Thanatopraxie, laver son linge sale en famille ?

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Les sièges de la rédaction de Funéraire Info sont glissants, dirait-on. En tout cas, nous sommes tous tombés de nos chaises à la lecture de certains commentaires sur l’affaire du thanatopracteur de Perpignan. Sur deux articles, plus précisément.

Deux temps

La séquence a eu lieu en deux temps : la première phase a été la publication des articles de presse générale relatant la condamnation du thanatopracteur. Ce dernier, pour mémoire, avait déversé des DASRI, plus concrètement, du sang issu de soins de conservation, dans la nature. Jusque-là, rien n’avait été signalé : les condamnations avaient été unanimes.

Dans un second temps, nous avons publié une interview à ce sujet du président du SPTIS, Cédric Ivanes, relatant les circonstances dans lesquelles le syndicat s’était trouvé dans la situation de partie civile, commentant le verdict, et répétant que le prévenu était une exception, pas la règle, dans la thanatopraxie.

C’est à partir de ce moment-là que nous avons commencé à ne plus comprendre. Aussitôt, sur divers fils Facebook, nous avons assisté à une avalanche de commentaires prenant la défense du thanatopracteur condamné, attaquant les experts qui ont témoigné lors du procès, le SPTIS, à peu près tous les intervenants…

Ce qui nous interroge, c’est surtout l’aspect règlement de compte public de la chose.

En mode thanatopraxie publique

Accusation, enquête, procès, condamnation, tout cela a été fait en mode public, sous le regard des professionnels du funéraire, thanatopracteurs et autres, mais aussi sous le regard du public, grand oublié. Certes, on a oublié que le public aussi, et surtout, lisait ces articles, mais également que la famille lambda n’a quasiment aucune connaissance en thanatopraxie…

Amis thanatopracteurs, asseyez vous, parce que la phrase qui va suivre va être très dure à lire. Vous êtes prêts ? Bon, on y va. Je vous aurai prévenus.

Non seulement, la famille lambda, celle qui rentre chaque jour dans les bureaux des conseillers funéraires, n’a pas de connaissance en thanatopraxie, mais elle s’en moque. Oui, c’est ainsi : monsieur et madame tout le monde ne sait pas comment est fait un soin de conservation, et ne tient surtout pas à le savoir. La famille, elle veut être sûre de deux choses : qu’elle pourra se recueillir auprès de son défunt dans les meilleures circonstances possibles, et que son défunt aura été confié à un professionnel respectueux.

Fermer la porte et le ban

Aussi, Monsieur et Madame Non-Thanatopracteur, lorsqu’il lit ci et là que la « condamnation est injuste », que les « thanatopracteurs sont des hypocrites, ceux qui le condamnent aujourd’hui l’ont fait hier » que « les experts sont des nuls », j’en passe, quelles conclusions en tirent ils ? Si vous croyez qu’ils se persuadent qu’un innocent a été injustement condamné, vous vous exposez à une cruelle désillusion.

Monsieur et Madame Tout le Monde, à la lecture de certains commentaires, vont en tirer la conclusion que le métier est une corporation plus soucieuse de défendre l’un des leurs que de respecter leur défunt.

Vous me direz : mais Monsieur et Madame Tout le monde ne sont pas censés lire Funéraire Info ou traîner sur les pages dédiées aux professionnels. Certes. Mais les responsables de pompes funèbres, si. Et les responsables de pompes funèbres n’ont pas envie d’une chose, c’est d’un scandale qui pourrait éclabousser leur société.

N’oublions pas non plus les pouvoirs publics. Alors que la levée de l’interdiction des soins sur les patients atteints du HIV n’est toujours pas une question tranchée, que des nouvelles normes vont s’appliquer et donner lieu à des contrôles plus poussés, quelle crédibilité aura la profession au moment de faire valoir ses arguments si un grand nombre de professionnels ont prit fait et cause pour un des leurs qui a franchi la ligne rouge ?

Faut il avoir ce débat ? Oui, bien sûr. Mais porte close, hors mode public. Vous êtes libre d’avoir une opinion et de la donner, mais n’oubliez pas de faire attention à qui vous la donnez. Quelqu’un qui aura à l’esprit l’image du sang de son cher disparu répandu dans l’herbe ou jouent ses enfants sera moins réceptif.

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