Une exhumation sous les flashs…

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Exhumation de Pierrot le fou
Exhumation de Pierrot le fou

Stanislas PETROSKY est de retour pour nous raconter, la mort de personnages souvent controversés, façon roman noir. Aujourd’hui, il va être question d’exhumation sous les flashs, mais de qui?

7 mai 1949 aux alentours de 14h00.

La nervosité est montée d’un cran, ils sont tous arrivés la veille, ils ont débarqués il y a 24h00 de Porcheville, et toujours rien, les recherches restent infructueuses. Pourtant l’ile de Gillier n’est pas grande, quelques mètres carrés garnis de saules, de châtaigniers, et de quelques herbes folles. Pour se perdre ici, il faut en vouloir. Des regards chargés d’animosité se tourne vers Edmond Courtois, l’homme qui a lâché l’information.

Courtois dit « Monmon », jamais il n’aurait pensé se coucher comme ça devant les condés, jamais, mais il doit avouer que l’inspecteur principal Pasteau est un rusé, cette façon de s’attabler avec toi et de boire le pastis, ils ont picolés, et doucement Pasteau a tendu ses lignes, il l’a joué copain, genre les flics et les grands voyous se respectent, puis insidieusement, la question piège :

— Tu sais bien que c’est lui qui a buté l’encaisseur d’Asnières lundi dernier…

— Vous déconnez ou quoi ? Ce n’est pas possible !

— Évidemment que c’est impossible, parce qu’il est mort, n’est-ce-pas ?

Pasteau le regarde, un grand sourire illumine son visage, il sait qu’il a gagné la partie.

Le couperet est tombé aussi rapidement que celui de la veuve, Monmon s’est fait piéger comme un bleu, il n’a eu plus le choix que de passer à table.

Deux jours plus tard à l’aide de barges tout le monde se rend sur les lieux d’après les indications de Monmon. En face de sa villa, la Titoune, en bordure de Seine, il y a plusieurs ilots déserts, c’est sur l’un d’eux, dénommé l’île de Gillier — ou îles aux chataigniers —  que repose le corps. Il y a une trentaine de mois, avec Attia et Boucheseiche ils l’ont enterré dans ce coin perdu, pour que personne ne le retrouve…

La pelle du cantonnier réquisitionné pour cette macabre expédition se prend dans un morceau de caoutchouc rouge, il l’arrache à la terre doucement. Il mesure presque un mètre de longueur.

Courtois reconnaît le tube.

— C’est le drain que Pierrot avait dans le ventre !

Les policiers et journalistes se rapprochent du lieu de découverte, juste à côté d’un saule en forme de fourche comme l’a dit l’indic.

Avec précaution, et sous les directives du docteur Guilleminot et du juge d’instruction Daniault, les hommes déblaient la terre, des débris de tissus apparaissent, reliés entre eux par du fils de cuivre, une cravate rouge et bleue, certainement en soie, puis un corps en état de décomposition. Les flashs crépitent illuminant le cadavre de mille feux.

L’odeur est écœurante, la pourriture est en plein ouvrage, par endroit le squelette est apparent, en d’autres il reste de la chair, visqueuse, putride et malodorante. Le soleil de mai commence à chauffer en ce début d’après-midi, activant les relents nauséabonds du corps fraichement exhumé.

Au niveau des mains, un chapelet de buis… les fossoyeurs ont-ils tenté de lui donner l’extrême onction ? Comme un dernier repenti sur toutes les horreurs commises, comme si le bon Dieu pouvait donner son pardon à une telle ordure…

Les journalistes s’en donnent à cœur joie, ils imaginent déjà les unes qu’ils vont pouvoir faire, un tirage de tous les diables, le scoop du siècle.

Les policiers et le toubib prennent des notes, deux types arrivent à travers les hautes herbes, ils portent une caisse en sapin, dernier costume pour l’homme qui git dans la terre. Courtois ne bronche pas, il essaie de se faire oublier. À l’époque, lui voulait lester le cadavre, le balancer à la Seine, au moins il serait tranquille aujourd’hui. Mais Attia a tenu à respecter la promesse faite à son pote, celle de l’enterrer comme un chrétien, dans un endroit où on ne le retrouvera jamais.

Il revoit encore gros Jo agenouillée au pied de la tombe, tentant de réciter une prière apprise il y a des lustres.

Le corps est sorti de sa sépulture clandestine, déposé sur une bâche de plastique, Guilleminot commence les investigations qu’il peut faire sur place.

Un homme ne quitte pas la scène des yeux, bien sûr on ne reconnaît pas le visage du macchabée, impossible dans l’état où il est, mais l’inspecteur principal Ricordeau sait qu’à ses pieds git la dépouille de son pire ennemi, de homme qui a tenté de l’occire en juin 1944. Il lui aura fallut attendre cinq longues années, cinq années où il n’a jamais lâché sa proie, où il a toujours chercher à mettre hors d’état de nuire ce tueur, ce chef de gang, cet homme sans foi ni loi.

Il éprouve une certaine fierté, il est mort, enfin l’ennemi public N°1 est mort, car c’est bien la dépouille de Pierre Loutrel qui est étalé dans cette glaise, il ne peut en être autrement.

Pierrot le fou est bel et bien mort.

Pierre Loutrel premier homme en France à bénéficier du surnom d’Ennemi public N° 1…

Ancien des bataillons d’Afrique, proxénète, en 1938 il vit avec Marinette Chadefaux, prostitué de son état. En 1941 Loutrel rejoint la Gestapo. En 1944 Loutrel sent que le vent tourne, que les nazis ne sortiront pas vainqueurs de cette guerre, alors sans aucun complexe il retourne sa veste et rentre dans la résistance. Mais ses bas instincts ne mettront pas longtemps à ressurgir, il renoue avec le grand banditisme. Il est arrêté pour pillage et extorsion, incarcéré peu de temps car recruté par la direction générale des études et recherches[1].

Il remonte ensuite à Paris avec l’aide d’Attia, Naudy, Fefeu, Georges Boucheseiche, Marcel Ruart et Abel Danos, il forme le célèbre Gang des Tractions Avant. A cette époque la police n’est pas équipée, la Traction Citroën est une voiture puissante qui leur permet de prendre la fuite rapidement sans être rattrapés.

1946, en seulement 9 mois le gang commet une quinzaine d’attaques à main armée dans toute la France semant la mort et la terreur.

Le gang des Tractions Avant échappera à la police dans des conditions plus que rocambolesques lors du siège de Champigny.

Le 6 novembre 1946, Loutrel est blessé à l’abdomen durant le braquage de la bijouterie Sérafian, rue Boissière à Paris. Jo Attia et Georges Boucheseiche le font hospitaliser sous un faux nom à la clinique Diderot avenue Daumesnil, ils prétextent un accident de chasse. Ils le sortiront clandestinement de la clinique quelques jours plus tard pour le conduire chez un ami à Porcheville où il succombera à ses blessures.

Nous sommes juste 66 ans en arrière, remarquez le médecin légiste sur cette photo

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Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 1. Source : collection Philippe Zoummeroff

Aucune protection, même pas une simple paire de gants, rien…

Sur cette seconde photo du magazine Qui détective, on notera par ailleurs dans le titre le fabuleux gangster…

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Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 2. Source : collection Philippe Zoummeroff

Nulle protection pour personne, la pelisse de la police traine sur la terre de tombe fraichement profanée.

En toute logique, de nos jours, le personnel pratiquant une exhumation se doit de se protéger, combinaison jetable étanche, gants imperméables et résistant, casque et masque respiratoire.

En un peu plus de 60 ans on peut voir l’évolution de la protection du personnel…

Mais si l’on n’avait pas la tenue de protection adéquate, par contre on avait des véhicules de transport adaptés.

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Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 3. Source : collection Philippe Zoummeroff

©Stanislas PETROSKY

[1] Service de renseignement français crée en 1944.

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