thanatopracteur enceinte: la profession est vulnérable

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thanatopracteur enceinte

Je suis thanatopracteur, je suis une femme et depuis un an et demi je suis aussi un mère. En France, la durée légale du congé maternité est de 16 semaines. Vivre ma grossesse à la morgue a été le moment le plus discriminant de toute ma vie. Si la loi sur le VIH était entrée en vigueur à ce moment là, en tant que thanatopracteur enceinte, je n’exercerais plus aujourd’hui.

Le jour où j’ai annoncé à mon patron que j’étais enceinte, je savais que dans tous les cas, j’allais être perdante – de manière professionnelle -. Il n’est pas simple d’être enceinte dans le milieu du travail aujourd’hui, malgré toutes les avancées qu’il y a pu avoir sur le sujet et ça l’est encore moins lorsqu’on est une femme thanatopracteur enceinte. L’on pose même la question « voulez vous des enfants ? » lors des entretiens d’embauche. La plupart des femmes ne reprennent qu’à 80 % suite à leur congé maternité. Mais moi, j’ai essayé naïvement de faire fi de tout ça.

J’avais donc le droit d’arrêter de travailler au huitième mois de grossesse sauf que dès le 4ème mois, quand ça a commencé à se voir, tout à changé. D’un côté j’avais ceux qui ne m’aidaient pas du tout, ils me regardaient avec un petit dédain du style « tu l’as voulu maintenant tu te débrouilles « . Retourner un corps de 130 kilos seule, une table qui coince, enfin peu importe tout à coup tout devenait compliqué.

De l’autre j’avais ceux qui ne comprenaient pas pourquoi je n’arrêtais pas plus tôt, formol, risques de blessures, lourdes charges à porter, la liste était longue, et ils avaient raison. Mais dans ma fierté aveuglante et par peur de ne pas retrouver mon emploi après mon congé maternité, j’ai continué. J’ai eu de la chance, c’est vrai, mais à quel prix ?

Aujourd’hui avec la loi sur la levée des soins sur les défunts porteurs du VIH, si cette loi avait été mise en place à l’époque, je n’aurais pas continué. Un collègue a contracté l’hépatite C, tout le monde parle du VIH mais c’est l’hépatite C qui est le plus facilement transmissible aujourd’hui. On parle de discrimination envers les défunts, mais personne ne parle de notre santé et de notre vie. J’aurais pu mettre mon bébé en danger, et je peux toujours le faire, une simple blessure, une journée où je suis un peu fatiguée, un trocart retiré trop vite, un gant défectueux et c’est toute angoisse qui s’ouvre à nous.

Le rapport entre ma grossesse et la levée des soins ? Aucun sauf que c’est en étant thanatopracteur enceinte que j’ai pu remarquer à quel point, nous les thanatopracteurs nous pouvions être vulnérables et qu’aujourd’hui on nous mettait en danger en nous faisant en plus passer pour des personnes discriminantes. Mais lorsqu’on décide en haut lieux d’exposer toute une profession à ce genre de risque, qui discrimine qui ?


Il y a un vingtaine d’années  il n’y avait que 2% des femmes dans les effectifs des thanatopracteurs, il y a une dizaine d’année nous sommes passés à 31%.

À lire aussi : Le rapport de l’IGAS

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