Thanatopracteurs, coup de mou ou grand ras-le-bol ?

2
570
le cri munch thanatopracteurs raz-le-bol

Hasard ou coïncidence, alors qu’il y a peu, Funéraire Info publiait le témoignage d’un ancien confrère qui avait renoncé au métier des pompes funèbres, de nombreux témoignages de thanatopracteurs me sont parvenus, partageant le même sentiment de ras-le-bol. Spleen saisonnier ou symptôme d’un malaise plus profond ? Votre avis nous intéresse.

Note : pour diverses raisons, essentiellement professionnelles, les auteurs de ces témoignages ont souhaité garder l’anonymat.

Spleen et idéal

Il y a quelque chose de mystique dans la thanatopraxie, ou, du moins, le sentiment d’accomplir une mission. Mission fatigante, usante, exigeante. « Je suis Thanato, depuis longtemps, très (trop?) longtemps et je traverse une crise de foi. Il fait chaud, très très chaud, je suis épuisé et sur les nerfs, mais pas plus que tout le monde. Non, toute cette colère et ce découragement n’ont aucun rapport avec la canicule. Pour la première fois depuis que je pratique ce beau métier, que j’aime toujours et c’est bien le pire dans tout ça, j’ai vraiment envie de raccrocher les gants. Je comprends ce que ressent un prêtre ou une religieuse qui a perdu la foi. »

Et certaines interrogations se rejoignent, en une sorte de vertige existentialiste « Se dire qu’on a passé toutes ces années à croire en des chimères et voir tout à coup tout ce qui fait notre vie, tout ce qui nous a fait nous, partir en fumée. J’ai l’impression de me réveiller d’un long sommeil et voilà, ma vie est passée. Je n’ai rien vu, rien fait, j’ai tout sacrifié à ce boulot et maintenant… Et maintenant, quoi ? »

Il y a, dans beaucoup de messages, un sentiment commun, celui des illusions perdues « Quand j’ai débuté dans la profession, j’avais la certitude, pas l’espoir, la certitude, de voir la thanatopraxie acquérir ses lettres de noblesse. »

Autre point récurrent, le sentiment de faire un travail mal récompensé. Trop de thanatopracteurs, trop de concurrence ont, en effet, rogné les revenus de beaucoup. C’est, si vous avez de la chance, un métier à peine bien payé… Pour un tout petit nombre. « Je croyais vraiment qu’un jour, la reconnaissance viendrait. J’ai compris, enfin… Comme un déclic, une illumination, ou plutôt une extinction. Celle de cette petite flamme qui m’animait. J’essayais de faire abstraction de toutes ces choses révoltantes, comme le fait de ne pas percevoir le fruit de mon travail, mais seulement les miettes qu’on accepte de me jeter. Des miettes de plus en plus petites, qu’on me jette de plus en plus loin… »

Tempus Fugit

Autres chose, la répétitivité, qui impose, au fur et à mesure des années, sa présence envahissante « Les soins s’enchaînent, je porte, défais, range et porte encore mes valises, je répète toujours les mêmes gestes, machinalement, ce sont ces corps qui sont morts, mais c’est bien moi qui suis un fantôme. Je ne ressens plus rien j’ai oublié ce que je faisais là. Et puis au milieu du vide, le passé resurgit. On m’envoie travailler là où tout a commencé. J’étais jeune, c’est étrange de me dire que j’ai été jeune. Ce chariot rafistolé, je l’ai connu neuf. Mon Dieu, je suis encore bien plus vieille que lui… »

Même la reconnaissance des familles n’y suffit plus « Je m’arrête au bureau pour mendier un café avant de repartir sur le soin suivant et j’y croise le père d’un accidenté à qui j’ai peiné des heures à rendre un visage humain. J’échange quelques mots avec lui, je lui donne les recommandations d’usage et aussi mon numéro de téléphone. Ce sera plus simple. Je lui dis que je vais repasser voir son fils, je sais qu’il y aura nécessairement des retouches. On me remercie, c’est bien, j’ai fait du beau, du bon travail… Et toujours rien, toujours cette envie de pleurer. C’est trop tard, à force de tirer sur la fameuse corde… Et bien voilà, elle a fini par casser. »

Ce dernier constat, fataliste : ce ne sont pas les désillusions d’un petit nombre de thanatopracteurs, mais un spleen qui devient majoritaire dans le métier. Pourtant, de nombreux jeunes continuent de s’y jeter à corps perdu, persuadés que ce thanatopracteur dégoûté de son métier, ce ne sera pas eux. « Peu importe qui je suis, je suis vous et vous êtes moi, un jour j’ai été vous, un jour vous serez moi et vous aussi vous tiendrez votre tête entre vos mains et vous sangloterez, assis tout seul sur les marche de votre escalier et vous demanderez : et maintenant ?. »

2 COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.