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Soins de conservation, la thanatopraxie au cœur de la polémique

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Gantes de boxe soins de conservation thanatopracteurs séropositifs

La levée d’interdiction de soin funéraire sur les défunts séropositifs ou atteints d’hépatites se retrouve sur le devant de la scène. La levée de boucliers des associations contre la pétition du SPTIS a médiatisé cette querelle, donnant au funéraire un éclairage particulier. Revue de presse spéciale.

La pétition du SPTIS est ici : www.change.org/p/ministère-de-la-santé-contre-la-levee-de-l-interdiction-des-soins-pour-les-defunts-porteurs-du-vih-d-hepatites

La lettre ouverte de AIDES et des associations : www.aides.org/communique/lettre-ouverte-29-aout-2017

Dans Funéraire Info

AIDES envisage des testing dans les pompes funèbres, interview d’Enzo Poultreniez

Une lettre ouverte a été adressée à Cedric Ivanes, président du SPTIS, par 20 associations et collectifs de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, contestant point par point les arguments avancés. Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES, répond à nos questions. C’est à lire ici

Levée de l’interdiction des soins, pétition… Jean-Luc Romero répond à nos questions

Jean-Luc Romero, président d’Elus Locaux Contre le SIDA, a répondu à nos questions, sur la levée de l’interdiction des soins, et sur la pétition du SPTIS s’y oppose, soulignant qu’il existe d’autres problèmes bien plus préoccupants… C’est à lire ici.

Dans Seronet.Info

Soins funéraires : Un syndicat entretient la polémique

La parution, cet été, d’un arrêté mettant fin à l’interdiction des soins pour les personnes défuntes porteuses du VIH et d’hépatites virales semblait mettre un point final à cette discrimination dénoncée depuis des années par les associations de lutte contre le sida et les hépatites virales et à la polémique entretenue par un syndicat de professionnels du soin funéraire. Il n’en est rien, celui-ci vient de lancer une pétition demandant au gouvernement d’annuler cet arrêté qui entrera en vigueur au 1er janvier 2018. Une vingtaine d’associations et de collectifs qui défendent la fin de cette interdiction viennent d’interpeller le président de ce syndicat dans une lettre ouverte qui dénonce une « série de mensonges, contre-vérités et de stigmatisations » dans le texte de la pétition. Un article à lire ici.

Dans Le Figaro

Querelle sur les soins des défunts séropositifs

Le syndicat des thanatopracteurs a lancé une pétition pour s’opposer à l’arrêté autorisant les soins de conservation pour les défunts porteurs du VIH. En cause, les risques de contamination. Un article à lire ici (payant).

Dans Le Point

Soins funéraires : les virus de la discorde

Un syndicat de thanatopracteurs s’oppose à la levée de l’interdiction des soins aux porteurs du VIH ou d’une hépatite virale. Riposte des associations. C’est à lire ici.

Sur France Info

Soins funéraires pour les séropositifs : des associations dénoncent les « stigmatisations » des thanatopracteurs

Pour les thanatopracteurs, réaliser des soins sur des séropositifs malades peut-être dangereux. Les associations de lutte contre le sida dénoncent une atteinte au droit des séropositifs. Un article à lire ici.

Sur RTL

Pourquoi les soins funéraires aux personnes séropositives font-ils polémique ?

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a levé l’interdiction des soins funéraires qui visait les personnes atteintes du VIH, une décision dénoncée par le principal syndicat des thanatopracteurs. Un article à lire ici.

Sur BFMTV

La colère d’Act Up contre des thanatopracteurs qui refusent de prendre en charge des séropositifs

Certains spécialistes de la conservation des corps – les thanatopracteurs – ne veulent plus s’occuper des cadavres de personnes séropositives, par crainte de contamination. Mikaël Zenouda, le président de l’association Act-Up Paris, dénonce une position archaïque qui n’a pas de sens, selon lui. Un article à lire ici.

Dans 20 Minutes

Virus du sida: Des thanatopracteurs s’opposent aux soins funéraires pour les défunts séropositifs

Les thanatopracteurs se mobilisent contre un arrêté du ministère de la Santé, publié au Journal Officiel le 20 juillet, qui lève l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes porteuses du VIH. La mesure, qui doit prendre effet le 1er janvier 2018, vient annuler des textes de 1986 et 1988 qui défendaient de prodiguer des soins de conservation aux personnes décédées séropositives et atteintes d’hépatites, par crainte de contamination. Un article à lire ici.

Dans Top Santé

Des thanatopracteurs contre l’autorisation des soins funéraires sur les séropositifs

Une pétition réclamant le retrait de l’arrêté ministériel levant l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes porteuses du VIH a été lancée par un syndicat de thanatopracteurs. Un article à lire ici.

Sur Pourquoi Docteur

VIH : les thanatopracteurs opposés à la levée de l’interdiction de soins funéraires

Le syndicat des thanatopracteurs conteste le bien-fondé de la levée des soins de conservation pour les personnes atteintes du sida. Un article à lire ici.

Dans La Charente Libre

COLÈRE D’ACT UP ET AIDES CONTRE DES THANATOPRACTEURS QUI REFUSENT DE PRENDRE EN CHARGE DES SÉROPOSITIFS

Certains spécialistes de la conservation des corps – les thanatopracteurs – ne veulent plus s’occuper des cadavres de personnes séropositives, par crainte de contamination. Un article à lire ici.

Dans France Soir

LES THANATOPRACTEURS S’OPPOSENT À LA LEVÉE D’INTERDICTION DE SOINS FUNÉRAIRES DES MORTS DU SIDA

Le ministère de la Santé a pris un arrêté en juillet dernier pour autoriser les malades du VIH à bénéficier de soins funéraires à leur mort. Arrêté accueilli avec joie par différentes associations, mais vigoureusement combattu par les thanatopracteurs, qui pratiquent ces soins funéraires. Une pétition a été mise en ligne. Un article à lire ici.

Sur Jim.fr

Soins funéraires et VIH: la polémique renaît de ses cendres

Le 20 juillet est paru au Journal officiel un arrêté attendu de longues date par les associations de lutte contre le Sida : il procède au retrait du VIH de la liste des affections empêchant l’accès à des soins funéraires de conservation. Cependant, dès la publication du décret, les syndicats de thanatopracteur avaient fait part de leur désapprobation. Le président du Syndicat professionnel des thanatopracteurs indépendants et salariés (SPTIS) ne cachait ainsi pas sa volonté d’étudier les voies de recours contre cet arrêté.  Un article à lire ici.

AIDES envisage des testing dans les pompes funèbres, interview d’Enzo Poultreniez

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Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyer et Revendications de l’association AIDES
Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES

Une lettre ouverte a été adressée à Cedric Ivanes, président du SPTIS, par 20 associations et collectifs de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, contestant point par point les arguments avancés. Enzo Poultreniez, responsable Plaidoyers et Revendications de l’association AIDES, répond à nos questions.

Pour aller plus loin :
Notre interview de Jean-Luc Romero, à lire ici.
La lettre ouverte de AIDES, à lire ici.
La pétition est à voir ici.

Une lettre calme

Enzo Poultreniez s’avoue d’emblée surpris par la pétition qui circule en ligne « C’est Sidaction qui l’a repérée, et qui s’en est légitimement ému. Nous avons alors décidé de répondre, la rédaction provenant principalement de Sidaction et AIDES. Les 18 autres signataires ont ponctuellement amené des amendements, mais ont approuvé le ton et l’esprit de la lettre. »

C’est un document parfois comminatoire « Nous voulions un ton ferme pour rappeler quelques évidences et contrer des propos, dans cette pétition, qui nous ont fait bondir. » Enzo Poultreniez sourit au passage « Mais le ton de la lettre n’est pas provocateur, comme nous savons parfois le faire, ou insultant. Nous avons choisi d’exposer calmement des arguments légaux, scientifiques et rationnels».

Une pétition surprenante

Bon, la question qui fâche : le nombre de signatures sur la pétition a fortement augmenté depuis que la presse a repris votre lettre ouverte. Est-ce que votre initiative n’était pas contre-productive ? « C’est vrai qu’on s’est posé la question, et certains ont émis des doutes. Mais nous ne pouvions pas laisser passer cela. »

Enzo Poultreniez précise « Si la pétition avait été à l’initiative d’un particulier, nous n’aurions pas forcément réagi. Une certaine forme d’obscurantisme qu’elle dégage nous aurait certainement mis en colère, certes, mais on en a vu d’autres. En revanche, le fait qu’elle émane du président d’un syndicat professionnel, qui a assisté aux réunions, et qui émet autant de contre-vérités, nous ne pouvions pas faire comme si cela n’existe pas. »

Cédric Ivanes prétend qu’il n’y a pas eu de concertation « Pourtant, il y en a eu, il était présent, j’ai personnellement assisté à deux réunions avec lui ». Il précise « il y avait d’autres points abordés, comme les conditions d’exercice, les soins au domicile etc. Là dessus, nous ne sommes pas intervenus, parce que nous ne sommes pas compétents, mais sur les modes de transmission et la prévention du VIH et des hépatites, si. Et il nous semble étonnant de voir un président de syndicat s’opposer à la vaccination contre l’hépatite B alors que les thanatopracteurs peuvent y être exposés sans le savoir ».

Il poursuit « J’ignore quel est le nombre d’adhérent et le poids exact du SPTIS dans la profession. Il revendique 300 adhérents, mais je n’ai pas retrouvé d’archives d’élections professionnelles. Mais il est dangereux de laisser ces contre-vérités s’exprimer et se répandre dans la profession, et courir le risque, au premier janvier 2018, d’avoir une loi théorique, mais pas appliquée. »

Vigilance constante

Donc l’application de cette loi ne vous apparaît pas comme une évidence ? « Non, et nous seront vigilants, parce que ne pas respecter cela, c’est bien une discrimination. Nous savons qu’inscrire quelque chose dans la loi n’est jamais la fin du combat. Il faut ensuite la faire appliquer. Nous avons par exemple fait un testing il y a deux ans, auprès de 440 chirurgiens-dentistes dans 20 villes françaises, et 33,6 % des professionnels testés refusent les soins sur les patients atteints du HIV ou d’hépatite. Depuis, une commission des refus de soins a été installée par l’Ordre national des chirurgiens- dentistes, AIDES y siège. »

Donc des testings pourront être effectués sur les pompes funèbres, ce sera plus compliqué que de faire croire qu’on a une rage de dents « Nous pourrions nous faire passer pour des proches. Bien évidemment, nous ne pouvons pas nous faire passer pour des défunts, on nous prête beaucoup de pouvoir, mais nous n’avons pas celui-là » sourit Enzo Poultreniez.

Réponse point par point

L’objet de cette lettre était surtout « de répondre point par point aux arguments non fondés qui ont été avancés. Surtout celui sur la transmission : il y a 25 000 personnes porteuses du VIH en France, qui ne se savent pas contaminées, donc ne sont pas traitées, et sont par conséquent, sans le savoir, les plus contaminantes. Lorsqu’elles décèdent, des soins leurs sont faits, et aucun cas de transmission n’a pourtant jamais été documenté. Cette loi ne va rien changer dans les faits, juste nous faire sortir d’une hypocrisie et d’un faux sentiment de sécurité. La secrétaire générale du SPTIS a écrit aujourd’hui sur votre site : « Qui contrôle son statut sérologique ? Et celui du patient ? La plupart du temps, nous pratiquons la technique de l’autruche et nous nous en remettons… à notre bonne étoile ! » Le choix est là : la politique de l’autruche en discriminant sans fondement scientifique une partie de la population, ou le respect de conditions sanitaires universelles pour tous afin réduire réellement au maximum les risques de contamination. ».

Il n’y a pas de risque « si les précautions universelles sont appliquées comme elles le devraient. C’est d’ailleurs étonnant de voir des signataires de cette pétition, qui prétendent être inquiets pour leur sécurité, s’opposer en même temps à la vaccination contre l’hépatite B rendue obligatoire par le ministère ».

Enzo Poultreniez conclut « C’est surtout attristant de voir qu’en 2017, alors que des traitements existent, alors qu’on peut même apercevoir la fin de l’épidémie de VIH, même sans vaccin, des arguments dignes des années 80 sur le mode de transmission peuvent encore être tenus. C’est pour ça qu’on réagit : mauvaise pioche, surtout la semaine où sort 120 battements par minute (un film retraçant l’action d’Act-Up dans les années 90, NDLR) au cinéma. »

Levée de l’interdiction des soins, pétition… Jean-Luc Romero répond à nos questions

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Jean Luc ROMERO MICHEL CP credit photo Simon Escalon (2)

C’est fait, et c’est un des combats de toute une vie : la levée de l’interdiction des soins sur les patients atteints du VIH sera effective à partir du premier janvier prochain. Jean-Luc Romero, président d’Elus Locaux Contre le SIDA, a répondu à nos questions, sur cette avancée, et sur la pétition d’un syndicat qui s’y oppose, soulignant qu’il existe d’autres problèmes bien plus préoccupants…

Une avancée longtemps attendue

Jean-Luc Romero, ça y est, la levée de l’interdiction des soins de conservation sur les défunts atteints de HIV et d’hépatite a été levée, on imagine que c’est une joie pour vous ? « C’est un soulagement, en effet, et la fin d’une injustice. Nous étions un des seuls pays au monde à imposer ces restrictions, sans raisons acceptables. C’est l’aboutissement d’une démarche entamée par le gouvernement précédent et menée au bout par l’actuel. »

Cette levée sera effective à partir du premier janvier 2018, pourquoi pas avant ? « Oui, c’est une date qu’avait fixée Marisol Touraine lorsqu’elle avait entamé le processus, et qu’a reprise Agnès Buzyn, qui lui a succédé. Il est vrai que cette levée aurait pu être effective immédiatement, mais on ne va pas faire la fine bouche : ça a été un tel travail, pour obtenir ce résultat, attendu par les malades et leurs familles depuis si longtemps, que ça reste une bonne nouvelle. »

Une pétition contre

Dans le même temps, une pétition circule pour demander le maintien de cette interdiction « Oui, cela m’attriste. Je note qu’elle a obtenu en quelques jours moins de 300 signatures, alors que nous, pour celles que nous avons proposées lorsque nous réclamions la levée de l’interdiction des soins, en obtenions des milliers en quelques heures. »

Jean-Luc Romero précise « Il n’y a pas de risque de contamination si les procédures sont convenablement suivies, et les précautions universelles sont prises. Par contre, les produits utilisés pour les soins de conservation sont, eux, pour certaines très toxiques, et les cancers professionnels sont une réalité. Pourquoi les syndicats ne se saisissent pas plutôt de ce sujet ? »

Pas de cas recensés

Sur la transmission du VIH, on parle d’un manque d’informations sur les risques « Les risques ne sont jamais à négliger, quelle que soit la cause de décès d’une personne. Un corps humain recèle un danger pour ceux qui le manipulent, c’est pour cela qu’il faut systématiquement faire montre des précautions obligatoires, port des protections, des gants… Ce qui m’inquiète, ce n’est pas de voir un professionnel faire un soin de conservation sur un patient atteint du HIV dans les règles de l’art. Ce qui m’inquiète, c’est de voir des professionnels manipuler des corps sans gants. Ce n’est pas une pique contre les milieux du funéraire, c’est général. L’autre jour, une connaissance me disait qu’il avait vu une infirmière faire une prise de sans sans gants. Là il y a un risque. »

Jean-Luc Romero précise « Dans les années 90, en pleine période d’explosion de l’épidémie de SIDA, quand personne ne savait encore trop ce que c’était, les thanatopracteurs ont certainement procédé sans le savoir à des soins sur des personnes atteintes du Virus. Aujourd’hui encore, rien qu’en France, il y a 25 000 porteurs qui ne savent pas qu’ils sont atteints. Et malgré cela, il n’y a aucun cas documenté de transmission par cette voie. Il y a aussi des thanatopracteurs qui nous soutiennent, et qui me disent que, souvent, ils n’ont pas connaissance des causes de la mort. ».

Aucun cas documenté ? « Non. Il y a eu, il y a quelques années, le cas d’un thanatopracteur américain qui prétendait avoir été contaminé durant un soin, mais on a fini par savoir que la transmission s’était faite dans un autre contexte, par voie sexuelle. »

La main tendue

Avez-vous déjà assisté à un soin de conservation ? « Oui, bien entendu. Et je connais bien l’univers du funéraire, puisqu’en trente ans de militantisme, j’en ai vu partir, des amis. Je sais que c’est une opération invasive, mais je sais aussi que des règles dans le port de protections sont là pour maîtriser ces risques. En revanche, je sais aussi que les produits utilisés à base de formol causent des cancers, là il y a des cas documentés et avérés, et que les thanatopracteurs qui s’escriment contre la levée de l’interdiction perdent de vue les vrais problèmes. Peut-être que certains ont intérêt aussi à ce qu’on ne pose pas les bonnes questions… »

Viendriez-vous au salon funéraire en novembre prochain si vous y êtes invités ? « Avec plaisir, je n’ai jamais refusé le débat. Un échange courtois de points de vue et d’arguments est toujours constructif, c’est comme cela qu’on avance ». Une main tendue, donc, avis aux intéressés.

Ne jamais faire de soins de thanatopraxie pendant les travaux

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valise thanato

Les funérariums, vous savez ce que c’est : du passage, une utilisation intensive, ajoutez à cela un besoin d’être toujours à la pointe de l’accueil, et ce qui doit arriver arrive : il faut faire des travaux. Et bricoleurs comme vous l’êtes, mieux vaut appeler des ouvriers. Mais l’ouvrier du bâtiment, on l’oublie souvent, cache sous son bleu de travail un petit cœur qui bat…

Thanatopracteur 1, ouvriers 0

« Il n’y a pas le choix, il faut le faire comme ça ! » on voyait que ça ne plaisait pas au patron, mais son ton était péremptoire.

Le thanatopracteur se voulait apaisant « Mais ça ne peut pas attendre ? »

« Non » affirma le patron « La famille est déjà en route, ils vont mettre, maximum, deux heures à arriver ici, Madame Chombier est déjà en case, elle attends, tu as juste le temps de faire les soins, la présentation et tout »

Le thanatopracteur fit un signe en direction de la salle de soins « Et eux ? Ils peuvent pas faire une pause le temps que je fasse les soins ? »

« Non, non, non, ils ne peuvent pas, ils sont déjà à la bourre, et si ils s’en vont ce soir sans avoir fini, ils ne reviendront pas avant trois semaines, et l’autre équipe est censée commencer demain »

Le thanatopracteur finit par se résigner. Il se dirigea vers le laboratoire, ou du moins, la partie délimitée par des rails métalliques censée être le laboratoire.

« Bonjour. Désolé, vraiment, les gars, mais une urgence ».

Les quatre ouvriers occupés à poser le placoplâtre rendirent le bonjour, et indiquèrent que ça ne les dérangeait pas.

Le thanatopracteur se dirigea alors vers les cases réfrigérées, en sortit le corps de Madame Chombier, l’installa sur la table, ouvrit la housse, et commença à installer son matériel. Les ouvriers se concentrèrent sur leur travail, s’efforçant de ne pas regarder le corps dénudé sur la table.

Après la toilette, le soin proprement dit commença. Le thanatopracteur fit la première incision. Au moment ou le bistouri entamait la peu de la jambe, il lui sembla entendre un « GLOUP » distinct. Mais, relevant la tête, il ne vit que les quatre ouvriers qui travaillaient, peut être un peu plus pâles, peut être un peu plus lentement.

Il procéda ensuite à l’incision au niveau du cou. Encore une fois, un « GLOUP » sonore se fit entendre, puis plus rien que le bruit des ouvriers travaillant. Le thanatopracteur observa qu’ils s’efforçaient de faire moins de bruit, et que certains avaient la tête rentrée dans les épaules, comme s’ils voulaient se faire petits.

Lorsque le thanatopracteur prépara le tube de ponction cardiaque, à nouveau, il entendit un « GLOUP » distinct. Cette fois-ci, il était en alerte, et repéra sa source. Un des ouvriers, le plus jeune, jetait de temps en temps un œil curieux sur ce qu’il se passait derrière lui. Il était grand, épaules larges, avec un physique de pilier de rugby surplombé par un visage aimable et des yeux curieux.

Le thanatopracteur prévient « Je serais vous, je ne regarderai pas, là » et entama la ponction cardiaque. Il y était depuis moins d’une minute qu’un Boum ! Sonore retentit. Sa première pensée fut « Je l’avais bien prévenu ».

L’ouvrier costaud gisait de tout son long sur le sol. Il avait vu, il avait tourné de l’oeil. Mais la catastrophe débuta à ce moment précis. Ses trois collègues, déjà sous tension, se retournèrent. Ils virent d’abord leur ami allongé au sol, puis leur regard glissa vers le thanatopracteur, comme attiré par un aimant. Ils le virent avec son masque et ses lunettes, le trocard enfoncé dans la poitrine de la défunte, et c’est fut trop. Un second s’assit par terre, pâle, le troisième couru vers les toilettes mais, à en croire les bruits de vomissements, n’eut pas le temps de les atteindre, et le quatrième s’xcusa rapidement « J’ai besoin de prendre l’air » avant de sortir.

Finalement, l’ouvrier fut réanimé, avec plus de peur que de mal. Le second retrouva ses couleurs, après avoir été faire un tour dehors, le quatrième aida le troisième à réparer ses dégâts. Tous quatre convinrent avec leur patron qu’ils prendraient une longue pause pendant la fin du soin et termineraient plus tard le soir.

Lorsque la famille de Madame Chombier arriva, à l’heure dite, ils s’extasièrent devant la présentation de la défunte. Son fils se tourna vers le thanatopracteur, qui finissait la mise en place quand ils étaient entrés dans le salon. « Elle est parfaite, c’est tout à fait elle. Vous n’avez pas eu de mal ? Il y a des choses auxquelles on doit faire attention ? »

Le thanatopracteur se remémora son après-midi « Non, non, rien de particulier à signaler. »

Les métiers des pompes funèbres : conseiller funéraire, le cœur du système

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Assistants funéraires de la Dynastie Ming
Assistants funéraires de la Dynastie Ming

Quels métiers pour les pompes funèbres ? Thanatopracteurs, marbriers, Maîtres de Cérémonies, ont tous leur importance dans le dispositif des obsèques. Commençons par celui qui est au cœur de la machine, qui en pose et active les rouages, le métier le plus important de tous, parce que sans lui, rien ne se passerait : l’assistant ou le conseiller funéraire.

Au fait, conseiller ou assistant ?

On pose parfois la question de la différence entre le conseiller et l’assistant funéraire. Il n’existe, en fait, aucune législation pour définir ces deux postes.

Simplement, l’usage, jusqu’à il y a quelques temps, faisait que l’on commençait assistant funéraire, et que l’on passait conseiller lorsqu’on avait suffisamment d’expérience. Un assistant est capable de faire son métier, recevoir une famille, organiser des obsèques, et un conseiller funéraire est capable de faire plus, prendre la direction d’une agence, par exemple.

Mais surtout, le conseiller funéraire avait reçu suffisamment de familles et vécu assez de situations hors normes pour pouvoir venir à bout de presque toutes les difficultés, et voler au secours des assistants désespérés.

Tout ceci a volé en éclat lorsque certains se sont avisés que « conseiller » était un terme plus valorisant qu’assistant, et se sont mis à l’appliquer à quiconque avait un diplôme de funéraire, vidant ces termes de leur sens. C’est dommage.

Conseiller funéraire, le cœur du système

Il existe une constante dans le métier des pompes funèbres : l’erreur humaine. Se tromper de nom, au cours d’un hommage, ne serait-ce qu’une fois, peut détruire tout le travail d’une équipe.

C’est le travail du conseiller funéraire, d’éviter ce genre d’incidents. S’enquérir des causes du décès pour éviter les incidents, vérifier que tous les documents sont bien complétés et que les prestations correspondent aux souhaits de la famille, tout cela fait partie de ses attributions.

La tâche des porteurs est de porter, aussi bien les cercueils en cérémonie que les brancards sur le lieu du décès, le Maître de Cérémonies a la fonction de chef d’équipe et doit s’assurer que tout se déroule conformément à un protocole établi, l’agent de funérarium s’occupe des défunts durant leur séjour à une maison funéraire, le thanatopracteur effectue les soins de conservation, et l’assistant funéraire a la charge de coordonner tout ce petit monde en fonction des volontés des familles, entre autres nombreuses fonctions.

La principale de ces missions est, bien entendu, de recevoir la famille en deuil. En cette occasion, il sera tout à la fois logisticien, commercial, psychologue et juriste.

Les métiers d’un métier

Logisticien, parce qu’il va devoir coordonner de nombreux intervenants. Dans le cadre d’obsèques dans une église, par exemple, il devra s’assurer de la disponibilité du bâtiment, d’un prêtre, de trois ou quatre porteurs, d’un Maître de Cérémonies, d’un corbillard, des fossoyeurs au cimetière…

Et calculer les horaires en fonction des lieux et heures d’intervention : aller d’une chambre funéraire à un lieu de culte à l’autre bout d’une ville peut voir le temps de trajet varier du simple au triple, selon l’heure et les conditions de circulation. Et, bien entendu, il devra, si tel est le souhait des proches, rédiger un avis de décès portant à la connaissance de tous ces information.

Lors de ces instants qu’il passera avec la famille, il devra déployer des trésors de psychologie. Pour ce faire, il doit connaître et savoir identifier les différentes étapes du deuil. En dehors du fait qu’il a face à lui une famille dans l’affliction, avec tout ce que cela comporte d’impondérables, de réactions parfois disproportionnées où surprenantes si un mot malheureux est prononcé, il devra, comme nous l’avons vu plus haut, essayer d’obtenir des information qui peuvent s’avérer cruciale, sur la cause du décès, la présence de certaines maladies…

La partie commerciale de son travail consistera à proposer aux familles divers produits complémentaires. Et, parfois, de justifier ses tarifs : beaucoup ne comprennent pas que les pompes funèbres ne soient pas un service gratuit.

Juriste avant tout

Enfin, et surtout, il est chargé d’appliquer la législation. Chaque entreprise de pompes funèbres doit être titulaire d’une habilitation préfectorale, beaucoup plus difficile à obtenir qu’à perdre. Et les embûches, en droit Français, sont nombreuses : on peut dire, en caricaturant à peine, que si une opération funéraire ne fait pas l’objet d’une demande d’autorisation auprès de l’administration, elle doit faire l’objet d’une déclaration dans un autre service.

Le conseiller funéraire doit s’assurer que tout se déroule à la fois en conformité avec la loi, avec les souhaits des familles et en conformité avec les impératifs techniques et logistiques.

On peut affirmer, donc, sans conteste, qu’il est au poste le plus important des pompes funèbres. Les autres auront beau jeu de protester, mais, sans conseiller funéraire, pas de travail pour eux.

EFFA, l’école de formation aux métiers funéraire qui prépare l’avenir

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EFFA ecole de formation funeraire

Pour faire carrière dans le funéraire, tout commence par une bonne formation. Le choix d’une bonne école est donc primordial. Du haut de ses 35 ans d’expérience, jouissant d’une réputation d’excellence sans faille dans les métiers du funéraire, EFFA Formation, pour ses élèves, est en tout cas le meilleur choix à faire. Raisons d’un succès.

Depuis 1981

EFFA Formation n’est pas un nouveau venu dans le secteur de la formation aux métiers du funéraire : l’école a en effet été fondée en 1981, et a toujours appliqué la même philosophie : dispenser la formation pour chaque corps de métiers selon les programmes imposés, mais avec quelque chose en plus.

Ce quelque chose en plus, c’est l’expérience de ses formateurs. Tous professionnels issus du terrain, ils apportent leur expérience et leur éclairage précieux à la théorie de l’enseignement. Un détail qui a toute son importance : à la stricte application du contenu réglementaire de la formation, les enseignants d’EFFA apportent un enrichissement, celui de pouvoir expliquer l’importance concrète de ces connaissances.

Les formations d’EFFA sont accessibles à tous les publics : salarié dans son parcours de développement de carrière, personne en reconversion, créateur d’entreprise, etc.

A la pointe du progrès

Quoique idéalement située à Paris, non loin de nombreux transports en commun, dans un quartier agréable, EFFA a bien pris note que, pour certains élèves, des déplacements trop nombreux pouvaient parfois s’avérer contraignants et onéreux. Voilà pourquoi l’école a mis en place une plate-forme de e-learning.

Les étudiants ont donc la possibilité d’étudier, soit directement dans le centre de formation parisien, soit de leur domicile, voire directement depuis leur lieu de travail. Une solution souple et économique, en temps comme en argent, évitant les déplacements et l’hébergement sur place.

Les premiers retours sont très concluants. Les étudiants n’ont aucun problème pour comprendre la plate-forme facile d’accès, ils se repèrent facilement et peuvent communiquer rapidement avec un cyber-professeur présent constamment pour répondre à leurs questions.

Pourquoi choisir EFFA

Nous n’en faisons pas mystère : les formations professionnelles funéraires sont devenus une jungle où n’importe qui peut ouvrir son centre de formation. Il est primordial, pour qui souhaite faire carrière dans le secteur funéraire, de bien choisir son école. Et EFFA appartient à la très petite liste des écoles reconnues par la profession pour son sérieux.

Dans une profession devenue « à la mode », en effet, parmi la pléthore des Curriculum Vitae reçus par les employeurs, l’école est un facteur important. Un employeur qui recrute préférera un diplômé d’une école reconnue.

Plus de 85 % des élèves d’EFFA trouvent un poste dans les semaines qui suivent leur remise de diplôme, un taux très supérieur à la moyenne des centres. Ceci, grâce à une sélection rigoureuse des élèves sur leur motivation, et une réputation d’excellence sans faille depuis 36 ans.

Le site internet d’EFFA : effa-formation.com

Orage sur la thanatopraxie : la désunion fait la faiblesse

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foudre orage sur la thanatopraxie

Orage sur la thanatopraxie : suite à notre article de l’autre jour sur le spleen des thanatopracteurs, de nombreux témoignages ont continué à nous parvenir, attestant la crise profonde que traverse cette profession. Un témoignage fort et un condensé de l’histoire de la thanatopraxie qui explique, sans doute, beaucoup de choses.

Les premières années

« Lorsque je suis devenue thanatopracteur, j’étais employé dans une entreprise de pompes funèbres. J’étais polyvalent, je faisais un peu de tout et beaucoup de soins. J’étais payée au soin et je gagnais très bien ma vie. Et puis est arrivée la loi sur les DASRI… Les Thanatopracteurs sont devenus personæ non gratta dans les pompes funèbres, trop compliqués, trop encombrants, et surtout trop chers… »

« Viré comme beaucoup d’entre nous, je suis alors devenue conseiller funéraire. Un pis-aller, le travail sédentaire n’était pas pour moi, et je me suis installé à mon compte. »

« A cette époque, certaines entreprises de Thanatopraxie s’étaient développées et avaient un quasi monopole dans certaines régions. J’ai dû faire mon trou face à l’une d’elle et découvrir par la même occasion qu’on ne me demanderait pas d’être le meilleur Thanato, mais surtout le plus rapide et le moins cher ».

Guerre des prix

« Lorsque je n’avais qu’un concurrent, même s’il s’agissait d’une énorme machine, il me suffisait de pratiquer des tarifs à peine plus bas. Je ressentais déjà un sentiment d’incompréhension et d’injustice par rapport aux marges que les pompes funèbres appliquaient,en toute illégalité, sur les soins, mais je continuais à gagner correctement ma vie. »

« Et puis est arrivée la médiatisation de la profession, une émission de télé, une série à succès et voilà que la Thanatopraxie devient tendance et que les écoles poussent comme des champignons. La pratique des soins se développe dans le même temps, certes, mais pas aussi vite. »

« Et voici qu’arrivent sur le marché tous ces Thanatopracteurs sans expérience ni références, qui n’ont rien d’autre à vendre que des tarifs… Et les prix des soins, du Thanatopracteur aux pompes funèbres entament une chute libre, qui continue encore quatorze ans plus tard, alors qu’ils continuent à augmenter pour les familles. »

« Les Thanatopracteurs se mettent à casser les prix et les pompes funèbres se frottent les mains. Bien-sûr, les fournitures et le carburant sont, logiquement de plus en plus chers. Car c’est ça la logique et non l’inverse. »

Homo homini lupus

« Réduits à l’état de loups solitaires et affamés, les Thanatopracteurs se livrent des guerres fratricides et sanglantes au lieu de se fédérer pour tenter de sortir de ce système qui leur maintient la tête sous l’eau , pour le plus grand bonheur des pompes funèbres, qui continuent en toute illégalité et en toute quiétude, à appliquer des marges, parfois phénoménales, sur les soins. »

« La situation n’en finit pas de se détériorer, les grosses sociétés de Thanatopraxie finissent par être également touchées et s’engage alors une autre lutte, celle des gros contre les petits, lutte perdue par les deux parties. Et devinez qui se frotte encore les mains ? »

« Depuis toutes ces années, je n’ai toujours pas réussi à comprendre comment nous avons pu en arriver là. Comment nous thanatopracteurs, détenteurs d’une science et d’un savoir faire qui ne souffre aucune comparaison avec n’importe quelle branche des pompes funèbres, en sommes-nous arrivés à nous prostituer pour le compte de commerçants cupides ? Pourquoi acceptons-nous ça ? Qu’est-ce qui peux justifier que le fruit de notre travail profite à d’autres que nous ? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de nous libérer de ce ce système ? »

« Nous pourrions sans problème renverser la vapeur et remettre tout ce petit monde au pas… Mais pour cela, il faudrait que l’on soit capables de s’entendre. Pour ma part, j’ai cessé d’y croire. »

Décès d’un enfant : quand les professionnels du funéraire doivent faire face

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décès enfant

De la naissance au premier anniversaire, le risque de décéder est aujourd’hui très faible, de l’ordre de 40 pour 10 000, et les décès avant 1 an sont concentrés juste après la naissance. Le risque annuel est minimal pour les enfants : entre 5 et 10 ans, un enfant sur 10 000 décède chaque année. Le risque augmente fortement à l’adolescence, jusqu’à atteindre, à 18 ans, 3 pour 10 000 chez les filles et 8 pour 10 000 chez les garçons. Le décès d’un enfant est un véritable tsunami pour sa famille, mais il est aussi difficile à gérer pour les professionnels du funéraire.

« Je suis thanatopracteur depuis neuf ans. En neuf ans je n’ai pas dû avoir plus d’enfants à traiter que le nombre de mes années d’expérience. Le décès d’un enfant c’est souvent dû soit à un accident soit à une maladie. Dans le dernier cas surtout, les familles ne veulent plus qu’on touche à leur enfant, il y a donc moins de soin. » Julien, thanatopracteur

« C’est à chaque fois pareil et pourtant tout le temps différent, y a les bébés, qui nous font vraiment beaucoup de peine, et puis il y a ceux qui ont eu une histoire, la maltraitance ou cet enfant là, qui a le même âge que le mien », explique Romain, conseiller funéraire. « Un jour est arrivé une famille en pleur, la mère tenait à peine debout, le fils de 5 ans venait de décéder et bien sûr mon fils avait 5 ans à ce moment là. J’ai mis des semaines à m’en remettre alors que pourtant mon fils, lui était en vie, que je pouvais l’embrasser chaque soir en rentrant. C’est là que j’ai commencé à prendre conscience de la douleur des familles qui venaient à mon bureau, le sentiment là, ne s’en va jamais tout à fait. » Romain, conseiller funéraire

« La première fois que j’ai fait un soin sur un enfant, c’était un bébé… Son jumeau était mort à la naissance, lui avait survécu deux semaines. Tout était minusculement petit, j’ai dû demander des instruments précis à des collègues. Ça a été un exercice, même si le mot est maladroit très particulier et très intense, comme si tout se jouait là, en un seul soin. » Katharina, thanatopractrice.

« Ça n’est pas moi personnellement qui m’en suis occupé, je ne vendais « que » les fleurs. Mais cette histoire médiatique m’a beaucoup touché, je ne m’en remettais pas. Les pompes funèbres sont mes voisins et amis. J’ai déposé les fleurs sur le cercueil, fait des tonnes de compositions pour la ville et ses habitants qui s’étaient mobilisés. Le deuil collectif ils appellent ça. Toute la ville avait changé, on savait que plus rien ne serait jamais comme avant. » Sylvaine, fleuriste

« Un enfant qui naît, ça change une vie, un enfant qui meurt, ça change tout. »

« En tant que brancardier j’en ai descendu des corps à la morgue. Mais cette petite fille là…je m’en souviendrais toute ma vie. On venait d’arriver dans ce nouvel hôpital, tout n’était pas encore fonctionnel. Le labyrinthe avec la puce allongée là sur ma table, ça a eu l’air de durer des heures. Je n’avais qu’une envie : arriver en bas et partir. Pourtant quand je suis arrivé à la morgue, j’ai pas pu bouger, mon collègue l’agent d’amphi m’a dit que c’était bon, qu’il allait bien s’en occuper mais y avait rien à faire, j’avais les mains agrippées sur la table, je ne voulais pas l’abandonner. » Cyril, brancardier.

« Je m’y ferai jamais aux pièces anatomiques, c’est pas possible ça, ce sont des bébés quand même, les parents sont tellement tristes, et démunis, et moi je suis là à coller une étiquette sur un fût à DASRI, ça me dépasse à chaque fois. » Anton, agent d’amphi.

Thanatopracteurs, coup de mou ou grand ras-le-bol ?

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le cri munch thanatopracteurs raz-le-bol

Hasard ou coïncidence, alors qu’il y a peu, Funéraire Info publiait le témoignage d’un ancien confrère qui avait renoncé au métier des pompes funèbres, de nombreux témoignages de thanatopracteurs me sont parvenus, partageant le même sentiment de ras-le-bol. Spleen saisonnier ou symptôme d’un malaise plus profond ? Votre avis nous intéresse.

Note : pour diverses raisons, essentiellement professionnelles, les auteurs de ces témoignages ont souhaité garder l’anonymat.

Spleen et idéal

Il y a quelque chose de mystique dans la thanatopraxie, ou, du moins, le sentiment d’accomplir une mission. Mission fatigante, usante, exigeante. « Je suis Thanato, depuis longtemps, très (trop?) longtemps et je traverse une crise de foi. Il fait chaud, très très chaud, je suis épuisé et sur les nerfs, mais pas plus que tout le monde. Non, toute cette colère et ce découragement n’ont aucun rapport avec la canicule. Pour la première fois depuis que je pratique ce beau métier, que j’aime toujours et c’est bien le pire dans tout ça, j’ai vraiment envie de raccrocher les gants. Je comprends ce que ressent un prêtre ou une religieuse qui a perdu la foi. »

Et certaines interrogations se rejoignent, en une sorte de vertige existentialiste « Se dire qu’on a passé toutes ces années à croire en des chimères et voir tout à coup tout ce qui fait notre vie, tout ce qui nous a fait nous, partir en fumée. J’ai l’impression de me réveiller d’un long sommeil et voilà, ma vie est passée. Je n’ai rien vu, rien fait, j’ai tout sacrifié à ce boulot et maintenant… Et maintenant, quoi ? »

Il y a, dans beaucoup de messages, un sentiment commun, celui des illusions perdues « Quand j’ai débuté dans la profession, j’avais la certitude, pas l’espoir, la certitude, de voir la thanatopraxie acquérir ses lettres de noblesse. »

Autre point récurrent, le sentiment de faire un travail mal récompensé. Trop de thanatopracteurs, trop de concurrence ont, en effet, rogné les revenus de beaucoup. C’est, si vous avez de la chance, un métier à peine bien payé… Pour un tout petit nombre. « Je croyais vraiment qu’un jour, la reconnaissance viendrait. J’ai compris, enfin… Comme un déclic, une illumination, ou plutôt une extinction. Celle de cette petite flamme qui m’animait. J’essayais de faire abstraction de toutes ces choses révoltantes, comme le fait de ne pas percevoir le fruit de mon travail, mais seulement les miettes qu’on accepte de me jeter. Des miettes de plus en plus petites, qu’on me jette de plus en plus loin… »

Tempus Fugit

Autres chose, la répétitivité, qui impose, au fur et à mesure des années, sa présence envahissante « Les soins s’enchaînent, je porte, défais, range et porte encore mes valises, je répète toujours les mêmes gestes, machinalement, ce sont ces corps qui sont morts, mais c’est bien moi qui suis un fantôme. Je ne ressens plus rien j’ai oublié ce que je faisais là. Et puis au milieu du vide, le passé resurgit. On m’envoie travailler là où tout a commencé. J’étais jeune, c’est étrange de me dire que j’ai été jeune. Ce chariot rafistolé, je l’ai connu neuf. Mon Dieu, je suis encore bien plus vieille que lui… »

Même la reconnaissance des familles n’y suffit plus « Je m’arrête au bureau pour mendier un café avant de repartir sur le soin suivant et j’y croise le père d’un accidenté à qui j’ai peiné des heures à rendre un visage humain. J’échange quelques mots avec lui, je lui donne les recommandations d’usage et aussi mon numéro de téléphone. Ce sera plus simple. Je lui dis que je vais repasser voir son fils, je sais qu’il y aura nécessairement des retouches. On me remercie, c’est bien, j’ai fait du beau, du bon travail… Et toujours rien, toujours cette envie de pleurer. C’est trop tard, à force de tirer sur la fameuse corde… Et bien voilà, elle a fini par casser. »

Ce dernier constat, fataliste : ce ne sont pas les désillusions d’un petit nombre de thanatopracteurs, mais un spleen qui devient majoritaire dans le métier. Pourtant, de nombreux jeunes continuent de s’y jeter à corps perdu, persuadés que ce thanatopracteur dégoûté de son métier, ce ne sera pas eux. « Peu importe qui je suis, je suis vous et vous êtes moi, un jour j’ai été vous, un jour vous serez moi et vous aussi vous tiendrez votre tête entre vos mains et vous sangloterez, assis tout seul sur les marche de votre escalier et vous demanderez : et maintenant ?. »

Benjamin Bonnaud : récit de vie d’un thanatopracteur aux valises chargées de savoir

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Benjamin Bonnaud thanatopracteur
Benjamin Bonnaud, thanatopracteur

Lorsque j’ai demandé à Benjamin quelques notes pour me rédiger son profil, j’ai eu le droit à quelques lignes modestes. Pourtant son parcours, et lui-même sont aussi complexes et riches que les œuvres d’Ernest Hemingway. Le résumer à « thanatopracteur » serait une hérésie et pourtant c’est ce qui le définit le mieux.

Diplômé en 2007. Évaluateur à l’examen pratique, en dix ans il a mis le temps à profit pour parfaire sa formation :  Formation cosmétiques et restauration make up forever niveaux 1 et 2 , Formation à l’Air Brush Théorie du Moulage mortuaire. D’un BTS en gestion, Benjamin est devenu un thanatopracteur émérite.

pacemaker Benjamin Bonnaud : récit de vie d’un thanatopracteur aux valises chargées de savoir
pacemaker

Pourquoi je l’ai choisi pour cet article ? Il y a moins de 1 000 thanatopracteurs en exercice en France. Des centaines de personnes chaques années tentent leur chance sur les bancs de l’école sachant qu’entre le numerus clausus, la concurrence, et les reins solides, non seulement peu décrocheront le fameux sésame, et encore moins seront capables d’en faire quelque chose. Forcément plus les places sont chères plus le métier fait rêver, c’est le fantasme de la contradiction humaine. Certains thanatopracteurs peuvent donc tomber dans l’illusion de passer plus de temps à s’épancher sur internet qu’à être sur le terrain, car c’est la pratique qui fait des thanatopracteurs de meilleurs thanatos. Benjamin fait partie des discrets, de ceux qui sont sur le terrain, de ceux qui conseillent judicieusement et modestement. C’est de ceux là que je veux tout savoir, c’est ceux là que je veux mettre en exergue, parce que c’est de ceux là que vous apprendrez le plus.

Comme tous les thanatopracteurs, Benjamin a acquis en même temps que sa technique, le sens de la mobilité :

« Première affectation dans le nord où je suis resté quelques années où j’ai acquis une grande partie de mon savoir faire et ou j’ai reçu de solides bases notamment en restauration faciale », puis l’ « envie de découvrir d’autres choses, je suis parti un an faire un remplacement en Midi-Pyrénées. Ensuite « prise de poste en Finistère où j’étais thanato/assistant funéraire/Maitre de Cérémonie et où je m’occupais de toute la partie gestion, et du recouvrement des vieux impayés »

Mobile sur le terrain, il est aussi polyvalent : « Le poste de thanato pompe m’a en outre permis de parfaire mes techniques de restauration, puisqu’il est plus aisé de prendre du temps- et de développer des méthodes qui me sont propres. »

Benjamin, s’est fixé en Mayenne il y a 5 ans maintenant.

Mais avant ça …

On le connaît le refrain doux et mélodieux du secteur funéraire « je suis arrivé ici par hasard et je n’en suis plus jamais parti » et il est vrai qu’il y a quelque chose dans le secteur du funéraire de tellement attachement, que l’on est si humainement impliqué qu’il est difficile d’en sortir – même si, évidemment tout n’est pas rose aux pays des carnets noirs. Benjamin lui est tombé dans la marmite de la pompe funèbre tout de suite, « j’ai toujours eu un vif intérêt pour le secteur de la pompe funèbre. Ce qui, au départ tenait plus d’une curiosité de connaitre les coulisses d’un milieu méconnu, est devenu un réel centre d’intérêt. J’ai étudié toutes les possibilités de métiers que pouvaient m’offrir le secteur et celui qui retint mon attention au départ était celui de thanatopracteur. » Sage et discipliné, il a d’abord passé un BTS en gestion afin d’avoir un bagage solide. Pour pour Benjamin il y a quelque chose d’ « assez magique » dans le métier de thanatopracteur, bien qu’il n’ « imaginai(t)  pas à l’époque à quoi pouvait ressembler une personne décédée sans traitement. ». Le chemin est long pour en arriver au thanatopracteur qu’il est aujourd’hui, valises à la main, mais c’est grâce au concours à la fois de sa détermination mais aussi de son entourage qu’il a réussit : « J’ai eu la chance de pouvoir me faire payer la formation par ma mère, son coût étant, déjà à l’époque, assez élevé. J’ai eu aussi la chance d’avoir plusieurs maîtres de stage, qui m’ont ouvert à beaucoup de techniques différentes. »

Apprendre est définitivement le maître mot de Benjamin, absorber tout ce qu’il pouvait sur le métier, puis la formation, puis la technique en elle-même, et maintenant il transmet son savoir faire, tant dans des articles qu’en école, mais également en gérant le Forum de thanatopracteurs où il conseille invariablement les futurs aspirants thanatopracteurs qui souhaitent se lancer dans le métier.

La thanatopraxie, la vis de serrage du milieu funéraire

Il faut voir ça d’un point de vue macro social. Benjamin est thanatopracteur depuis une dizaine d’années maintenant : « j’adore mon métier.  J’ai aussi fait de la pompe funèbre, à ce jour, je maîtrise l’ensemble des métiers de la pompe, à l’exception de la marbrerie que je ne connais qu’en théorie.  C’est un milieu que j’aime sincèrement, et j’envisage d’y travailler à long terme, avec, pourquoi pas plus tard d’autres responsabilités. J’envisage aussi de compléter mes études avec, pourquoi pas, une maîtrise en économie ou en droit ».  

canules Benjamin Bonnaud : récit de vie d’un thanatopracteur aux valises chargées de savoir
canules

Si l’urgence est le maître mot de la thanatopraxie, Benjamin est le maître du temps, la thanatopraxie stoppe pour un temps les stigmates de la mort, et lui stoppe pour un temps les aiguilles du cadran afin de faire un travail de qualité qu’il juge comme étant primordial : « Je mets toujours le meilleur de moi-même dans chaque soin, et je prends le temps qu’il faut. Il m’est déjà arrivé de passer plus de 5 heures sur un travail restauratif. A côté de ça, j’ai déjà croisé des thanatos qui, à peine arrivés sur place, recevaient déjà un appel pour aller en faire un autre. Comment voulez vous faire du travail de qualité avec une pression comme ça ? »

L’homme derrière le trocart

Dandy propulsé au XXI ème s, Benjamin est un idéaliste triste, une sorte de Baudelaire moderne où parfois il se désole de voir le monde du funéraire, son monde, celui où il a grandi, vieilli, mûri, devenir un lieu où l’argent prend parfois le pas sur la question éthique. Empathique il explique que « c’est un métier qu’on ne peut faire que si l’on aime les gens. La qualité devrait être le maître mot, déjà en pompes funèbres, mais particulièrement plus encore en thanatopraxie. Le corps, c’est ce qui se voit. La plupart des familles ne pardonneront pas que le corps de leur être cher ne soit pas présenté au mieux de ce qui se fait. »

trocart Benjamin Bonnaud : récit de vie d’un thanatopracteur aux valises chargées de savoir
Trocart

Thanato, oui, mais pas que, Benjamin insiste sur le fait, qu’il y a une vie une fois les valises posées. « Quand je rentre chez moi, je pose mon costume de thanato pour reprendre celui d’homme. Avant d’être thanato, je suis homme, amant, conjoint. Ça marche aussi au féminin d’ailleurs.  Ceux qui ont des enfants ne doivent pas oublier aussi d’être père, cela doit être même leur premier rôle. »

La vie et la mort ne doivent pas s’opposer

Mais comme à beaucoup, ça lui a pris du temps pour le comprendre, « les premières années de ma carrière, j’ai eu tendance à me consacrer trop au travail et pas assez au reste. C’est une erreur. Il faut savoir aussi donner du temps pour les autres. Pour ceux qui sont autour, vivants eux. » « Il ne faut jamais oublier qui nous sommes avant d’être thanato ». Vivre pour et par la thanatopraxie en permanence est une erreur. « Notre métier est tellement passionnant qu’on peut avoir tendance à faire passer les morts avant les vivants. Je crois qu’il faut un juste milieu à tout. Un temps pour le travail, et un temps pour les proches. » C’est là que j’ai envie de vous dire « un peu comme dans les autres métiers », certes, mais Benjamin l’explique très bien

« Si la mort est notre quotidien, elle est exceptionnelle pour la plupart des gens »

Le corps au cœur du soin

crochet Benjamin Bonnaud : récit de vie d’un thanatopracteur aux valises chargées de savoir
crochet

C’est ce que je suis déjà venue vous expliquer à de nombreuses reprises, le corps est l’objet maître de la thanatopraxie. Conservé, présenté, il n’est plus tout à fait lui-même, mais il n’appartient pas à la famille non plus, il est là, en tant qu’objet à part entière, sublimé au cœur d’un véritable théâtre où dans les coulisses les thanatopracteurs représentent le trait d’union. Benjamin à la conscience tranquille, il fait toujours pour le mieux « Il est toujours frustrant de voir que certains corps ne réagissent pas comme on le voudrait. Par contre, je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’on a une obligation de moyens. On a une obligation de résultat. Le corps traité doit être visible ».

La famille en ligne de mire

Même si la famille n’est pas le client des thanatopracteurs – il s’agit des pompes funèbres- le thanatopracteur est prestataire de service, dans le but de satisfaire la famille et de participer avec la cérémonie et les autres moments forts des obsèques à aider à ouvrir la porte du deuil. « On peut se permettre d’émettre des réserves, mais si on a accepté de prendre le corps en charge, la famille doit pouvoir se recueillir paisiblement dessus. Tous les corps ne sont pas traitables. C’est une hérésie d’affirmer le contraire. Bien sûr, on peut faire un soin « d’hygiène » sur un corps dans un état de putréfaction très avancé, mais est-ce honnête vis à vis de la famille que de facturer un acte non visible et substituable ? Je pars du principe que soin = corps visible et présenté. Mieux vaut se recueillir sur un cercueil fermé que de garder de mauvais souvenirs d’un être cher dont les transformations étaient très avancées. »

Élève et maître à la fois, c’est le mélange savant des deux états qui fait de Benjamin un bon thanatopracteur, mais aussi une bonne personne. Altruiste, il offre un accompagnement aux élèves volontaires et désireux d’apprendre. Il voit ainsi la thanatopraxie non seulement comme un art à part entière mais aussi comme faisant partie d’un tout, un marché, un secteur, une culture.

 

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