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Anarchie : quand les scellés disparaissent avant la crémation

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Des soucis de toute sortes peuvent venir contrarier une crémation. Retards divers et variés, pannes, mais cette histoire est assez unique dans son genre. Même si quelques détails de décorum sont de mon cru, Angélique, qui me l’a racontée, s’est vraiment fait faucher ses scellés. Vous avez bien lu.

Ni Dieu, ni Maître

Angélique était encore dans le hall du crématorium quand la directrice l’interpella « Attends, il y a un problème, viens voir. ». La conseillère funéraire pâlit « Avec le convoi Chombier ? Encore ? ».

Deux jours avant, alors qu’elle préparait les obsèques de Monsieur Chombier avec la famille, cette dernière avait expliqué « Il était musicien, est-ce que c’est possible que ses amis jouent de la musique pendant de la cérémonie ? De la guitare, ce genre de choses ? ». C’était possible, bien entendu, ce que Angélique s’était empressée de confirmer aux proches.

Sauf que, dans la tête de la famille, « ce genre de choses » consistait en un piano et une batterie. Le personnel du crématorium avait fait une tête de six pieds de long en les voyant arriver, et c’est grâce au monte-charge qu’ils avaient pu être amenés dans la salle de cérémonie. Le petit morceau musical s’était changé en bœuf.

Devant l’air affolé de la directrice, Angélique se demanda ce qu’il pouvait bien y avoir de pire que de trimballer un piano droit et avoir une batterie complète à monter dix minutes avant la cérémonie… « Les scellés du cercueil ont disparu » oui, il y avait ça, évidemment.

« Disparus ? » répéta la conseillère funéraire d’un voix blanche.

« Disparus », en effet, à ne pas confondre avec « oubliés ». Angélique avait convoqué elle-même la police, assisté à leur pose, et la présence des cachets de cire, à la tête et aux pieds du cercueil avaient été contrôlés à l’arrivée au crématorium par un agent. Ils avaient été là, et ils n’y étaient plus.

Ce fut sur ces entrefaites qu’un agent du crématorium surgit, une corbeille à papier à la main « Madame la Directrice » cria-t-il presque, montrant le contenu de la corbeille.

A l’intérieur se trouvaient des débris de ce que tous identifièrent immédiatement comme des scellés. LES scellés, ceux qui s’étaient mystérieusement envolés. Et tous se posaient la même question « qu s’était-il passé ? »

Angélique et la directrice se rendirent dans la salle d’attente où la famille patientait pour le départ en crémation. D’emblée, la conseillère funéraire se lança « Il y aura du retard, on a un gros problème » avant de se lancer dans l’explication. Elle comme la directrice notèrent que la réaction de la famille était curieuse : au lieu de s’affoler ou de se mettre en colère, ils se lançaient des regards gênés.

« C’est obligatoire, ces scellés ? » demanda l’un.

« Oui, c’est obligatoire » intervint la directrice du crématorium « Sans eux, je ne peux pas faire partir le cercueil en crémation. Si je m’avisai de le faire, le crématorium serait fermé et je risquerai de finir en prison ». C’était un peu exagéré, pour tout dire, mais les deux professionnelles avaient deviné que la famille cachait quelque chose, et elles étaient bien déterminées à découvrir quoi, quitte à les bousculer un peu.

Angélique en rajouta une couche « Il va falloir demander à un policier de revenir, et il est en droit d’exiger l’ouverture du cercueil pour vérifier l’identité du défunt ».

La famille blêmit,avant qu’un homme, le pianiste et meilleur ami du défunt, n’explique « Ben… ce sont ses copains. Vous savez comme c’est, nous, les musicos, on est un peu anars… Et bon, les potes, quand ils ont vu écrit ‘’police’’ sur les cachets de cire, là, ils ont mal supportés qu’il parte avec les condés. Donc… »

« Donc, ils ont enlevés les scellés » finit la directrice.

« Ouaip, et ils les ont mis à la benne » acheva le pianiste.

La police fut rappelée d’urgence par la conseillère funéraire. Par chance, le brigadier était disponible, et, sympathique, n’exigea pas la réouverture du cercueil. Mais, comme il le signala à Angélique et à la directrice du crématorium, c’était un délit, et il serait obligé de faire une main courante.

Tout fut arrangé, et Monsieur Chombier fut finalement crématisé avec une demi-heure de retard. C’était la dernière crémation de la journée pour ce four, le dépassement était possible.

Les proches de Monsieur Chombier quittèrent le crématorium, et essayant de se composer un air contrit. Mais le pianiste sifflotait entre ses dents « Ni Dieu, ni Maître » de Ferré.

Ne jamais faire de soins de thanatopraxie pendant les travaux

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valise thanato

Les funérariums, vous savez ce que c’est : du passage, une utilisation intensive, ajoutez à cela un besoin d’être toujours à la pointe de l’accueil, et ce qui doit arriver arrive : il faut faire des travaux. Et bricoleurs comme vous l’êtes, mieux vaut appeler des ouvriers. Mais l’ouvrier du bâtiment, on l’oublie souvent, cache sous son bleu de travail un petit cœur qui bat…

Thanatopracteur 1, ouvriers 0

« Il n’y a pas le choix, il faut le faire comme ça ! » on voyait que ça ne plaisait pas au patron, mais son ton était péremptoire.

Le thanatopracteur se voulait apaisant « Mais ça ne peut pas attendre ? »

« Non » affirma le patron « La famille est déjà en route, ils vont mettre, maximum, deux heures à arriver ici, Madame Chombier est déjà en case, elle attends, tu as juste le temps de faire les soins, la présentation et tout »

Le thanatopracteur fit un signe en direction de la salle de soins « Et eux ? Ils peuvent pas faire une pause le temps que je fasse les soins ? »

« Non, non, non, ils ne peuvent pas, ils sont déjà à la bourre, et si ils s’en vont ce soir sans avoir fini, ils ne reviendront pas avant trois semaines, et l’autre équipe est censée commencer demain »

Le thanatopracteur finit par se résigner. Il se dirigea vers le laboratoire, ou du moins, la partie délimitée par des rails métalliques censée être le laboratoire.

« Bonjour. Désolé, vraiment, les gars, mais une urgence ».

Les quatre ouvriers occupés à poser le placoplâtre rendirent le bonjour, et indiquèrent que ça ne les dérangeait pas.

Le thanatopracteur se dirigea alors vers les cases réfrigérées, en sortit le corps de Madame Chombier, l’installa sur la table, ouvrit la housse, et commença à installer son matériel. Les ouvriers se concentrèrent sur leur travail, s’efforçant de ne pas regarder le corps dénudé sur la table.

Après la toilette, le soin proprement dit commença. Le thanatopracteur fit la première incision. Au moment ou le bistouri entamait la peu de la jambe, il lui sembla entendre un « GLOUP » distinct. Mais, relevant la tête, il ne vit que les quatre ouvriers qui travaillaient, peut être un peu plus pâles, peut être un peu plus lentement.

Il procéda ensuite à l’incision au niveau du cou. Encore une fois, un « GLOUP » sonore se fit entendre, puis plus rien que le bruit des ouvriers travaillant. Le thanatopracteur observa qu’ils s’efforçaient de faire moins de bruit, et que certains avaient la tête rentrée dans les épaules, comme s’ils voulaient se faire petits.

Lorsque le thanatopracteur prépara le tube de ponction cardiaque, à nouveau, il entendit un « GLOUP » distinct. Cette fois-ci, il était en alerte, et repéra sa source. Un des ouvriers, le plus jeune, jetait de temps en temps un œil curieux sur ce qu’il se passait derrière lui. Il était grand, épaules larges, avec un physique de pilier de rugby surplombé par un visage aimable et des yeux curieux.

Le thanatopracteur prévient « Je serais vous, je ne regarderai pas, là » et entama la ponction cardiaque. Il y était depuis moins d’une minute qu’un Boum ! Sonore retentit. Sa première pensée fut « Je l’avais bien prévenu ».

L’ouvrier costaud gisait de tout son long sur le sol. Il avait vu, il avait tourné de l’oeil. Mais la catastrophe débuta à ce moment précis. Ses trois collègues, déjà sous tension, se retournèrent. Ils virent d’abord leur ami allongé au sol, puis leur regard glissa vers le thanatopracteur, comme attiré par un aimant. Ils le virent avec son masque et ses lunettes, le trocard enfoncé dans la poitrine de la défunte, et c’est fut trop. Un second s’assit par terre, pâle, le troisième couru vers les toilettes mais, à en croire les bruits de vomissements, n’eut pas le temps de les atteindre, et le quatrième s’xcusa rapidement « J’ai besoin de prendre l’air » avant de sortir.

Finalement, l’ouvrier fut réanimé, avec plus de peur que de mal. Le second retrouva ses couleurs, après avoir été faire un tour dehors, le quatrième aida le troisième à réparer ses dégâts. Tous quatre convinrent avec leur patron qu’ils prendraient une longue pause pendant la fin du soin et termineraient plus tard le soir.

Lorsque la famille de Madame Chombier arriva, à l’heure dite, ils s’extasièrent devant la présentation de la défunte. Son fils se tourna vers le thanatopracteur, qui finissait la mise en place quand ils étaient entrés dans le salon. « Elle est parfaite, c’est tout à fait elle. Vous n’avez pas eu de mal ? Il y a des choses auxquelles on doit faire attention ? »

Le thanatopracteur se remémora son après-midi « Non, non, rien de particulier à signaler. »

L’art de mourir avec originalité, les morts idiotes de 2017

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morts idiotes danger

Mourir est un passage délicat de l’existence, qu’il convient de réussir, sans avoir eu, généralement, la possibilité de s’entraîner avant. Les risques sont nombreux si l’on rate sa mort, mais le plus sous-estimé reste vraisemblablement d’entrer dans la postérité d’une manière quelque peu ridicule. Florilège des morts idiotes de l’été 2017.

Assassiné avec une arme improbable

Il y a, bien entendu, des circonstances atténuantes au fait de périr d’une mort idiote. L’assassinat en est une : on n’a généralement pas émis le souhait de se faire trucider par une tierce personne, cette dernière agit de sa propre initiative, pour des motifs, l’immense majorité du temps, crapuleux.

Ainsi, dans le douzième arrondissement de Paris, une nonagénaire a été assassinée par sa petite nièce à coups de vases. Pardon, je viens de relire mes notes, et le « s » est superfétatoire : de vase, un seul vase, dont les coups répétés ont été fatals à la pauvre vieille dame.

Il convient ici d’observer que le vase est un objet bien étrange. Considéré comme l’un des biens les plus précieux de sa propriétaire, il sera placé en équilibre sur un guéridon boiteux, et se brisera en mille morceaux après avoir chuté au moindre frôlement de votre part, faisant faire à votre classement dans la liste des bénéficiaires de l’héritage une chute équivalente à celle du sommet du mont blanc. Si le chihuahua de la maison s’égratigne un coussinet sur un bris de verre, la chute sera équivalente à l’Himalaya.

En revanche, si d’aventure vous voulez transformer ledit vase en arme létale afin d’anticiper la perception dudit héritage, là, il reste bien costaud, et vous pouvez défoncer des crânes comme si vous aviez un marteau de guerre dans Games of Thrones. Il y a là dessous un mystère insondable qui éclipse de suite les grandes préoccupations de l’humanité, comme la chute de la tartine beurrée, par exemple.

A noter que, dans l’affaire qui nous intéresse, la petite nièce en question a été internée en psychiatrie et sera certainement déclarée irresponsable. Ce qui, selon le droit français, lui ouvre les portes de l’héritage. Ce n’est que justice : elle n’a pas cassé le vase.

Dans ma collection, j’ai rangé cette histoire, précieusement, à côté de celle de la femme assassinée à coups de pénis.

Trahi par un vieil ami

Il y a aussi la trahison inattendue, ce coup de poignard dans le dos asséné par celui qu’on attendait pas.

Ainsi, une femme est morte à la terrasse d’un bistro. Oui, même anodin, le lieu ou vous mourez comptera dans la postérité. Pour ses descendants, dans des dizaines d’années, qui se lanceront dans des études de généalogie, elle restera la mamie morte à la terrasse d’un bistro. Un silence se fera alors, et de regards entendus seront échangés.

La dame, par ailleurs certainement fort respectable, s’est aventurée dans la rue, et s’est attablée à la terrasse d’un estaminet. D’un œil, elle a vérifié qu’il n’y avait pas de terroristes de Daesh dans le coin, de l’autre, aucun psychopathe animé de pulsions homicidaires et armé d’un objet létal, couteau, fusil, pistolet, poison, vase. Elle a ensuit scruté les patrouille vigipirates, s’assurant qu’aucun militaire n’avait oublié d’enclencher la sécurité de son arme, un coup est si vite parti, avant de discrètement scruter l’arrière du bar, afin de s’assurer que les conditions d’hygiène étaient impeccablement respectés, puis, enfin détendue, elle a commandé une verveine.

C’est à ce moment là qu’une bourrasque de vent a fait chuter un parasol de plusieurs dizaines de kilos juste sur elle, la tuant sur le coup.

L’absence de commentaires étant déjà un commentaire, je vais donc me taire.

morts-idiotes-300x192 L'art de mourir avec originalité, les morts idiotes de 2017Le running gag

Il y a aussi le running gag de l’été. Oh, celui-ci n’a rien d’original, mais c’est un classique qui marche à tout les coups.

Mais, si, vous savez : « On va faire une photo de vous face à la mer, tenez, on va se mettre là, au bord de la falaise, attends, j’ai le soleil, bougez un peu, attention, recule, encore un peu, recule… Oh, zut, elle est tombée ! »

Je devais vous parler d’une dame à qui c’est arrivé, mais, après relecture de ce qui précède, avec deux victimes de sexe féminin et une psychopathe, je préfère m’abstenir, au risque de passer pour un misogyne. D’autant que c’est arrivé à d’autres personnes, ailleurs. Point commun entre tous ces lieux de décès, la présence de falaises. Malgré toute mes recherches, je n’ai pas trouvé de décès consécutif à une chute sur une plage de sable fin parfaitement plate.

La mort qui n’arrive jamais,
Sauf quand elle arrive

Se distinguant du ton ironique de ce qui précède, l’histoire qui va suivre est triste. Il est important de le stipuler, parce que, sinon, elle semblerait sortir du scénario d’un film gore de série B. Quoique, même dans la série de films « Destination finale », ils n’auraient pas osés.

Alors qu’une jeune femme venait d’accoucher, son bébé dans les bras, un brancardier a voulu la transférer d’un étage à un autre. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, une scène comme il s’en produit tous les jours dans tous les hôpitaux du monde. La femme étant espagnole, le bébé étant espagnol, le brancardier étant espagnol aussi, et même l’hôpital étant espagnol, on devine que la scène se passe en Espagne.

Les portes de l’ascenseur se ferment deux fois, avec eux dedans, sans pour autant partir, l’homme décide d’en changer, parce qu’il est brancardier, pas réparateur d’ascenseurs.

C’est là que l’appareil a changé brusquement d’étage, alors que la tête de la jeune femme se trouvait à l’intérieur. La jeune maman a été littéralement coupée en deux. Les pompiers ont mis deux heures à atteindre la partie de son corps qui se trouvait à l’intérieur de l’ascenseur.

La seule chose drôle, là dedans, c’est la conclusion de l’article du Journal de Saône et Loire « Les médecins n’ont rien pu faire ». Une découverte majeure : le bouche-à-bouche est inefficace lorsque la tête et les poumons ne se trouvent pas dans la même pièce.

Enfin, avec tout ça, les morgues cet été ont fini par ressembler à la salle de pause des employés de métro New-Yorkais.

Isadora Duncan, une mort sur les chapeaux de roues

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Une femme talentueuse, belle, riche, célèbre et élégante, septembre à Nice, sur la promenade des Anglais : Isadora Duncan. Une belle automobile, une promenade luxueuse dans une tenue élégante. Le bonheur, l’insouciance et la certitude d’un avenir heureux. S’il n’y a pas là tous les ingrédients d’une histoire qui se finit mal, selon la loi de Murphy, j’arrête définitivement les tranches de vie !

En voiture, Isadora !

Isadora_Duncan_3-274x300 Isadora Duncan, une mort sur les chapeaux de rouesIl faisait beau, ce 14 septembre, à Nice, et la chaleur de l’été n’était pas encore retombée. Dans la cour d’une maison, une femme admirait une voiture. Ce n’était pas n’importe quelle femme, et ce n’était pas n’importe quelle voiture.

Isadora Duncan, le femme, était danseuse. Plus précisément, une des danseuses les plus célèbres au monde. On considérait qu’elle avait révolutionné la pratique, en intégrant dans son art des figures du classicisme Grec, mettant l’accent sur la beauté et le culte du corps.

Fondatrice de plusieurs écoles de danse, amie de tout ceux que l’art comptait d’important, révolutionnaire, féministe, libre, Isadora Duncan était l’une des grandes femmes de son temps, et la danse contemporaine lui doit, encore aujourd’hui, beaucoup. Isadora Duncan était également amatrice de jolies choses, et riche, ce qui amena la voiture dans sa cour.

Plus précisément, c’est ce qui décida son garagiste, Benoît Falchetto, à se rendre chez elle pour lui montrer cette Amilcar, une petite voiture de sport décapotable. La danseuse était une bonne cliente de Falchetto, à qui elle confiait l’entretien de ses voitures et chez qui elle achetait ses véhicules.

Une belle automobile, toutes options…

Le garagiste savait que la voiture plairait à Mme Duncan, et comptait bien la lui vendre. C’est donc tout naturellement qu’après avoir été ben accueilli, et avoir saisi la lueur dans l’œil de la danseuse à la vue des superbes courbes de l’automobile, qu’il lui proposa de faire un essai.

Isadora Duncan était aussi intrépide qu’enthousiaste, et accepta aussitôt. Alors qu’elle faisait mine de s’installer dans la voiture, le garagiste observa qu’elle était vêtue d’une simple robe légère et d’une grande écharpe blanche. Il lui suggéra donc d’aller s’habiller avec des vêtements qui la protégeraient mieux des courants d’air.

La danseuse refusa gracieusement : le temps était superbe, et elle n’était pas frileuse. Et quel plaisir d’avoir une décapotable, si l’on ne pouvait sentir le vent sur sa peau ?

Le garagiste insista, proposant à Isadora Duncan de lui prêter le blouson en cuir qu’il portait. Après tout, que valait un petit rhume si il lui rapportait une si belle vente ? Mais, encore une fois, Isadora Duncan refusa, et s’installa dans la voiture.

… Y compris les jantes alliage

Amilcar_cgss_sport_06011702-300x225 Isadora Duncan, une mort sur les chapeaux de rouesLe garagiste l’emmena sur la Promenade des Anglais. Il savait que la danseuse était sensible à la beauté du lieu, et qu’il la mettrait dans de bonnes dispositions pour faire un chèque. Sur place, ils croisèrent des amis de la star. Souriante, elle leur lança « Je m’envole vers la gloire ! » et, d’un ample geste, lança derrière elle son long foulard blanc.

Celui-ci voleta un instant derrière elle, avant qu’un souffle de vent, soudain, le rabatte sur le côté de la voiture. En une seconde, l’étoffe se prit dans les rayons de la roue, étranglant violemment la danseuse, écrasant sa gorge, puis, aussi brutalement, l’arrachant à son siège, la projeta violemment sur la chaussée.

Des cris d’effroi résonnèrent sur la Promenade des Anglais, les badauds accoururent, on convoqua un médecin, mais trop tard : Isadora Duncan avait été tuée sur le coup.

Si la roue du destin avait souvent été favorable à Isadora Duncan, la roue de l’automobile lui fut fatale.

Obsèques, le lâcher de colombes termine en bain de sang

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obsèques le lacher de colombes au cimetiere tourne mal

C’est une histoire très drôle… Non, c’est une histoire très triste… Non, c’est une histoire sinistre… Non, bon : c’est une histoire franchement compliquée à raconter qui est arrivée à ces américains lors de l’inhumation au cimetière. Au début, pourtant, il était simplement prévu un geste tout à fait symbolique.

L’histoire se déroule au sud des États-Unis. Dans ce cimetière proche de la Nouvelle-Orléans, toute une congrégation est rassemblée pour dire un dernier au revoir à l’un de ses membres décédé.

L’officiant et son assistante, tous deux vêtus de vêtements immaculés, sont satisfaits : la cérémonie, belle et solennelle comme on l’aime dans ce secteur, est sur le point de s’achever, et elle s’est déroulée sans accroc.

Toute la famille s’assemble autour du cercueil, pour le dernier geste. Le prêtre s’avance alors, entame un vibrant discours qui parle de la foi chrétienne, de la résurrection, et de l’envol de l’âme vers le ciel, il a pour coutume d’illustrer ce passage par un lâcher de colombes.

Son assistante, qui en tient une dans ses mains, songe dans un premier temps à la proposer à un petit-fils du défunt qui se trouve près d’elle. Intimidé, le petit garçon hésite, puis refuse. Qu’à cela ne tienne : l’oiseau est relâché et s’élève aussitôt dans le ciel d’un bleu limpide, frôlant à peine la tente blanche ou l’assistance cassera la croûte. Après tout, les émotions, ça creuse.

Mais le prêtre aime faire les choses en grand. Dans un panier blanc en forme de cœur se trouvent plusieurs autres colombes, que le représentant de Dieu s’empresse de relâcher.

Désorientés par leur séjour dans le panier, et, peut être, par ce basculement soudain, les oiseaux ne font ni une ni deux, et s’envolent avec grâce, quoiqu’un peu en rase-motte, déployant leurs ailes immaculées pour s’élever vers l’azur ou elles se perdront au regard des hommes comme l’âme du défunt s’élèvera vers Dieu, retiré à la présence des siens mais pas à leur souvenir… Sauf qu’au moment ou les colombes survolent la route longeant le cimetière, un gros camion survient et fait un strike fatal. Des morceaux de colombes pulvérisées se dispersent alentours.

Tandis que la cérémonie symbolique prend fin dans ce grand « sprotch » mou et une envolée de plumes ensanglantées, l’ambiance retombe brutalement dans l’assemblée et le prêtre se demande comment il va rattraper le coup.

Et nous, nous sommes partagés entre la franche hilarité pour un sketch que même le regretté Benny Hill n’aurait pas osé, et la franche et triste solidarité pour le Maître de Cérémonie.

La morale de cet histoire : avant de lâcher des colombes, vérifiez l’état du trafic.

Le corbillard, il n’y a pas plus polyvalent, ma poule !

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Polyvalence. C’est le mot d’ordre dans les petites pompes funèbres : polyvalence. On doit savoir faire plein de choses différentes. C’est valable pour le personnel, bien entendu, mais c’est aussi valable pour le matériel, comme le corbillard. Tranche de vie multifonctions.

Le représentant passa une demi-douzaine de fois devant la pompe funèbre, vérifia autant l’adresse sur son GPS et finit, faut d’avoir aperçu le moindre bout de cercueil ou de corbillard, par s’arrêter pour demander sa route à un autochtone, en l’occurrence, une berger qui guidait quelques vaches sur cette route de montagne sinueuse.

Ce dernier regarda le représentant, surpris « Ben, les pompes funèbres de Monsieur Daniel, vous êtes forcément passé devant, c’est à cinq cent mètres d’ici, je ne vois pas comment vous avez pu le louper »

Le représentant fit rapidement un calcul de distances, puis confirma. « Oui, je les ai loupées. Cinq cent mètres, c’est près de la grande ferme qu’il y a là, non ? »

Le berger sourit « Plus proche, tu meurs, c’est dedans. »

Le représentant haussa un sourcil, remercia poliment, et fit demi-tour, dubitatif. Il retrouva facilement la ferme, s’arrêta devant, et décida de se rendre à pieds jusqu’à la partie habitation, au fond d’une grande cour ou donnaient plusieurs hangars.

La vue était magnifique : les champs descendaient en pente douce, jusqu’à une forêt immense, qui remontait au loin les flancs des montagnes. L’air était pur, et le froid piquant revivifiant.

Le commercial sourit en traversant la cour de la ferme : près d’un puits en pierres, un vieux Tub de Citroën était reconverti en poulailler, après avoir, s’il fallait en juger la décoration peinte sur les vitres, vécu une longue carrière de corbillard.

Un homme sortait de l’habitation, et venait à sa rencontre. De solides bottes de caoutchouc, une combinaison d’agriculteur, solide, les épaules larges, il se présenta comme le patron, avec une poignée de main ferme.

« La ferme est à moi, je fais un peu d’élevage » expliqua l’homme, en réponses aux questions du représentant. « Je fais aussi de l’exploitation forestière, un peu, et pompes funèbres. »

« Toutes ces activités en même temps ? »

« Bah ouais, les gens d’ici sont solides, c’est pas en les enterrant que je vais gagner ma croûte. ».

« Mais, l’agence est où ? »

L’agriculteur-forestier-croque-morts haussa les épaules « Les gens m’appellent, j’enfile mon costume, et je vais chez eux. On règle ça autour d’une petite prune, en général ».

L’agriculteur (qui était aussi forestier et croque-morts, donc) fit faire au représentant le tour du propriétaire. « Voilà. Donc, vous vendez des plaques ? » et les deux se mirent à parler affaires.

En prenant congé, le commercial posa une question qu’il avait à l’esprit depuis quelques temps « Mais, au fait, il est où, votre corbillard, je ne l’ai pas vu ? »

Le croque-morts plus-polyvalent-tu-meurs le regarda d’un air curieux « Ben, il vous faut des lunettes. Il est là. »

« Là ou ? » demanda le représentant. « Je ne vois que le poulailler, là. »

« Ben oui. Quand on a besoin, je vire les poules, un coup de propre, et hop ! Un corbillard. Il roule encore très bien, vous savez, je fais un peu de mécanique sur mon temps libre. ». Joignant le geste à la parole, il fit faire le tour du véhicule. « Voyez, le caisson est impeccable, les poules sont au dessus, on vire la paille, il y a une toile en dessous pour protéger, et hop! On met les fleurs. »

Le commercial n’en revenait pas « Mais… Mais… Les poules, là… Il ne reste pas une odeur, dedans, après ? »

Le croque-morts réfléchit une seconde, avant d’asséner « Ben moi, à force, je la sent plus, mais en trente ans, je me rappelle pas d’un de mes passagers qui se soit plaint ».

 

Du tapin au sapin, tontons flingueurs aux pompes funèbres

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La générosité, l’altruisme, les relations de bon voisinage, voilà des valeurs qui fleurent bon le temps d’antan, et qui ont pourtant encore cours de nos jours. Mais pas n’importe où et chez n’importe qui… Tranche de vie de valeurs reprises de justesse.

C’était un vendredi après-midi d’hiver, à quelques heures d’un week end de trois jours bien mérité. Les gens entrèrent dans l’agence, et restèrent, comme cela arrive parfois, à l’entrée, un peu intimidés, jetant des regards autour d’eux. Trois hommes et une femme. Le conseiller funéraire se leva de son bureau et alla les accueillir.

« C’est pour un décès » expliqua un homme, la quarantaine, assez grand, qui semblait avoir un peu plus d’assurance que les autres. « Mais la défunte n’avait pas de famille, on voulais savoir si on pouvait s’en occuper ».

« Vous êtes qui, par rapport à elle ? » s’enquit le conseiller.

« A la fois ses voisins, et ses plus proches amis » répondit l’homme. « Elle n’a plus aucune famille, juste nous ».

Le conseiller réfléchit un instant, puis conclut par « Allons dans le bureau. »

Une fois installés, l’homme reprit son explication « Elle vivait seule, sa sœur est morte il y a plusieurs années, je crois, elle a peut êtres des neveux et nièces, mais sa famille l’avait reniée il y a de cela… Houla, un paquet d’années. Une histoire compliquée. »

« Et donc, vous voulez vous occuper des obsèques ? » demanda le conseiller funéraire.

« Oui, on s’est cotisés. On a réunis quatre mille euros, vous pensez que ça ira ? »

« Oui, largement » dit le conseiller funéraire. « En tout cas, c’est généreux de votre part, entre voisins, c’est tellement rare ».

C’était au tour de l’homme de questionner « Ah bon ? »

« Oui, le plus souvent, chez les voisins, c’est l’indifférence qui prime ».

« Pas dans notre immeuble » expliqua l’homme « Chez nous, c’est un peu… particulier »

« Ah ? » la curiosité du conseiller funéraire était à son comble, mais il n’osait pas poser la question.

L’homme n’épilogua pas. L’entretien se poursuivit jusqu’à ce que vienne sur le tapis la question de l’avis dans la presse « Non, pas la peine, je pense » répondit un autre homme, qui s’était peu exprimé jusque là « Tous les gens qu’elle connaissait, on les connaissait aussi, et puis ses anciens clients ne se donneront certainement pas la peine de se déplacer. »

« Elle était dans le commerce ? » s’enquit, l’air innocent, le conseiller. Tout ce qu’il avait su jusqu’à présent, c’est que la défunte était retraitée, sans plus de précisions.

« Bon » commença l’homme qui avait débuté l’entretien, « autant que vous sachiez, puisque de toute façon, vous aurez besoin des informations pour le recueillement. Simone était une prostituée à la retraite ».

« Ah. D’accord. » se contenta de dire le conseiller funéraire, qui ne s’attendait vraiment pas à ça. « Notez, ça n’a strictement aucune importance. Vous m’indiquerez si j’en parle lors du recueillement ou pas, simplement ».

« Oh, ça, ça dérangera personne. » dit la femme, qui elle aussi était restée silencieuse « Dans l’immeuble, on a tous une histoire. Paulo » dit-elle en désignant le second homme « est le propriétaire de l’immeuble, et il loue à des repris de justice ».

« D’accord. Et bien… C’est très bien, j’imagine que louer un appartement, ce n’est pas très facile, dans cette situation » tremblota le conseiller funéraire, qui pesait chacun de ses mots, jusqu’aux virgules.

« Bah, ça, on peut le dire » soupira le dénommé Paulo. « J’ai hérité l’immeuble de mon infortunée maman. Je vois que vous vous demandez qui a fait quoi ? Moi, c’est Paulo, perceur de coffre, quinze ans à l’ombre ; Elle » désignant la femme, une aimable mamie qui devait avoir dans les 70 ans « C’est Judith, elle tenait une agence d’intérim du sexe, si vous voyez ce que je veux dire. Dédé ici présent » désignant le troisième homme, un petit vieux en veste et chemise, qui s’était contenté de faire quelques plaisanteries, l’œil rieur et le sourire aux lèvres « a pris en tout trente cinq ans de peines cumulées »

« Trente huit » interrompit le dénommé Dédé.

« Pardon, trente huit, en tout, pour emprunt à sens unique à l’aide d’une arme à feu dans quelques établissements bancaires. Un braqueur, quoi. Quand à Jérôme ici présent » désignant l’homme plus jeune qui avait mené une grande partie de la préparation « Il n’a rien fait, à part de l’art. Comme c’est dur de trouver un logement quand on est artiste, il a fini chez nous. Il y a d’autres gusses qui sortent de tôle et qui auraient besoin d’un logement, peut être, mais… Bon, disons qu’on n’a pas la même mentalité, avec ceux de la nouvelle génération. »

la suite de l’entretien se passa sans encombres. Le conseiller funéraire se fit la réflexion qu’il y avait plus d’humanité chez ces anciens criminels que chez bien des familles au casier vierge qu’il recevait. Il se dit aussi que, lors des apéros que ces voisins organisaient régulièrement, les souvenirs des vétérans devaient être particulièrement gratinés.

Enfin, tout fut réglé, et ils prirent congé. « Donc elle arrivera ce soir ? » demanda Dédé, l’ancien braqueur.

« Oui, le transfert de son corps depuis l’hôpital est en cours, les soins seront faits immédiatement, elle sera en salon vers 19 H ».

« Je ne sort plus à la tombée de la nuit » soupira Dédé « Les rues ne sont pas sûres. Dites, ça vous ennuie si je dépose des fleurs pour elle ici maintenant ? »

« Bien sûr que non. Je serais encore là, j’irai les lui déposer au salon en partant. Il y a un fleuriste juste là, si vous voulez ».

« Ouaip. Je vais passer retirer du liquide à la banque, avant. » il tapota ses poches… « Mince, on dirait que j’ai oublié ma carte bleue… Il n’y aurait pas une armurerie, dans le coin, à tout hasard ? » et, dans un grand éclat de rire, l’ancien braquo sortit son portefeuille et partit acheter des fleurs.

De la première maison à la dernière demeure

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La mort est une catin sournoise qui fait d’une tâche rebutante une affaire personnelle avec un plaisir inégalé, disait un célèbre écrivain, enfin, pas encore célèbre, mais j’y travaille. La preuve avec cette tranche de vie, ou cette vie tranchée, c’est selon.

Très jeune, l’homme avait été trimbalé à droite, à gauche, au grès des affectations de son père, militaire de carrière. A peine le temps de se faire des amis à l’école qu’il fallait déménager. Mais ce n’était pas le plus insupportable : alors que ses grands-parents, chez qui il allait régulièrement en vacances, vivaient dans une maison confortable en Bretagne, avec une vue magnifique, lui devait supporter le béton urbain et les appartements sinistres que ses parents louaient pour des baux limités.

Il s’était juré deux choses : avoir un travail sédentaire et habiter dans une belle maison.

Très vite, il trouva presque l’un et l’autre. Bien entendu, il choisit un métier dans le bâtiment, et devint menuisier, puis passa un diplôme d’électricien, et profita de ses années d’apprentissage pour apprendre la maçonnerie, la peinture, le gros œuvre…

Et un beau jour, au détour d’un virage, il trouva la maison de ses rêves. Pour vous et moi, ç’aurait été une ruine, mais d’un seul coup d’œil d’expert, il en avait mesuré tout le potentiel. C’était son Graal.

Il l’acheta. Même si elle valait une bouché de pain, les terrains alentours, qui allaient avec, coûtaient une fortune, et il s’endetta. Il commença alors à travailler. Il travailla avec acharnement, demandant toujours plus d’heures supplémentaires. Il travailla au noir tous les week-end. Il travailla pour gagner le plus d’argent possible, et tout passait dans sa maison, ou seuls les meilleurs matériaux étaient admis.

Le soir, après ses journées harassantes, il travaillait sur sa maison. Creuser des fondations pour l’extension, couler du béton, monter une à une les pierres tombées, refaire la toiture, poser un bardage extérieur, créer des cloisons, poser tuyauterie et électricité. Il arrivait sur son chantier personnel le soir vers huit heures et en repartait rarement après minuit.

Sur toutes ses journées libres, durant toutes ses vacances, il travaillait. A deux reprises, il se blessa. Les quelques jours d’immobilités qui suivirent ne furent guère propices au repos : il se tournait, se retournait, se lamentait sur le retard pris, dessinait des plans…

Il travailla pendant vingt ans, sans jamais s’arrêter, se décourager, se lasser.

Puis, un jour, il eut fini.

C’était une splendide maison. Chaleureuse et cossue, elle s’ouvrait sur une immense extension, entièrement vitrée, parfaite l’été. L’hiver, on se repliait sur l’intérieur, qui gardait le charme des manoirs sans rien sacrifier au confort moderne. Les dépendances n’avaient pas été oubliées, une petite grange qui servirait de garage, dans laquelle il avait construit une fosse pour les vidanges, une autre plus grande qui lui servirait de dépôt, ou il avait installé un bureau. Il se lancerait désormais à son compte. Six chambres, quatre salles de bains, deux dressings, étaient prêts à accueillir famille et amis, et surtout sa femme, lorsqu’il l’aurait rencontrée, et les enfants qu’ils concevraient ensemble.

C’était sa maison. Il l’avait entièrement finie, payée, meublée avec des pièces d’ébénisterie entièrement construites de ses mains, décorée avec goût et soin.

Il allait enfin pouvoir jouir de la vie, et bâtir une famille à laquelle il pourrait offrir un foyer chaleureux et fixe. Il posa le dernier cadre, une photo de ses parents devant la maison de ses grands parents, poussa un soupir d’aise, se servit un whisky, et s’assit dans le fauteuil club que son père lui avait offert pour son quarantième anniversaire.

C’est là que nous vînmes le chercher.

Assis dans son fauteuil, son verre de whisky vide sur les genoux, un infarctus massif ne lui avait laissé aucune chance. Comme nous confia plus tard sa mère, il avait profité de la maison qu’il avait mis vingt ans à bâtir pendant environ une demi heure. Mais, dit elle en guise d’épitaphe, « Ca a sûrement été la demi heure la plus heureuse de sa vie ».

Une défunte à un doigt de l’amputation

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Les maisons de retraite sont des lieux de repose et de sérénité, mais aussi des entreprises, soumises à des coupes budgétaires. A toutes sortes de coupes, en fait…

L’appel était tombé : un décès dans une maison de retraite. Rien de surprenant en soi, sinon que cette maison de retraite faisait partie de la très illégale « chasse gardée » d’un gros concurrent local. C’était donc la première fois que la pompe funèbre que la famille avait demandé mettait les pieds dans l’établissement en quinze ans.

L’intervention en elle-même ne posait pas de difficulté particulière. Située au fond d’un couloir, la porte de la chambre n’était pas loin d’une sortie de service, et l’équipe de croque-morts avait pu gagner la chambre avec son matériel sans croiser un seul résident.

La famille était à la fois triste, simple et déterminée. Leur peine était réelle mais sans ostentation, on voyait les yeux rougis et brillants des personnes discrètes qui ne souhaitent pas pleurer devant des inconnus, et ils savaient très précisément ce qu’ils voulaient. C’est sans doute cette détermination, et le fait, les croque-morts l’apprendraient plus tard, que le petit-fils de la défunte était un jeune avocat du barreau, qui avaient empêché la maison de retraite d’imposer leur pompe funèbre habituelle.

La famille attendait quelques membres, et demanda à l’assistant funéraire s’il était possible de préparer la défunte pour un petit moment de recueillement sur place, avant le transfert, le corps n’étant ensuite plus visible que le lendemain. Bien entendu, c’était possible, et, après avoir fait sortir la famille, les croque-morts se préparèrent à faire un brin de toilette à la défunte. Alors qu’ils commençaient, l’aide-soignante qui les chaperonnait dans la chambre jeta un coup d’œil à son Pager.

« Si ça ne vous ennuie pas, je vous laisse… » et, joignant le geste à la parole, elle sortit, sous les yeux médusés de l’équipe. Ils venaient de finir de fermer la bouche de la défunte, lorsqu’on toqua discrètement à la porte.

La famille souhaitait récupérer la bague que la vieille dame portait au doigt, et qu’elle avait souhaité donner à l’aînée de ses petites filles. Ils avaient déjà essayé, sans succès, de la retirer, et espéraient que les croque-morts y arriveraient. Après avoir acquiescé, l’assistant funéraire referma la porte, qui se rouvrit aussitôt sur l’aide soignante, de retour, essoufflée.

« Excusez-moi… On m’appelait pour une chute à l’étage en dessous ».

« Ah » répondit le porteur, pour faire la conversation « à cette heure-ci, les équipes sont réduites. »

« En fait », répondit l’aide-soignante, soudain volubile, « c’est à toutes les heures que les équipes sont réduites ». Et elle se lança dans un descriptif complet de toutes les coupes, coupes budgétaires pour le matériel, coupes dans les effectifs, et même coupe dans les primes, pratiquées par le nouveau directeur, qui avait été nommé par l’actionnaire majoritaire pour réduire les dépenses et augmenter les bénéfices.

Pendant ce temps, les croque-morts s’escrimaient, en vain, à retirer la bague.

Sur ces entrefaites, le directeur entra dans la chambre, sans frapper. L’homme avait la tête et le regard assassin de celui pour qui une pompe funèbre qui venait dans sa maison de retraite sans son aval, et surtout sans lui glisser une petite enveloppe, était une monstruosité.

« Je vais prendre la relève, merci » dit il à l’aide soignante, puis, d’un coup de menton, il la congédia.

« Vous en avez pour longtemps, messieurs ? J’ai encore beaucoup à faire. Avec vos collègues, ça va plus vite ». Il faisait référence à la société habituelle avers laquelle il orientait les familles, et qui, de notoriété publique, le « dédommageait ».

« Il faut qu’on retire la bague… » commença l’assistant funéraire.

« Et bien, faites comme d’habitude, ne perdez pas de temps. »

« C’est à dire ? »

« Coupez-lui le doigt ! » répondit le directeur.

Il dut se rendre compte qu’il avait dépassé les bornes au regard que lui lancèrent le porteur et l’assistant funéraire. « Je vais faire comme si je n’avais pas entendu, pour le bien de tous. » dit juste ce dernier.

Puis il se dirigea vers la salle de bains, s’empara d’un flacon de crème hydratante, et, à force d’efforts, fit glisser la bague du doigt de la défunte. Il fit ensuite entrer la famille, pour le dernier instant de recueillement, et remis la bague à la fille avant de les faire sortir à nouveau, pour charger le corps sur le brancard.

« Vous avez réussi à lui enlever ? C’est très gentil de votre part ».

« oh, ce n’est rien, un peu d’habitude et de crème Nivéa, quand on sait s’en servir, ça va tout seul. Monsieur ici présent » désignant le directeur de la maison de retraite « Avait une autre idée, mais on ne procède pas de cette façon chez nous ».

« Ah ? Quelle idée ? »

Tout le monde se tourna vers le directeur, soudain écarlate, sans qu’on eut pu dire si c’était de honte ou de rage. « Le savon… » finit il par marmonner.

« Ah ? » fit juste la fille, intriguée. Elle parut se résoudre à ne pas avoir le fin mot, prit poliment congé et sortit.

Une fois seuls, les croque-morts préparèrent la défunte sur le brancard, et, au moment de sortir de la chambre, se tournèrent vers le directeur « Je sais comment vous êtes devenu un spécialiste de la coupe sous toutes ses formes » dit l’assistant, sur le ton de la conversation « vous vous êtes entraîné sur vous. »

« Ce n’est pas moi qui me coupe les cheveux ! »

« Je ne parlais pas de vos cheveux. »

« Mais de quoi, alors ? »

« Oh » dit l’assistant, en guise de dernier mot, « je vous laisse deviner. Un indice : j’espère que vous aviez fait des enfants avant, si vous en vouliez, parce que sinon, c’est foutu. ». Ils sortirent de la maison de retraite et, comme ils l’avaient deviné, n’y revinrent jamais plus.

Jawad, entrepreneur de pompes funèbres

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C’est un scandale sans précédent qui secoue le milieu des pompes funèbres : un funérarium clandestin vient d’être découvert dans l’appartement d’un particulier. Funéraire Info détaille cette histoire sordide.
Funérarium clandestin

C’est en effet une affaire sans précédent qui secoue le petit milieu du funéraire : un funérarium clandestin, aménagé dans l’appartement d’un particuliers, a été découvert pas les limiers de la BRF (Brigade de Répression du Funéraire) après que des anomalies aient été constatées dans le registre de sortie de la morgue d’un hôpital. Au lieu du nom et du numéro d’habilitation de la société de pompes funèbres et de l’adresse du funérarium, figuraient simplement les lettres « C.J ».

Les présumés sinistres individus dirigeaient l’entreprise seulement pourvus d’un diplôme de porteurs au lieu du niveau 6 exigé. « Il semble que les présumés fieffés coquins aient, de surcroît, acheté leur diplôme de porteur, dans une école située dans l’arrière-cour d’un casino clandestin » précise un premier communiqué du procureur. L’institut arborait un fier panneau affichant leur slogan « la référence de la formation funéraire de père en fils depuis le 21 novembre 2015 (après-midi) ».

Proposant un hébergement à un tarif largement en dessous du prix du marché, puisque, payées en liquide, les prestations n’incluaient pas la TVA, ses auteurs ont surtout surfé sur la nouvelle loi rendant difficile, voire impossible dans des conditions financières correctes, le repos du défunt à son domicile. Selon des sources près de l’enquête, un des responsables a déclaré aux juges « On avait tout peint en marron façon Damidot, et mis des meubles Ikéa partout, les gens se sentaient comme chez eux. »

L’assaut a été donné tôt ce matin conjointement par le RAID, la BRI, le GIGN et le GAG, après que les enquêteurs se soient fait une idée de la dangerosité des individus « Ils avaient poussé jusqu’à ne pas déposer de devis en mairie, c’est dire à quel point ces gars étaient déterminés et prêts à tout » témoigne un policier sous couvert d’anonymat.

Tout le monde est bienvenu

La société de pompes funèbres à l’origine du projet a refusé de répondre à nos questions. Fort heureusement, nous avons pu mettre la main sur le principal intéressé.

Alors, Jawad, vous ouvrez un funérarium clandestin chez vous ? « J’ai appris que c’était chez moi et que les individus sont conservés chez moi et… voilà. J’étais pas au courant que c’était des morts moi ! » Mais les défunts, ils sont chez vous ou pas ? « J’habite rue du cimetière, je voulais du calme » mais comment expliquez vous que votre appartement ait été transformé en maison funéraire ? « Ben on m’a demandé de rendre service, j’ai rendu services, monsieur. On m’a dit de prêter mon appartement et j’ai prêté mon appartement. On m’a dit que des personnes souhaitaient se mettre au frais pendant trois jours et j’ai rendu service. Je ne sais pas d’où ils viennent, s’il y a eu des soins de conservation, tout ça, on n’est au courant de rien, monsieur.  »

Mais vous saviez qu’ils venaient de la morgue de l’hôpital ? « Non, je ne savais rien, on m’a dit ça ce matin, à la mise en bière, au café. Je l’ai appris comme vous. » mais quand même, vous les connaissez, les défunts ? « Non, je les connais pas du tout, ni d’avant, ni d’après, forcément »

Des individus toujours en fuite

A l’heure ou nous mettons sous disque dur (puis qu’étant un média entièrement web, nous ne saurions pas trop quoi faire d’une presse) des individus sont toujours recherchés. Leur portrait robot est diffusé dans le monde entier : deux hommes, pas tibulaires, mais presque, au teint blafard et aux yeux cernés, circulant dans un corbillard noir dont le contrôle technique n’a pas été fait.

Ils retiendraient un otage, dans un cercueil, à l’arrière du véhicule. Un porte-parole d’un syndicat de police nous explique « On se retrouve dans le pire scénario, une situation qu’on n’avait jamais envisagée : si ils s’en servent comme bouclier, on est censés ne pas mettre en danger la vie de l’otage, d’habitude. Mais là, on fait quoi ? »

Note : l’avocat de Funéraire Info tient à ce que nous précisions que l’article est une pure œuvre parodique parce que c’est vendredi et qu’ on a envie de rigoler un peu. Il nous demande aussi de préciser que Jawad est un prénom relativement courant et ne cible pas un Jawad en particulier. Enfin, il ajoute « Faudra quand même essayer de vous calmer un peu, un des ces jours, les gars ».