, après l’inhumation au cimetière, le fils de la défunte vint nous trouver « Dites donc, les trois mamies, vous les avez pas loupées. » soudain, il sourit de toutes ses dents « Maman pouvait pas les supporter non plus », conclut-il, avant de nous gratifier d’un pourboire royal.

Le Massacre des Lucs-sur-Boulogne, la terreur Vendéenne

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Pendant la Terreur, période tristement célèbre qui suivit la Révolution Française, toutes les paroisses de Vendée et une partie de celles du Maine et Loire, payèrent leur tribut de ruines et de martyrs. Une, les symbolise toutes : Les Lucs-sur-Boulogne.

Cette petite commune de 2050 âmes à l’époque, vit passer l’horreur de l’épuration révolutionnaire du Grand Ouest, le 28 Février 1794, et qui en garde le souvenir.

 

vitrailvendeen-225x300 Le Massacre des Lucs-sur-Boulogne, la terreur VendéenneCe jour-là, la colonne infernale du Général Cordellier arrive au bord de la Boulogne. Sur l’autre rive, le curé de la paroisse, l’Abbé Voyneau, âgé de 70 ans, tente de s’interposer entre les soldats enragés et les villageois. Il sera très symboliquement, le premier sacrifié, éventré et pendu, à l’entrée des deux villages du Petit Luc et du Grand Luc. Mais il n’empêchera pas le massacre de son troupeau. Sur les lieux de l’ancienne église, qui fut livrée aux flammes, avec la population qui s’était réfugiée à l’intérieur, une chapelle commémorative garde les noms de 563 personnes identifiées, dont 147 enfants, parmi lesquels 22 n’avaient pas 2 ans.

Contexte

Les habitants du Grand Ouest n’acceptent pas la décapitation du roi Louis XVI et les idées de la Révolution. Dès que celle-ci s’avance dans les terres, avec son principe de « La Liberté ou la Mort », les paroissiens se regroupent en bandes organisées sous le commandement des nobles locaux, les hobereaux, qui sont d’anciens militaires de métier. On appellera alors la zone de Contre-Révolution : La Vendée Militaire.

Cette zone regroupera La Vendée, Le Maine et Loire, La Loire Atlantique jusqu’au sud de la Mayenne et une bonne partie des Deux-Sèvres actuelles.

Les bandes de paysans et de paroissiens regroupés se feront surnommer « Les Brigands » par la Convention et le Comité de Salut Public à Paris.

Après la mort de Louis XVI le 21 Janvier 1793, les escarmouches et accrochages entre soldats républicains, les bleus, et les paysans vendéens, les brigands, se multiplient dans la Vendée Militaire. L’arrivée de la guillotine en Vendée et des colonnes infernales à partir de 1794 calmera le jeu des grands affrontements bien ordonnés et laissera la place à de petites actions rapides de guérillas contre les colonnes républicaines en marche, car les Brigands connaissent les bois et les routes par cœur.

Ce jour-là

Et donc, le 28 février 1794, les Républicains, sont mis en déroute peu avant le village des Lucs sur Boulogne par une action rapide de guérilla du Général vendéen Charrette. Mis en déroute, les Républicains divisés en deux colonnes, entrent sur le territoire des Lucs-sur-Boulogne, divisé en deux paroisses ; le Grand-Luc avec 2 050 habitants et le Petit-Luc, peuplé d’une centaine de personnes. Face à l’arrivée des colonnes, une partie de la population court se réfugier dans la chapelle du Petit-Luc. Pas en mesure de se défendre, les villageois, principalement des femmes, des enfants et des vieillards se font encercler et massacrer. La quasi-absence d’hommes adultes convainc les Républicains que ces derniers ont participé aux combats sous les ordres du Général Charette. L’abbé Voyneau, curé du Petit-Luc, se présente alors aux soldats et tente de s’interposer. Le Lieutenant Bleu, Martincourt, décide de ne pas faire de quartier et ordonne à ses soldats de charger les villageois à la baïonnette, massacrant et achevant les blessés. Les survivants se barricadent à l’intérieur de la chapelle.

Les Républicains incendient alors l’église.

chapelle-Luc-200x300 Le Massacre des Lucs-sur-Boulogne, la terreur VendéenneDevoir de mémoire ou oubli volontaire ?

On a estimé entre 500 et 590 victimes ce jour-là, uniquement côté villageois, ceux-ci n’ayant pas pu se défendre face à une armée constituée de soldats parisiens réguliers. 563 personnes ont été identifiées dans l’incendie de l’église paroissiale, dont 147 enfants.

Le massacre des Lucs-sur-Boulogne a posé de nombreuses polémiques sur le plan historique. Certains historiens affirment que le nombre de victimes correspond à celles de toute la paroisse tombées depuis 1789, les armes à la main, femmes, enfants, vieillards confondus, d’autres affirment que ce chiffre est incontestable et ne concerne que le massacre en lui-même, sur les deux seules journées du 28 et du 29 Février 1794, et ce, grâce au registre des pertes tenu par « les armées » de l’époque et de lettres retrouvées sur des corps de soldats tombés peu après face à d’autres guérillas vendéennes.

On peut encore aujourd’hui visiter la chapelle commémorative aux Lucs-sur-Boulogne, à l’intérieur se trouvent d’immenses ex-voto fixés sur les murs avec les noms des 563 martyrs répertoriés.

Le jour de l’inauguration du mémorial des Lucs le 25 Septembre 1993, l’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne (auteur de l’Archipel du goulag) prononça un vibrant discours traçant le parallèle entre l’esprit révolutionnaire des républicains à l’époque et ceux des révolutionnaires bolcheviques en 1917, à propos des victimes de la Terreur et celles du Totalitarisme Soviétique.

Depuis plus de 200 ans, la Vendée n’oublie pas. Elle n’oublie pas ses morts innombrables qui partout, au plus profond des bois ont porté témoignage, en sanctifiant sa terre. Ce fait, représentant de plusieurs autres exactions commises par des français sur d’autres français à l’époque de la Révolution Française, n’est pourtant pas relaté dans les manuels scolaires d’Histoire.