Thanatopracteurs et maladies infectieuses : j’ai fait un rêve

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Les soins sur les porteurs de maladies infectieuses sont autorisés et la polémique a repris… D’un côté des thanatopracteurs inquiets qui trouvent cette mesure injuste, parce que même s’ils travaillent dans le milieu de la mort, ils tiennent (allez comprendre pourquoi) à leur vie (même s’ils sont bien les seuls) et de l’autre… Tout le monde, ah oui, zut. Dommage. Point de vue de thanatopracteurs.

Le présent article est la synthèse d’opinions d’un collectif de professionnels, thanatopracteurs et maladies infectieuses : un sujet qui ne passe décidément pas !

L’argument qui tue

« Toujours les mêmes arguments imparables : « vous en faites de toute façon, sans le savoir. » Gnagnagna. Oui, nous en faisons sans le savoir, tout comme peut-être, il vous est déjà arrivé après une folle soirée en boîte, de rentrer chez vous avec un ou une inconnu(e) et de ne pas utiliser de préservatif… Est-ce que pour autant, il est inutile de continuer à faire de la prévention ? »

« Bien-sûr, certains d’entre vous ne s’adonnent pas à la débauche (au hasard… Vous?), alors je vais utiliser une image plus gentillette : Est-ce que sous prétexte que certains piétons traversent n’importe où, il faut supprimer les passages cloutés ? »

Des défunts entre les gouttes

« Oui, il y a des corps qui passent entre les gouttes, on ne sait pas tout. Et alors ? C’est une raison suffisante pour nous exposer davantage ? Oui, parce qu’il est inadmissible de discriminer les porteurs de ces virus. D’ailleurs, non, de CE virus, parce que les hépatites, clairement, personne n’en parle. Il est inadmissible de discriminer les porteurs du VIH. Tous homosexuels bien-sûr ! Non ? Ah bon, pardon, j’avais cru comprendre… Parce qu’apparemment avoir peur du VIH revient à être homophobe. »

« Mais c’est vrai, après tout, c’est super homophobe de refuser de faire les soins sur les séropositifs, il est urgent de réparer cette injustice ! Les soins pour tous ! Ah mais attendez, non, il reste encore les maladies contagieuses… Et alors, qu’est-ce qu’on fait ? Et les victimes d’Ebola, pourquoi n’auraient-elles pas droit à des soins de conservation elles aussi ? Un virus africain, comme par hasard… Mais c’est une loi raciste ! Il faut les autoriser de toute urgence. »

Des endroits spécifiques

« Et puis après tout, nous travaillons dans des « lieux spécifiquement dédiés ». Euh… On continue à faire des soins à domicile finalement, mais bon, pas de panique, nous allons bâcher toute la pièce avant de commencer (si si). Allez, les Thanatos, arrêtez de pleurnicher. Mettez des gants, vous serez protégés (et fermez-là). »

« Non mais c’est vrai, on n’entend que nous ! Jamais contents, toujours à se plaindre… Et on aimerait des conditions de travail décentes, blablabla, et on aimerait toucher nous-mêmes l’argent de notre travail, blablabla… Et quoi encore ? Ah oui, le rattachement de la thanatopraxie aux services de santé. La bonne blague ! »

« Non, mais de toute façon, c’est mort. C’est un peu comme si… Au hasard tiens : comme si les prostituées demandaient à être rattachées aux services de santé. Les proxénètes risqueraient de faire la gueule. Et ça marche bien comme ça, alors pourquoi changer ? »

Une idée à creuser ?

« Non mais alors moi j’ai eu une idée. Elle m’est arrivée comme une illumination hier matin. Je faisais un soin dans un « lieu spécifiquement dédié », lequel n’était équipé d’aucune ventilation mais dont les murs et le plafond étaient tapissés de toiles et d’araignées de tailles et de formes diverses et variées (les labos des funés, dès lors qu’on s’intéresse un peu aux insectes, c’est passionnant) et dont le sol était jonché de crottes de souris. J’ai pensé tout à coup « Et si nous demandions à être rattachés aux animaux ? » Mais oui, à force d’être traités comme des chiens, nous y avons bien gagné notre place, après tout ! »

« Le gros avantage pour nous serait de pouvoir en appeler aux nombreuses associations de défense des animaux pour obtenir des conditions de travail un peu plus dignes. Surfons sur la vague vegan pour tenter de faire évoluer notre belle et noble profession ! »

A étudier…

1 commentaire

  1. Bonjour,
    Thanatopracteur depuis 1991, j’ai milité pour deux choses au début de ma carrière :
    — Des soins de conservations et de restaurations pris en chargent par l’état lors de dons d’organes. Ce serait la moindre des choses pour cet acte fait part, d’un côté le défunt, mais la famille qui accepte. Nous étions plusieurs, dont les regrettés Jean-Pierre COMTET et Paul CLERC à avoir envoyé des courriers, restés sans réponse…
    — La levée de l’interdiction des soins de conservations sur les personnes atteintes du virus HIV. Simplement parce que c’est une hérésie de ne pas autoriser ces soins. Je reste intimement convaincu qu’il y a plus de danger à pratiquer des soins sur des personnes ayant des escarres avec leur lot de jolie bactéries…
    Mais ça, c’est mon point de vue, et je n’oblige personne à le partager.
    AIDS, ACTUP, AELCS et biens d’autres associations militent depuis… des lustres pour la levée de l’interdiction.
    Au lieu de discuter, d’ouvrir le débat il y a… des lustres, les thanatopracteurs n’ont rien fait, ils n’y croyaient pas (je n’ose pas croire qu’ils n’étaient pas au courant, ce sont des gens sensés et cultivés, la preuve, j’en suis un… encore un peu…). Pourtant si le travail avait été fait en aval avec des suggestions tel que les soins doivent avoir lieu que dans tel lieu « sécurisé », que le praticien ait accès à la cause du décès, et ce pour tous les décès (Nous sommes tout de même assez censés pour savoir ce qu’est le secret médical. Vous vous rendez compte, le « bleu » dématérialisé va bientôt être valide partout en France, un simple serveur avec un code d’accès et le tour était joué…) Mais non, rien n’a été fait par les différents syndicats/associations/collèges/sociétés secrètes et autres regroupements de thanatopracteurs.
    Et là, on crie au scandale, on vitupère, on hurle au droit de retrait et du coup surgissent les mots : lâches, homophobes, vautours, voleurs… Des mots inutiles, COUILLON suffirait grandement. Le « mal » aurait été pris au départ, à la source. Si ON avait travaillé en bonne intelligence avec ces associations, si l’on avait fait de véritables tests de soin sur défunt séropositif afin d’étudier vraiment les risques et les moyens de les neutraliser, une sorte de prophylaxie thanatopraxique…
    Mais non, une fois de plus nous n’avons rien fait. Parfois une poignée de courageux se lèvent pour entreprendre de faire évoluer cette profession, mais tel un soufflet au fromage, cela retombe avant de gratiner sur le dessus (c’est dommage car c’est là que le soufflet au fromage est le meilleur).
    La thanatopraxie est un métier jeune, très jeune, surtout en France. Mais il est enlisé dans un immobilisme depuis… presque sa naissance. Il suffit de voir les lever de bouclier dès qu’un nouveau produit de conservation tente d’immerger de la cuve à formol. Et pourtant les nouveaux thanatopracteurs diplômés sont de plus en plus jeune, ils devraient faire bouger les choses non ?

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